(BFM Bourse) - La start-up d'intelligence artificielle (IA) a, dans son prospectus d'introduction consulté par plusieurs médias, dévoilé ses comptes, montrant que ses dépenses d'exploitation s'avèrent trois fois plus importantes que ses revenus. Sa trésorerie dépasse toutefois 20 milliards de dollars.
Anthropic va-t-elle battre les records de valorisation proches de l'aberration atteints par SpaceX au printemps dernier ?
Lorsque le groupe d'Elon Musk avait rejoint Wall Street en juin, le prix d'introduction en Bourse, fixé à 135 dollars l'action, valorisait le groupe spatial, de satellites et d'intelligence artificielle autour de 1.770 milliards de dollars. Beaucoup d'encre avait coulé sur les multiples de valorisation fantasmagoriques qu'une telle capitalisation accordait à SpaceX.
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Le groupe n'avait dégagé que 18,7 milliards de dollars de revenus en 2025, ce qui impliquait alors que le marché était prêt à valoriser la société 94 fois son dernier chiffre d'affaires publié. Pour donner un ordre d'idée, pour L'Oréal, première capitalisation de la Bourse de Paris, ce multiple tombe à 4,65.
Dans le cas d'Anthropic, les chiffres ont toutes les chances d'affoler encore davantage les compteurs. En août, les indiscrétions du Financial Times rapportaient que les investisseurs au capital de la start-up IA espéraient obtenir une capitalisation boursière (la valeur de la totalité des actions) d'environ 2.000 milliards de dollars. Le média britannique évoquait une opération qui pourrait survenir en octobre.
Un perte équivalente à près de neuf fois le chiffre d'affaires
Or, selon le contenu du prospectus d'introduction en Bourse, non rendu public mais dévoilé par plusieurs médias anglo-saxons, Anthropic n'a dégagé l'an passé, que 4,6 milliards de dollars de chiffres d'affaires, ce qui, théoriquement, traduirait un multiple de … 434,8 fois le chiffre d'affaires enregistré sur le dernier exercice.
Surtout, au regard de ses revenus, les autres lignes de compte de la société propriétaire du grand modèle de langage d'IA (LLM) Claude paraissent bien fragiles.
Selon les informations de Reuters, le groupe a accusé une perte d'exploitation de 8 milliards de dollars, ses dépenses opérationnelles s'élevait par ailleurs à près de 13 milliards de dollars. La perte nette, elle, atteint 42 milliards de dollars, même si son ampleur doit être en réalité relativisée.
Une grande partie de cette perte est liée à des charges purement comptables dues au renchérissement d'instruments financiers pouvant être in fine convertis en actions et représentant 34 milliards de dollars. Comme la valeur des titres Anthropic s'est appréciée, le coût de ces instruments de financement a mécaniquement augmenté.
Une croissance exponentielle
Si les pertes d'Anthropic s'avèrent sur le papier vertigineuses, la société semble toutefois se situer sur une trajectoire ascendante voire météoritique. Mi-septembre, le Financial Times rapportait que l'entreprise avait dégagé 11,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires, soit 14 fois plus que sur la même période de 2025, et que son résultat opérationnel ajusté (qui exclut donc certains éléments) était passé dans le vert.
En projetant sur douze mois les revenus dégagés sur juin, le dernier mois du trimestre, le chiffre d'affaires atteignait alors 47 milliards de dollars.
Les informations du prospectus révélées par Reuters et le Financial Times montrent également qu'Anthropic compte dépenser pas moins de 518 milliards de dollars dans les années à venir dans les technologies d'intelligence artificielle (IA), à savoir la puissance de calcul et les infrastructures d'informatique dématérialisée (cloud).
Par ailleurs, le groupe disposait de liquidités (trésorerie, équivalents, placements de court terme) de 20,28 milliards de dollars.
À noter que le prospectus d'introduction se montre très disert sur les facteurs de risques causés par l'intelligence artificielle. Le groupe prévient notamment que l'IA de pointe peut causer "des risques catastrophiques ou existentiels pour l'humanité". Ce qui tranche avec SpaceX qui avait à peine consacré 38 pages (sur 277) sur l'ensemble des facteurs de risques, dans son consensus, remarque Reuters.
Ce qui s'avère finalement en ligne avec les déclarations de son directeur général, Dario Amodei, qui avait appelé à "temporiser" l'amélioration de l'IA pour "que la prévention des risques soit en mesure de suivre le rythme". Un message qui avait reçu l'approbation tant d'Elon Musk que Sam Altman, le directeur général d'OpenAI, grand rival d'Anthropic et également sur la voie d'une introduction en Bourse.
Ces déclarations avaient alors provoqué un coup de semonce en Bourse sur l'ensemble des actions IA dans toutes les places boursières mondiales.
