par Heejin Kim
SÉOUL, 19 mai (Reuters) - Le directeur de Starbucks Corée a été licencié après qu’une campagne marketing a suscité l’indignation du public et des appels au boycott pour avoir ravivé des souvenirs douloureux liés à la répression militaire brutale des manifestants pro-démocratie en 1980.
Le groupe Shinsegae, le conglomérat de distribution qui détient la licence et gère la chaîne de cafés américaine en Corée du Sud, a déclaré avoir licencié Sohn Jeong-hyun, le directeur de Starbucks Corée, pour avoir mené une "campagne marketing inappropriée".
Le licenciement de Sohn Jeong-hyun est intervenu quelques heures après le lancement lundi par Starbucks de sa campagne "Tank Day", visant à promouvoir sa gamme de gobelets "Tank" avec le slogan "posez-le sur la table avec un bruit de 'Tak !'".
Lundi marquait également la Journée du mouvement pour la démocratisation, qui commémore le soulèvement de Gwangju mené par des étudiants en mai 1980, et la campagne a suscité de vives critiques en Corée du Sud.
On estime que des centaines de personnes ont trouvé la mort ou ont disparu lorsque la dictature militaire de Chun Doo-hwan a déployé des troupes et des chars pour réprimer les manifestations. De nombreux détails restent à confirmer, notamment l’identité de la personne ayant donné l’ordre d’ouvrir le feu sur les manifestants. Chun Doo-hwan a finalement démissionné en 1988 face à la montée des revendications en faveur de la démocratie.
Les détracteurs ont également remis en cause l’utilisation du mot "tak", qui fait écho aux explications données par la police sud-coréenne en 1987 concernant la mort d’un étudiant manifestant, dont il s'était avéré qu'il avait été torturé. À l’époque, la police avait déclaré que l’étudiant était décédé après que des enquêteurs eurent frappé un bureau en produisant un son "tak", selon les médias locaux.
Reuters n'a pas pu joindre Sohn Jeong-hyun pour obtenir ses commentaires et Starbucks Corée a refusé de le mettre à disposition pour une déclaration, affirmant qu'il avait déjà quitté l'entreprise. Le groupe a retiré la campagne.
REMBOURSEMENTS EXIGÉS, ABONNEMENTS ANNULÉS
Dans un message publié lundi sur X, le président sud-coréen Lee Jae Myung s'est dit "furieux" face à la campagne de Starbucks et a exigé que l'entreprise présente ses excuses aux familles des personnes tuées lors du soulèvement.
La campagne "a terni la mémoire des manifestations sanglantes des citoyens de Gwangju et des victimes de ces manifestations", a déclaré Lee Jae Myung, qualifiant cet acte de manœuvre d'un "marchand dégénéré".
Starbucks Corée a publié une déclaration sur son site web pour s'excuser de cette promotion, tandis que le président du groupe Shinsegae, Chung Yong-jin, a également présenté des excuses publiques.
"Je m'incline profondément pour présenter mes excuses en tant que représentant du groupe", a déclaré Chung Yong-jin. Cette campagne marketing "a profondément blessé le public, les familles des défunts et les victimes de la manifestation du 18 mai".
Les excuses de Starbucks Corée ont toutefois suscité plus de 2.800 commentaires sur les réseaux sociaux, dont beaucoup étaient critiques, et des internautes ont publié en ligne des photos d’eux-mêmes en train de se faire rembourser le solde de leurs cartes prépayées Starbucks et de résilier leur abonnement à l’application de la chaîne de cafés.
Certains ont également publié des vidéos d'eux-mêmes en train de détruire des gobelets, des tasses et d'autres produits Starbucks.
L'action E-Mart, une chaîne de magasins discount qui détient une participation de 67,5% dans Starbucks Corée, désormais appelée SCK Company, a clôturé en baisse de 5,5% à Séoul.
Starbucks Global a également publié mardi un communiqué dans lequel la société a présenté ses excuses pour ce qui s’était passé et a indiqué qu’une enquête avait été ouverte.
"Nous présentons nos sincères excuses à la population de Gwangju, aux personnes touchées par cette tragédie, ainsi qu’à nos clients et à nos communautés", a déclaré un porte-parole de Starbucks Global dans un e-mail adressé à Reuters.
"Des mesures ont été prises pour responsabiliser la direction, et une enquête approfondie est en cours", a ajouté le porte-parole. "Nous mettons en place des contrôles internes plus stricts, des normes de vérification et des formations à l'échelle de l'entreprise pour nous assurer que cela ne se reproduise plus."
(Rédigé par Heejin Kim; Rédaction complémentaire par Joyce Lee; Version française Rihab Latrache, édité par Augustin Turpin)
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