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La déroute des valeurs technologiques à Wall Street jette une ombre sur l'introduction en Bourse record d'Anthropic

Aujourd'hui à 11:00
Anthropic pourrait ne pas atteindre la valorisation souhaitée pour son IPO

(BFM Bourse) - Alors que près de 3.200 milliards de dollars de capitalisation boursière se sont évaporés sur les marchés, sur fond de doutes croissants autour de l’intelligence artificielle, l’introduction en Bourse d’Anthropic pourrait finalement se dérouler à une valorisation moins élevée que prévu, selon le Wall Street Journal.

La start-up d’intelligence artificielle à l’origine de Claude, son grand modèle de langage (large language model, LLM), pourrait voir sa valorisation révisée à la baisse et ne pas battre le record établi par SpaceX, , rapporte le Wall Street Journal dans un article publié le jeudi 5 novembre, citant des personnes proches du dossier.

Aux États-Unis, le Nasdaq a plongé de plus de 5,5% jeudi, signant sa plus forte baisse depuis avril 2025. Les investisseurs redoutent que la victoire des démocrates lors des élections de mi-mandat freine la construction de centres de données outre-Atlantique.

"La grande certitude qui servait d’ancrage aux marchés actions, c’était la solide croissance des bénéfices tirée par les investissements dans l’intelligence artificielle. Les doutes avaient commencé à émerger à la suite des difficultés de financement d’acteurs périphériques de la thématique, comme les néoclouds, ou encore du report de l'introduction en Bourse d’OpenAI", explique Jacques-Aurélien Marcireau, fondateur et directeur général de Stilgar Asset Management.

Une simple correction qui s’est muée en déroute

"Le mouvement du 5 novembre a commencé, dès les premières heures de la séance américaine, par une simple correction, avant de se transformer en déroute. Il a également entraîné la chute de nombreuses entreprises sans lien direct, voire indirect, avec la thématique des infrastructures. Ces phénomènes sont en outre amplifiés par la présence des algorithmes et d’une frange hyperactive d’intervenants de marché", ajoute Jacques-Aurélien Marcireau.

"Désormais, le marché semble commencer à s’inquiéter des effets en cascade d’un ralentissement du déploiement de nouveaux centres de données, notamment d’une possible moindre croissance de l’économie américaine", poursuit-il.

Ce climat orageux pourrait compromettre l’une des introductions en Bourse les plus attendues de cette fin d’année 2026. Anthropic est en effet sur les rangs pour réaliser la plus importante introduction en Bourse de l’histoire, et battre le record de SpaceX.

Plusieurs médias anglo-saxons, dont The New York Times et Reuters, ont rapporté que le groupe comptait lever environ 100 milliards de dollars lors de cette opération. Sa capitalisation boursière pourrait alors s’établir entre 1.500 milliards et 2.000 milliards de dollars, selon plusieurs médias.

Or, certains grands investisseurs sont de plus en plus sceptiques quant à la capacité d’Anthropic à mener à bien cette introduction en Bourse à la valorisation attendue de 1 500 milliards de dollars, après la forte baisse des marchés provoquée par le dénouement de positions liées à l’intelligence artificielle, explique le Wall Street Journal.

Une valorisation appelée à baisser?

Le calendrier exact de cette opération n'est pas public, mais le Wall Street Journal rapportait dans un précédent article que la société viserait la date du 16 novembre. L'entreprise espère lever jusqu’à 100 milliards de dollars dans le cadre d’une opération susceptible de valoriser l’entreprise à environ 1.500 milliards de dollars.

Le Wall Street Journal explique que trois grands investisseurs prévoyant de participer à l’opération estiment que la valorisation devra probablement être revue à la baisse. L’un d’eux considère qu’elle pourrait se rapprocher de 1.000 milliards de dollars.

"Anthropic arrive sur le marché au moment où l’enthousiasme de Wall Street pour l’IA s’essouffle. Son entrée en Bourse intervient justement au moment où Wall Street a cessé d’applaudir chaque nouveau centre de données, chaque hausse des dépenses d’investissement et chaque promesse selon laquelle les rendements finiront par rattraper les dépenses", avait expliqué Stephen Innes, de SPI Asset Management.

"Cela rend cette introduction en Bourse nettement plus intéressante qu’une énième cotation technologique très médiatisée, car le marché se voit enfin proposer un cours proche de celui d’une entreprise spécialisée exclusivement dans l’IA de pointe" ajoute-t-il.

Pour l’expert, c’est "tout le boom de l’IA qui se retrouve sur la sellette". Lors de cette opération, Wall Street ne valorisera pas seulement Anthropic, mais aussi une grande partie du "rêve de l’IA".

Selon le Wall Street Journal, l’introduction en Bourse d’Anthropic, longtemps considérée comme incontournable par les investisseurs, pourrait être revue à la baisse ou même reportée dans un contexte de défiance accrue envers les valeurs liées à l’IA.

Certains souhaitent connaître les données commerciales d’octobre avant de conclure qu’une baisse de valorisation est nécessaire, ajoute le quotidien américain. Selon une personne proche du dossier, le chiffre d’affaires annualisé d’Anthropic (un indicateur utilisé pour estimer les revenus annuels) a dépassé 80 milliards de dollars à la fin octobre, en hausse par rapport au mois précédent.

D’après le Wall Street Journal, Anthropic et ses conseillers doivent se réunir prochainement pour réévaluer leurs options, alors que la forte correction du Nasdaq et les inquiétudes sur le développement des centres de données ont refroidi les investisseurs institutionnels.

Une perte nette de 104 milliards de dollars sur neuf mois

Cette prudence intervient alors même qu’Anthropic affiche une croissance spectaculaire, mais aussi des pertes et des engagements d’infrastructure colossaux.

En amont de cette potentielle introduction en Bourse, Anthropic avait publié ses résultats du troisième trimestre en début de semaine. La start-up a généré 16,96 milliards de dollars de revenus sur la période, soit une hausse de 1.130% sur un an et de 46,74% par rapport au trimestre précédent.

La société a toutefois accusé une perte opérationnelle de 567 millions de dollars, à comparer avec une perte de 3,1 milliards de dollars un an plus tôt et un bénéfice opérationnel de 974 millions de dollars au trimestre précédent.

La perte nette s’est établie à environ 23 milliards de dollars au troisième trimestre. Elle s’explique surtout par des dépréciations comptables liées à des instruments financiers dérivés, tels que des obligations convertibles en actions, dont le coût a augmenté avec la hausse de la valorisation de la société.

Sur les neuf premiers mois de 2026, les revenus de la société ont totalisé plus de 33 milliards de dollars, en progression de 1.200% sur un an, tandis que la perte nette s’est établie à 104 milliards de dollars.

À fin septembre, la société disposait d'environ 131 milliards de dollars de trésorerie disponible. Le chiffre le plus vertigineux reste les engagements pour les locations d'équipements et de puissance de calcul (et donc de centres de données) que le groupe a pris et qui s'élèvent à 895,4 milliards de dollars. Ces engagements sont pris auprès des "hyperscalers" comme Alphabet, Amazon, SpaceXAI ou Microsoft.

Ces engagements concernent des capacités d’infrastructure et de calcul fournies notamment par Alphabet, Amazon, Microsoft et Nvidia.

Xavier Chapard, directeur adjoint de la recherche de LBP AM, relativise toutefois le risque politique. Selon lui, "le résultat des élections pourrait ralentir légèrement le rythme des déploiements de l’IA, notamment via les débats sur les centres de données, mais ne remettrait pas en cause la dynamique du secteur".

Mais la question du retour sur investissement reste ouverte, à un moment où l’IA devient de plus en plus capitalistique. Les besoins de calcul vont devenir toujours plus coûteux, les capacités de production tournant déjà à plein régime, expliquait Christian Parisot, conseiller économique chez Aurel BGC, dans Les Experts de la Bourse du 27 octobre.

"Le risque que vous prenez en investissant dans Anthropic, c’est le risque industriel qui se concentre sur une seule entreprise", tranchait Christian Parisot.

Selon lui, il est aujourd’hui impossible de connaître précisément la durée de vie d’un centre de données ou des puces, et donc d’amortir correctement ces actifs. Les évolutions technologiques pourraient en effet permettre, demain, à un modèle d’IA de fonctionner sur la puce d’un téléphone plutôt que dans un centre de données, soulignait encore l’économiste.

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