(BFM Bourse) - Le spécialiste des bases de données et de l'informatique dématérialisée a livré des résultats supérieurs aux attentes et semble diversifier sa base de clientèle.
Oracle demeure un point névralgique pour Wall Street. Historiquement connu pour ses logiciels de traitement de bases de données, le groupe a enregistré une importante hausse de son activité récemment.
Ce grâce à sa division de services et infrastructures "cloud" (informatique dématérialisée), qui permettent de développer les technologies d'intelligence artificielle (IA).
Oracle fait partie des "hyperscalers", ces grandes sociétés de cloud qui connaissent des hyper-croissances portées par l'engouement des services liés à l'IA (notamment l'entraînement des grands modèles de langages), aux côtés de Microsoft, Amazon Web Services ou encore Alphabet.
Oracle a ainsi noué de nombreux partenariats, dont un contrat à 300 milliards de dollars avec la start-up OpenAI pour lui fournir de la puissance de calcul au cours des cinq prochaines années. L'action avait alors bondi de 36% sur une séance à la suite de cette annonce, en septembre dernier. La société fondée par Larry Ellison a également noué un partenariat avec Meta.
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La Bourse stressée par l'endettement d'Oracle
Néanmoins l'euphorie n'a pas duré. À la clôture de mardi, l'action Oracle affichait une baisse de 54,4% par rapport à ses sommets atteints en septembre dernier.
Oracle a été considéré comme le symbole boursier des doutes du marché autour d'une potentielle bulle dans l'intelligence artificielle. D'autant plus que, contrairement aux autres géants du numérique, Oracle brûle du cash et présente une situation financière tendue.
Là où Meta ou Microsoft, pour ne citer qu'eux, ne sont quasiment pas endettés, la société affiche un passif de plus de 100 milliards de dollars, selon Bloomberg.
Le groupe est par ailleurs contraint de lever des montagnes de dette pour financer son expansion industrielle et ses investissements. Sur les neuf premiers mois de son exercice 2025-2026, qui sera clos en mai prochain, l'entreprise a émis pour 43 milliards de dollars d'obligations.
Ce recours à la dette a fait sourciller Wall Street. Stratégiste de marché chez Bank of America, Elyas Galou estime qu'Oracle a conduit l'IA à devenir une préoccupation "systémique" pour le marché.
Le spécialiste de marché date même plus précisément ce virage à partir de l'émission obligataire "jumbo" ("géante") d'Oracle, avec une levée de 18 milliards de dollars.
L'IA, auparavant centrée sur les marchés actions, s'est alors propagée à celui dit "du crédit" c'est-à-dire les obligations d'entreprises, explique Elyas Galou.
À tel point que les "credit default swap" (CDS) - des produits dérivés qui permettent de se couvrir sur le défaut d'un émetteur - d'Oracle, sont devenus un thermomètre des craintes de bulles de l'IA.
Des "RPO" qui s'envolent
Toutefois, les résultats du troisième trimestre d'Oracle ont apporté, mardi soir, après la clôture de Wall Street, quelques signaux rassurants. Ce qui permet à l'action du groupe américain de reprendre 12% en début de séance ce mercredi 11 mars à la Bourse de New York.
"Oracle a publié des résultats rassurants pour le troisième trimestre, qui contribuent à dissiper les inquiétudes persistantes concernant les financements et les retards dans le développement des centres de données", explique Citi.
Sur la période allant de décembre à fin janvier, Oracle a enregistré des "remaining performance obligations" (RPO) en hausse de 325% sur un an à 553 milliards de dollars. Pour simplifier, les "RPO" mesurent le chiffre d'affaires que doit réaliser la société sur les bases de ses engagements envers ses clients. Il s'agit en quelque sorte de son carnet de commandes.
Les revenus ont eux progressé de 18% hors effets de changes à 17,2 milliards de dollars. Le chiffre d'affaires des activités cloud a bondi de 41%. Le bénéfice par action a progressé de 21% à 1,79 dollars.
Bank of America remarque que les revenus ont nettement dépassé le consensus (la prévision moyenne des analystes) logé à 16,97 milliards de dollars. Les RPO ont également battu les attentes, calées sur une croissance de 316%. Le bénéfice par action était lui attendu à 1,70 dollar, d'après Bloomberg.
"Malgré les récents titres dans la presse concernant les retards et le calendrier des projets de data center, Oracle a réussi à fournir une capacité de 400 mégawatts au troisième trimestre, avec 90% des projets réalisés dans les délais ou en avance sur le calendrier", apprécie, au passage, Citi.
Concernant ses perspectives, Oracle a indiqué s'attendre pour le trimestre en cours à une croissance de ses revenus allant de 18 à 20% hors changes, avec une progression de 44 à 48% pour les activités de cloud. Le bénéfice par action est lui attendu entre 1,96 dollar et 2 dollars.
Objectif 2027 relevé
Par ailleurs, Oracle a annoncé viser pour l'exercice qui sera clos en mai 2027 des revenus supérieurs à 90 milliards de dollars, contre 83 milliards précédemment.
"La demande en matière de cloud computing pour l'entraînement et l'inférence (le développement à grande échelle, NDLR) de l'IA continue de croître plus rapidement que l'offre", a commenté la société.
"De plus, certains des plus grands consommateurs de capacité cloud en IA ont récemment considérablement renforcé leur situation financière. Cette dynamique du marché permet à Oracle d'atteindre facilement, voire de dépasser, ses prévisions de croissance du chiffre d'affaires pour l'exercice 2027 et au-delà", a-t-elle ajouté.
Ce relèvement de perspectives ne s'est pas accompagné d'une hausse des prévisions de "capex", les dépenses d'investissement.
"Les prévisions du quatrième trimestre et la révision à la hausse des prévisions de chiffre d'affaires pour l'exercice 2027 témoignent d'une demande solide tant pour les infrastructures d'IA que pour les services cloud traditionnels", apprécie de son côté Bank of America.
"Il convient de noter que cette amélioration des perspectives n'est pas attribuable à un seul contrat avec une entreprise spécialisée dans l'IA, mais à plusieurs contrats. Cela suggère qu'Oracle tire parti de l'adoption croissante de l'IA dans le segment des grandes entreprises. Il est également encourageant de constater qu'Oracle a pu revoir à la hausse ses prévisions de chiffre d'affaires pour l'exercice 2027 sans augmenter ses dépenses d'investissement", développe la banque américaine.
"Il est encourageant de constater qu'Oracle développe actuellement un portefeuille plus diversifié de contrats dans le domaine du cloud et de l'IA pour les entreprises", poursuit Bank of America.
"Cependant, peu d'informations ont été communiquées concernant le contrat important conclu avec OpenAI. Des incertitudes subsistent quant au calendrier de livraison et à la viabilité de ce contrat clé", nuance toutefois l'établissement.
