par Erikas Mwisi et Emma Farge
BUNIA, République démocratique du Congo, 22 mai (Reuters) - La province d'Ituri, la plus touchée par l'épidémie d'Ebola qui sévit dans l'est de la République démocratique du Congo, a interdit vendredi les veillées funéraires au lendemain de heurts entre des policiers et des habitants qui tentaient de récupérer le corps d'une victime.
L'incident survenu dans la ville de Rwampara a rappelé les centaines d'attaques contre des établissements de santé lors de l'épidémie qui a sévi dans l'est de la RDC entre 2018 et 2020 et qui avait fait environ 2.300 morts, et a mis en évidence la difficulté d'imposer des mesures strictes de lutte contre la maladie qui vont à l'encontre des coutumes locales.
L'Organisation mondiale de la santé a déclaré le week-end dernier que l'épidémie de la souche rare de Bundibugyo – pour laquelle il n'existe aucun vaccin – constituait une urgence de santé publique de portée internationale.
Elle a invoqué le défi posé par sa détection tardive, l'absence de vaccin ou de traitements spécifiques au virus, la violence armée généralisée dans l'est de la RDC et la grande mobilité de la population.
Près de 750 suspicions d'infection et 177 décès suspects ont été enregistrés dans l'est de la RDC, a déclaré vendredi le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Deux cas ont également été confirmés en Ouganda.
"Ces chiffres évoluent à mesure que les efforts de surveillance et les tests de laboratoire s'améliorent, mais la violence et l'insécurité entravent la réponse", a-t-il déploré.
Des dizaines de groupes armés opèrent dans l'est de la RDC. L'un d'entre eux, le M23 soutenu par le Rwanda, s'est emparé de vastes portions de territoire l'année dernière, y compris des villes où des cas d'Ebola ont été détectés.
MESURES RESTRICTIVES
Dans un arrêté officiel publié vendredi, le gouvernement provincial de l'Ituri a déclaré que les enterrements ne devaient désormais être effectués que par des équipes spécialisées et a interdit le transport des corps par des véhicules non médicaux.
Il a également limité les rassemblements publics à un maximum de 50 personnes et suspendu le championnat local de football.
Ebola est un virus souvent mortel qui provoque de la fièvre hémorragique, des vomissements et de la diarrhée. Il se transmet par contact direct avec des fluides corporels.
Les corps des victimes d'Ebola restent hautement contagieux après le décès, et les enterrements non sécurisés – au cours desquels les membres de la famille manipulent le corps sans équipement de protection adéquat – constituent l'un des principaux facteurs de transmission.
Le premier cas connu de l'épidémie actuelle est décédé à Bunia, la capitale de l'Ituri, le 24 avril, et le virus s'est propagé lorsque des personnes en deuil l'ont touché lors d'un enterrement dans la ville voisine de Mongbwalu.
Le Rwanda, voisin oriental de la RDC, a déclaré vendredi qu'il refuserait l'entrée à tous les ressortissants étrangers ayant voyagé en RDC ou transité par ce pays au cours des 30 derniers jours et imposerait une quarantaine aux ressortissants ou résidents rwandais ayant séjourné en RDC pendant cette période.
L'OMS a exhorté les pays à maintenir leurs frontières ouvertes, affirmant que leur fermeture pourrait encourager les passages clandestins et entraver l'acheminement de l'aide. Les États-Unis et d'autres pays ont également restreint les voyages en provenance de la RDC, de l'Ouganda et du Soudan du Sud.
Vendredi, le responsable humanitaire en chef des Nations unies, Tom Fletcher, a annoncé que l'Onu débloquait environ 60 millions de dollars provenant d'un fonds d'urgence pour la lutte contre l'épidémie.
(Reportage d'Emma Farge et d'Erikas Mwisi, rédigé par Aaron Ross ; version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)
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