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Pourquoi les entreprises ne peuvent plus se passer d'examiner leurs responsabilités envers la société

dimanche 24 janvier 2021 à 07h00

(BFM Bourse) - Une conception du capitalisme où l'intérêt bien compris des actionnaires est élargi aux parties prenantes bénéficie d'une popularité croissante depuis une vingtaine d'années. Le "stakeholder capitalism" impose la tâche délicate de conjuguer des intérêts parfois contradictoires, et nécessite de nouveaux outils pour évaluer correctement des externalités bien plus difficiles à mesurer que la création de valeur pour les investisseurs. Mais la performance de l'investissement ESG, notamment pendant la crise, ne peut qu'inciter les entreprises à mieux prendre en compte les parties prenantes.

Les entreprises adoptent de plus en plus une forme de "capitalisme des parties prenantes" (stakeholder capitalism), qui se focalise sur la création de valeur à long terme aussi bien pour les clients, les salariés, la société dans son ensemble et l'environnement, plutôt qu'uniquement pour les actionnaires à court terme. Mais selon un livre blanc publié par le Sustainable Finance Scientific Council, mis en place fin 2020 par S&P Global Ratings afin de susciter débats et réflexions autour de ce thème majeur, il faudra développer des approches beaucoup plus élaborées pour identifier et mesurer les retombées, en termes de soutenabilité, de l'activité des entreprises.

Globalement défini, le stakeholder capitalism vise à trouver un délicat équilibre et une forme de compris pour répondre aux besoins et servir les intérêts de toutes les parties prenantes : clients, salariés, fournisseurs de l'entreprise, mais aussi des communautés au sens large au sein desquelles elle opère, de la société dans son ensemble, et bien entendu de l'environnement, aussi bien que ses actionnaires. Cela implique de créer durablement de la valeur et de la partager entre tous... Certaines entreprises ont adopté des statuts expressément tournés vers ce but, comme les "entreprises à mission" en France, ou les B-Corp (Benefit Corporation) aux Etats-Unis.

Cependant, s'il est (relativement) facile de mesurer la création de valeur pour un actionnaire, il est extrêmement compliqué de mesurer la valeur créée pour les parties prenantes, ce qui limite en pratique l'efficacité opérationnelle du concept. Selon Standard & Poor's, il faudra développer, améliorer et standardiser les mesures non-financières, et approfondir la teneur de ce que divulguent les entreprises en la matière afin d'assurer davantage de transparence et de responsabilité. Mais il apparaît de plus en plus clairement qu'ignorer les externalités créées par l'activité d'une entreprise (contribution au réchauffement climatique, à l'accroissement des inégalités, etc.) constitue une prise de risque par rapport à l'environnement opérationnel et donc la profitabilité à long terme des entreprises.

La tâche n'est aucunement aisée, d'autant que les intérêts des différentes parties prenantes peuvent diverger entre eux (voire au sein de chaque groupe : dans certains cas l'activité de l'entreprise en direction de nouveaux clients peut aller au détriment des existants ou vice versa !)

Une crise telle que celle du Covid-19 apporte un nouvel éclairage sur ce que la société valorise par rapport à l'intérêt au sens étroit des entreprises. Les gouvernements ont apporté un soutien significatif aux entreprises pour éviter un effondrement économique. En retour, cela accroît les attentes en termes de responsabilité et de raison d'être des entreprises, ne serait-ce que très immédiatement en termes de protection de la santé de leurs employés face au risque de Covid et de maintien de l'approvisionnement pour les biens et services essentiels.

En ignorant certaines parties prenantes, en agissant comme si rien ne s'était passé, une entreprise court donc le risque de souffrir des conséquences (dommage à sa réputation, représailles politiques...)

De façon très terre-à-terre, l'agence de notation financière observe un point qui devrait éveiller l'attention des investisseurs. Depuis la création en janvier 2019 du S&P 500 "ESG" Index, ce dernier affiche déjà 2,2% de surperformance par rapport au S&P 500 classique. Pendant la pandémie, il a accusé de moindres pertes, et a rebondi plus rapidement. D'une certaine façon le Covid-19 a joué un rôle de stimulus pour les actions les plus engagées dans une démarche de développement soutenable, et indirectement amené des entreprises à réévaluer leurs priorités en regard des attentes du marché vis-à-vis de la soutenabilité.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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