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L'action a pris 1.240% depuis 2023... Il n'avait jamais dirigé de grande entreprise avant 63 ans mais depuis qu'il commande le motoriste Rolls-Royce d'une main de fer, l'entreprise flambe

Aujourd'hui à 06:00
Rolls-Royce a remonté la pente

(BFM Bourse) - Le motoriste et équipementier aéronautique a signé une importante renaissance boursière ces trois dernières années au prix d'une importante restructuration menée par son directeur général, Tufan Erginbilgiç.

Encore une fois, Rolls-Royce signe un millésime boursier enviable. Le motoriste et équipementier aéronautique britannique (à ne pas confondre avec le célèbre constructeur automobile qui appartient à BMW) s'adjuge 8,6% depuis le début de l'année et surperforme son secteur. L'indice paneuropéen "Stoxx Europe Total Market Aerospace & Defense" recule, en effet, de 4,2% sur la même période.

Le groupe a notamment présenté, fin avril un point d'activité "réjouissant" dixit Deutsche Bank, au titre du premier trimestre 2026. Ce qui a rassuré un marché inquiet des répercussions du conflit au Moyen-Orient sur les très rentables services d'après-ventes (maintenance, révision, réparation, vente de pièces détachées) des motoristes aéronautiques.

"La publication donne l'impression que l'entreprise a véritablement soumis son activité à un test de résistance face au possible contexte du marché et en est ressortie avec une évaluation positive", a développé Deutsche Bank.

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Une entreprise revenue du diable Vauvert

L'an passé, Rolls-Royce avait déjà pris 102,22%. Surtout la performance à moyen terme de la société impressionne. Depuis le 1er janvier 2023, le titre s'est envolé de 1.240%.

Cette date correspond à l'arrivée de l'actuel directeur général, Tufan Erginbilgiç. Cet ingénieur de formation britannico-turc a travaillé au sein de la division de carburants d'aviation chez BP ainsi que chez le fonds spécialisé dans les infrastructures GIP. Le dirigeant avait, pour la première fois de sa carrière, pris la tête d'une grande société à un âge relativement avancé (63 ans).

Lorsqu'il prend les manettes du groupe, Rolls-Royce sort de plusieurs années de vives souffrances. L'action affiche une baisse de plus de 90% par rapport à ses sommets de 2018. Le groupe a évidemment été malmené par la pandémie qui avait cloué les avions au sol, a fortiori les gros-porteurs qui effectuent des vols long-courriers. Selon Morningstar, le groupe britannique bénéficie d'une part de marché de 58% sur ce segment.

Rolls-Royce sera contraint de mener une recapitalisation de 5 milliards de livres en 2020, avec augmentation de capital de 2 milliards de livres, synonyme de lourde dilution pour ses actionnaires. Le groupe avait également dû tailler dans ses effectifs, avec 9.000 suppressions de postes annoncées.

La société avait par ailleurs, avant la pandémie, pâti de la production de l'A380 dont il était l'un des fournisseurs des moteurs, et surtout des soucis techniques à répétition sur le Trent100, moteur qui équipe le 787 "Dreamliner" de Boeing.

Mais l'action a, donc, repris depuis son envol. Une performance que le bureau d'études indépendant Alphavalue estime "presque entièrement due à la force de la volonté du directeur général, Tufan Erginbilgiç".

"Rolls-Royce est la véritable histoire d'un phénix qui renaît de ses cendres", écrivait de son côté AJ Bell en 2024.

Cessions d'actifs et négociations de contrats

Tufan Erginbilgiç a, certes, bénéficié de l'important reprise du trafic aérien liée à la fin de la pandémie, avec une hausse de plus de 40% en 2023, puis de 10% en 2024 et de 5% en 2025.

Mais le dirigeant a aussi lancé une importante stratégie de reconquête qui a fait mouche auprès des investisseurs. "La manière dont il s'y est pris constitue un véritable cas d'école en matière de transformation d'entreprise", loue le cabinet McKinsey.

Tufan Erginbilgiç décide de recentrer Rolls-Royce, en annonçant un programme de cessions d'actifs allant jusqu'à 1,5 milliards de livres mais aussi en fermant une start-up, et en s'écartant des technologies à hydrogène pour se concentrer sur les carburants durables.

Le dirigeant actionne plusieurs leviers pour améliorer la collecte du cash et la rentabilité des contrats à long terme (LTSA) pour les services, avec notamment une augmentation des revenus tirés des contrats en heures de vols sur les moteurs civils.

Cette amélioration est notamment passée par la négociation de meilleurs termes dans ces contrats (et donc des prix plus favorables) auprès des clients, une certaine rigueur dans les conditions et l'exécution de ces contrats, mais aussi des réductions sur les coûts de maintenance.

"En exerçant une pression constante sur les prix, en modifiant en profondeur les modalités économiques de ses contrats de maintenance à long terme (LTSA) et en tirant parti d'un marché de l'après-vente captif, la division d'aéronautique civile a porté sa marge opérationnelle à 20,5%, soit un niveau huit fois supérieur à la marge de 2,5 % enregistrée en 2022", remarque Alphavalue.

L'importance de la "granularité"

Ces initiatives ont donc été couronnées de succès et les résultats financiers ont suivi. La marge opérationnelle globale de la société est passée de 5,1% en 2022 à 17,3% en 2025, la génération de trésorerie a été multipliée par plus de six, à 3,3 milliards de livres et le groupe a largement revu à la hausse l'ensemble de ses objectifs financiers de moyen terme.

Évidemment ce redressement ne s'est pas fait sans heurt. Le groupe a annoncé en octobre 2023 jusqu'à 2.500 suppressions de postes (sur un total de 42.000 à l'époque).

Par ailleurs, le style de Tufan Erginbilgiç a pu détonner. Peu après son arrivée, il tient un discours musclé, qualifiant Rolls-Royce de "maison qui brûle". "Chaque investissement que nous faisons nous détruisons de la valeur", a-t-il ajouté.

Dans un podcast publié par Bloomberg lundi 25 mai et dans laquelle il est interviewé, Tufan Erginbilgiç se défend d'avoir été "dur". "C'était un discours d'une heure et demi et les médias se sont concentrés sur les dix premières minutes", a-t-il fait valoir.

Alors que son interlocutrice lui rapporte que des collaborateurs sont allés jusqu'à déclarer que travailler avec lui relevait du "cauchemar", le dirigeant préfère dire qu'il "exigeant". "Vous n'aimerez pas tout ce que je vous dirai, car je veux que vous vous améliorez mais je sais aussi dire ce que vous faites bien", assure-t-il.

Au passage, il réfute le terme "restructuration" de Rolls-Royce, préférant parler de "transformation". Tufan Erginbilgiç estime que l'une des clefs du succès de son plan stratégique reste sa "granularité", c'est-à-dire son niveau élevé de détail. "Chaque personne sait qu'elle a un rôle à jouer dans l'exécution", assure le dirigeant. Si le plan ne fait pas preuve de granularité, "seulement dix personnes le connaissent et après ils sont étonnamment surpris que cela ne marche pas", poursuit-il.

Stop ou encore?

Au vu du parcours du titre, le potentiel boursier de Rolls-Royce constitue évidemment une question ouverte.

Alphavalue, qui a un conseil à "alléger" sur le titre s'inquiète des répercussions du conflit au Moyen-Orient avec la baisse du trafic aérien, des pressions sur les marges des compagnies aériennes et donc de potentiel moindres revenus d'après-vente pour la société.

"Étant donné que les contrats LTSA sont principalement rémunérés sur la base d'un 'paiement à l'heure de vol', la baisse du nombre d'heures de vol affaiblit directement la génération de trésorerie sur le marché des services d'après-vente", écrit le bureau d'études. Alphavalue juge que le groupe est actuellement "valorisé pour la perfection", ce qui ne laisse pas de place à l'erreur.

A contrario, Jefferies est à l'achat sur l'action. "Nous continuons d'apprécier Rolls-Royce, malgré son exposition plus importante aux gros-porteurs, qui peuvent être plus sensibles aux fluctuations de la demande de trafic aérien que les avions à fuselage étroit", explique la banque.

"La raison pour laquelle nous conservons une opinion positive sur le titre tient au fait que Rolls-Royce devrait bénéficier d'une croissance significative de ses marges grâce à des mesures d'autodiscipline (…), ce qui devrait protéger la croissance de ses bénéfices contre les légers vents contraires pesant sur le trafic aérien", poursuit Jefferies.

L'intermédiaire financier apprécie aussi la diversification du groupe vers des activités non liées à l'aéronautique, comme les petits réacteurs modulaires (SMR) qui devraient bénéficier de la crise énergétique causée par le conflit au Moyen-Orient.

Pour des raisons similaires, UBS se montre également confiante sur le titre, jugeant que la poursuite du redressement de la société laisse encore un potentiel d'appréciation de ses marges.

Plus largement, selon les données d'investing.com, sur les 19 analystes suivant le titre, 14 ont un conseil à l'achat, cinq à conserver et aucun à la vente.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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