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Le spécialiste des camions à hydrogène Nikola s'effondre à Wall Street après le départ de son fondateur

lundi 21 septembre 2020 à 18h34
Nikola s'effondre à Wall Street

(BFM Bourse) - Déjà sous la pression d'enquêtes depuis le rapport d'un fonds d'investissement accusant le constructeur de camions électriques et à hydrogène d'être une "fraude complexe", Nikola subit désormais le courroux du marché après la démission de son fondateur.

Le fabricant de camions à hydrogène Nikola était de nouveau dans la tourmente lundi après la démission de son fondateur, accusé par une société d'investissement d'avoir bâti le groupe sur des mensonges. Le titre du constructeur basé à Phoenix, aux Etats-Unis, chutait de 26% dans les premiers échanges à la Bourse à New York, avant d'effacer une petite partie de ses pertes initiales pour "limiter" son plongeon à -21,3% deux heures après l'ouverture de Wall Street.

Le groupe a annoncé tard dimanche qu'il avait accepté la démission de Trevor Milton qui sera remplacé à la tête du conseil d'administration par Stephen Girsky, déjà membre de cette instance stratégique et ancien vice-président de General Motors (GM). Le directeur général, Mark Russell, conserve ses fonctions.

Fondé par Trevor Milton en 2015, avec l'ambition de développer des camions et des pick-up alimentés par des batteries électriques ou des piles à hydrogène, Nikola (le nom du groupe fait référence au prénom de l'inventeur Nikola Tesla, le nom de famille étant déjà pris) n'a encore rien fabriqué. Mais le groupe a suffisamment attiré l'attention pour convaincre des groupes renommés tels que GM et le géant allemand de l'ingénierie Bosch de s'engager dans des partenariats. L'annonce d'un accord avec GM le 8 septembre avait d'ailleurs fait bondir les actions Nikola de 41% (!) à la Bourse de New York. À plus de 50 dollars par titre, le groupe pesait alors quelque 20 milliards de dollars. Un mois et demi plus tard, sa valorisation a chuté de moitié.

En cause, un rapport publié deux jours après l'annonce de ce partenariat par la société d'investissement Hindenburg Research, accusant la start-up d'être une "fraude complexe" reposant sur les multiples mensonges de son fondateur et d'avoir "induit ses partenaires en erreur (...) en prétendant faussement disposer d'importantes technologies". Cette annonce a fait plonger le prix de l'action de l'entreprise, qui a perdu 36% de sa valeur en trois jours. Un plongeon à relativiser puisque si le titre cède près de la moitié de sa valeur depuis début septembre dernier, il affiche néanmoins toujours une performance impressionnante depuis le 1er janvier (+165%).

Enquêtes ouvertes

Ce rapport a également déclenché une enquête du gendarme de la Bourse américain, la Securities and Exchange Commission (SEC), et du ministère de la Justice, selon des sources citées par le Wall Street Journal. "L'accent devrait être mis sur la société et sa mission (...) pas sur moi", a affirmé Trevor Milton dans un communiqué distinct. "J'ai l'intention de me défendre contre les fausses allégations formulées contre moi par des détracteurs extérieurs", a-t-il poursuivi. Auparavant, Nikola avait déjà rejeté la plupart des affirmations du rapport d'Hindenburg Research.

La société n'a toutefois pas complètement démenti une des attaques les plus spectaculaires de la société d'investissement, à savoir la mise en scène d'une vidéo montrant en 2017 un de ses prototypes en action. Selon Hindenburg, le camion a "été tracté au sommet d'une colline sur une route isolée et simplement filmé en train de descendre la pente". Nikola rétorque "n'avoir jamais dit que le camion fonctionnait avec son propre système de propulsion dans la vidéo" mais avoir simplement indiqué que le véhicule était "en mouvement".

Plusieurs responsables de Nikola sont aussi montés au créneau ces derniers jours pour défendre le groupe, assurant que des sociétés comme GM avait accepté de travailler avec le groupe seulement après un examen approfondi de ses comptes et de ses technologies.

"Trevor a entrevu la possibilité de créer un système de transport zéro émission de bout en bout alors que l'industrie en était encore à ses débuts et a agi énergiquement pour construire Nikola tel qu'il est aujourd'hui, avec des partenariats de classe mondiale, une recherche & développement révolutionnaire et un modèle commercial sans précédent", a remarqué son successeur Stephen Girsky en le remerciant pour son "esprit visionnaire".

"Nos priorités restent les mêmes", a assuré de son côté le directeur général Mark Russell. "En collaboration avec nos partenaires, nous nous concentrons sur l'exécution de nos initiatives stratégiques et jetons les bases d'un groupe destiné à fournir de bout en bout des solutions de transport zéro émission", a-t-il ajouté.

Où en sont les finances?

Le groupe, n'ayant pour l'instant fabriqué aucun véhicule, n'a pratiquement aucun revenu mais des dépenses élevées, comme beaucoup de jeunes pousses. Il a perdu au deuxième trimestre 100 millions de dollars. Mais son entrée en Bourse début juin lui a permis de lever 617 millions de dollars, avait souligné début août son directeur financier Kim Brady lors de la publication des résultats trimestriels. Fort de ces liquidités, l'entreprise avait quelque 698 millions de dollars dans les caisses fin juin et n'avait qu'un prêt de 4,1 millions de dollars à rembourser.

Comme le constructeur de véhicules électriques Tesla à ses débuts, Nikola suscite le scepticisme de nombreux observateurs. Jeff Osborne chez le courtier Cowen soulignait par exemple, lors de la publication des résultats en août, que tenter de suivre les nombreuses déclarations de Trevor Milton sur les prochains objectifs du groupe sur les réseaux sociaux était "source de confusion". Avec son départ, la réputation de Nikola a certainement pris un coup supplémentaire.

"L'idée circule désormais que Nikola trompe les investisseurs et ses partenaires commerciaux, et cette perception éclipse, au moins à court terme, la valeur du partenariat passé avec GM", estime Karl Brauer, analyste pour le site spécialisé iSeeCars. Le départ de Trevor Milton, qui jouait "un rôle essentiel dans la vision du groupe", va probablement être mal reçu par les investisseurs, renchérit Dan Ives de Wedbush.

Mais le fabricant de camions développe des produits intéressants et tout dépendra, selon lui, de la façon dont le groupe mettra en oeuvre sa stratégie dans les 12 à 18 prochains mois. De ce point de vue là, les analystes de JP Morgan estiment que le départ de Trevor Miltan n'est pas nécessairement une mauvaise nouvelle, jugeant que le profil et l'expérience de Stephen Girsky convenaient mieux à la "phase d'exécution" de la stratégie de Nikola. Les analystes abaissent néanmoins légèrement leur cible, de 45 à 41 dollars, estimant que le départ de Trevor Milton pourrait mettre en péril certains partenariats, alors que "le moral des salariés est certainement fragile" face aux remous que traversent le groupe.

De son côté, GM a réitéré lundi son intention de collaborer avec Nikola, leur partenariat étant notamment pour le vénérable constructeur une occasion de commercialiser ses piles à hydrogène et ses batteries électriques.

(avec AFP)

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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