(BFM Bourse) - Artemis, la holding des Pinault, va céder sa participation de 29,06% au capital du groupe allemand à l'équipementier chinois Anta Sports pour 35 euros par action, prix qui reflète une prime de plus de 60% par rapport au cours de clôture de lundi. Pourtant l'action ne grimpe pas tant que cela à Francfort.
La famille Pinault clos une histoire qu'elle a ouverte en 2007, lorsque Printemps-Pinault-Redoute (devenu Kering en 2013 à la suite des ventes de La Redoute et des magasins Printemps) avait racheté Puma.
Ce mardi 27 janvier, l'équipementier sportif chinois Anta Sports a annoncé dans un communiqué qu'il reprendrait la participation de 29,06% au capital du groupe allemand à Artemis, la holding de la famille Pinault. Cette transaction doit être achevée d'ici à la fin de l'année 2026.
Anta Sports a accepté de payer 1,5 milliard d'euros en cash pour acquérir la participation d'Artemis. Sachant que le nombre d'actions Puma en circulation s'élève à environ 148 millions, le groupe chinois va donc débourser 35 euros par titre.
Ce qui représente une prime substantielle par rapport au cours de clôture de lundi de Puma (21,63 euros, soit une prime de 62%) et surtout de lundi (18,5 euros soit 89%).
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L'action fait "pschitt" à la Bourse de Francfort
À la Bourse de Francfort, Puma prend près de 9% à 23,52 euros dans la matinée, après avoir ouvert sur un bond de 20%. Cette réaction très mesurée peut s'expliquer par le simple fait qu'Anta Sports ne compte pas monter à 100% du capital.
La banque Citi écrit, en effet, que la société chinoise a annoncé aux analystes, ce mardi matin, qu'elle n'avait pas l'intention "à ce stade" de sortir Puma de la cote. Ce qui signifie que la société chinoise n'augmentera pas sa participation puisque la loi allemande stipule qu'un actionnaire doit soumettre une offre publique d'achat (OPA) dans le cas où il franchit le seuil de 30% du capital et des droits de vote.
Par ailleurs, des indiscrétions de l'agence Reuters, début janvier, rapportaient qu'Anta Sports avait approché les Pinault et écrivait que ces derniers avaient "un prix plancher" de 40 euros par action. Les investisseurs étaient donc plus ou moins avertis. Et attendaient un prix plus élevé.
À noter que l'action Kering, toujours détenue à 42,32% par la famille Pinault a ouvert en hausse de 2,5% à la suite de cette annonce. À 10h30, le titre ne prenait plus que 0,15%.
"Le marché peut apprécier cette annonce car elle traduit un recentrage de la famille Pinault sur Kering et plus précisément sur le redressement de l'opérationnel de Kering. Même si ce n'est pas vraiment nouveau puisque la famille avait déjà dit que sa participation dans Puma n'était pas stratégique", explique un analyste.
Par ailleurs, Artemis avait, selon Royal Bank of Canada, besoin de vendre sa participation dans Puma pour réduire sa dette nette.
La famille avait hérité d'une participation de 29% dans Puma lorsque Kering s'était, en 2018, scindé du groupe allemand, en versant un dividende sous forme d'actions Puma à ses actionnaires.
Un actionnaire plus impliqué pour Puma?
Dans une note publiée il y a quelques semaines, la banque canadienne écrivait que la vente de 29% du capital par Artemis à un nouvel actionnaire serait une bonne chose pour Puma.
Un nouvel actionnaire de référence "pourrait soutenir les investissements derrière la marque, offrir de nouvelles perspectives et soutenir la stratégie de redressement à un stade précoce sous la direction du nouveau directeur général, Arthur Hoeld", faisait alors valoir Royal Bank of Canada.
Fondée en 1991 et cotée à Hong Kong, Anta possède notamment la marque de chaussures Fila et celle de skis Salomon. L'an dernier, ses revenus ont progressé de 13,6% sur un an à 70,826 milliards de yuan soit 8,6 milliards d'euros.
"Anta a fait ses preuves dans le développement de marques et nous nous attendons à ce qu'elle soit un partenaire plus actif qu'Artemis", écrit Deutsche Bank.
"Pour Puma, cela devrait renforcer sa stratégie, car 2026 est une année de reconstruction et cela permettra à la direction de se concentrer pleinement sur les opérations pendant cette période. Pour les actionnaires, cela pourrait potentiellement créer un meilleur rapport risque/récompense à plus long terme, car soit la stratégie fonctionne avec une augmentation des bénéfices, soit le risque de baisse est protégé par une offre potentielle d'Anta, NDLR) pour les actions restantes à un certain stade", conclut la banque.
Adidas leur taille des croupières
Comme les autres équipementiers sportifs, Puma a souffert l'an passé de l'impact des droits de douane américains.
La société a également pâti de la comparaison avec son frère ennemi Adidas, dont la dynamique s'avère bien plus porteuse. D'ailleurs le directeur général d'Adidas, le Norvégien Bjorn Gulden, n'est autre que l'ancien patron de Puma (et également un ex-joueur professionnel de football à Nüremberg).
Au troisième trimestre 2025, les ventes de Puma ont plongé de 10% hors effets de changes quand celles d'Adidas ont au contraire progressé de 12% hors changes.
"La marque semble manquer de dynamisme en termes de produits et d'image sur un marché des vêtements de sport de plus en plus concurrentiel", explique Royal Bank of Canada.
"Sous la direction du nouveau directeur général Arthur Hoeld, Puma a officiellement désigné l'exercice 2025 comme une année de réinitialisation, reconnaissant plusieurs problèmes spécifiques à l'entreprise, notamment un élan de marque modéré , des stocks élevés dans l'ensemble du secteur et un réseau de distribution orienté vers des canaux de vente en gros de faible qualité", explique de son côté le bureau d'études indépendant Alphavalue.
"La direction a déjà lancé des mesures d'optimisation agressives. Bien que ces actions soient nécessaires pour restaurer l'attractivité de la marque et la discipline en matière de marges, leur impact tangible prendra du temps, et le groupe ne prévoit pas de reprise de la croissance avant l'exercice 2027", poursuit l'intermédiaire financier.
"Il sera intéressant de voir comment Anta pourra aider Puma, outre en développant l'importance de ses activités en Chine, qui représentent actuellement moins de 10% des ventes de Puma", juge pour sa part Oddo BHF. .
