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Hubert Tassin : Pourquoi la croissance du commerce mondial risque de ne pas repartir

jeudi 7 mars 2019 à 18h11
Hubert Tassin

Hubert Tassin Conseiller pour des investisseurs et analyste économique

Hubert Tassin analyse depuis plus de 37 ans les marchés financiers et les sociétés cotées. Il a dirigé les rédactions du Journal des Finance, d'Investir et de BFM Radio/BFM Business. Il a aussi eu la responsabilité de la rédaction en chef de la revue de référence Analyse Financière, …

(BFM Bourse) - Le feuilleton de l'accord commercial entre la Chine et les Etats-Unis semble bientôt toucher à sa fin. Mais les deux grandes puissances mondiales risquent bien de conclure un accord de court terme. Sans compter que de nombreux problèmes de fonds sur les échanges commerciaux ne seront pas réglés dans les mois qui viennent.

Les marchés financiers veulent sortir du feuilleton des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine qui est depuis de trop nombreuses semaines un de leur principaux facteurs d'évolution. Les scénarios qui ont appuyé le rétablissement spectaculaire des indices boursiers depuis début janvier reposent sur la certitude de la conclusion d'un accord. Les investisseurs font le pari que Donald Trump, après avoir cédé devant les parlementaires démocrates sur le bras de fer budgétaire, ne peut pas faire autrement que céder sur le dossier de la guerre commerciale. La nécessité électorale a pris le dessus pour mettre fin à l'arrêt des activités gouvernementales (le "shutdown"). Le consensus estime qu'il va en être de même sur la question protectionniste : la croissance est l'objectif premier pour préparer l'élection de novembre 2020. Cependant, même si la négociation abouti en effet, la question de la guerre commerciale va continuer à planer.

Certes, le calendrier confirme les anticipations optimistes. Même si le président américain a encore répété qu'il était prêt à renoncer à tout accord si ce qui était proposé finalement ne lui paraissait pas assez bon, le report de la date butoir du 1er mars pour mettre en place de nouvelles taxations a pu être interprété comme l'intention de conclure un accord presque à tout prix.

Les conseillers de la Maisons Blanche en charge des négociations soufflent d'ailleurs le chaud, parlant même de "progrès fantastiques". L'accélération de l'agenda pourrait même conduire à une rencontre entre le secrétaire général du parti communiste Xi Jinping et Donald Trump d'ici trois semaines, dans la résidence des présidents américains de Mar-a-Lago à Palm Beach.

Un rapport de forces rééquilibré en faveur des Chinois

Le rapport de forces un peu rééquilibré en faveur des Chinois, pour des raisons de politique intérieure aux États-Unis, va conduire plus à un armistice a minima qu'à un traité de paix. Il n'est plus question de changement de modèle en Chine, mais simplement d'aménagements à la marge permettant de laisser les choses se développer.

Les deux grandes économies mondiales ont la particularité d'être toujours en croissance : 6,2% attendus cette année à Pékin, 2,5% à Washington. Si on ne va pas céder beaucoup plus que du symbole côté chinois, on comprend que, bien au-delà des échéances électorales américaines ou même d'alternance, à plus long terme, le rééquilibrage va s'imposer. Les parties semblent dans l'immédiat avoir une volonté commune de ne pas peser sur leurs économies et de les stabiliser. La stabilisation est aussi l'objectif sur le change et il y a comme un accord tacite à évacuer le yuan du champ des discussions.

Démêlés judiciaires de Huawei

Il y a un sujet qui ne sera pas réglé et qui sera pourtant central dans l'avenir : c'est celui de la propriété intellectuelle. Les transferts de technologies consentis par les sociétés américaines (les européennes sinon les japonaises sont dans le même cas) ne sont pas niés et sont dans le viseur de Donald Trump.

Le symbole va être Huawei. Le géant chinois est un fournisseur de solutions numériques digitales pour les opérateurs, les entreprises et les consommateurs. Il est le deuxième producteur mondial de smartphones. Ses démêlés avec les justices occidentales ne sont pas récentes et, en 2003 déjà, il avait été convaincu d'utilisation illégale de solutions développées par Cisco. L'année dernière, Huawei a été exclu des marchés australiens du téléphone et, il y a deux mois, la justice fédérale américaine a annoncé des poursuites sur plus de 20 chefs d'accusations. Ils comprennent des accusations de viol de technologies, corruption, blanchiment ou fraudes diverses. L'extradition de Meng Wanzhou, la directrice financière et fille du fondateur de Huawei, a été demandée au Canada où elle est déjà en résidence surveillée.

L'enjeu n'est pas ordinaire : Huawei est groupe mondial, qui réalise plus de 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires et est le symbole de la technologie chinoise. Il va évidement contester les accusations devant la justice américaine, mais aussi son boycott par les agences fédérales,. Le traitement de ce cas hors norme (qui comprend une violation de l'interdiction de commercer avec l'Iran) aura une dimension politique. S'il aura du mal à intervenir au fond (d'autant qu'il soutient la lutte contre le pillage intellectuel chinois), le cas personnel de Meng Wanzhou pourrait être pour Donald Trump l'occasion de donner des gages au président chinois.

Cela posé, les sanctions judiciaires, mais aussi et surtout l'exclusion des investissements 5G aux États-Unis et peut être ensuite en Europe, vont freiner plus que sérieusement un accord pérenne de commerce trans-pacifique. Le rééquilibrage des balances retardé, la question commerciale pourra à nouveau peser sur la croissance dans un terme assez rapproché.

Malgré la relance chinoise, pas d'accélération du commerce mondial en vue

On a coutume de dire que, dans les relations avec les entreprises chinoises, "la négociation réelle commence le jour où on signe". Il y a bien des chances pour que ce soit le cas à grande échelle dans cette guerre commerciale. La capacité du commerce international à accélérer à nouveau pourrait être limitée de ce fait.

D'un coté, la croissance chinoise est soutenue à tout prix. À la baisse de l'impôt sur les sociétés et de la TVA annoncée cette semaine, venant après celle des réserves obligatoire des banques, va s'ajouter le programme d'infrastructures déjà mis en œuvre. L'objectif du parti de 6 à 6,5% de croissance sera assuré cette année, sans doute vers le milieu de la fourchette.

De l'autre si le différend avec les États-Unis n'est pas véritablement en voie d'amélioration, les stratégies protectionnistes de Donald Trump, mais aussi du Congrès, ont bien des chances de ne pas se tarir. Ce mardi, le représentant américain au Commerce a annoncé que, sur une décision du président, le statut accordé à l'Inde et à la Turquie en vertu du Système généralisé de préférences (SPG), qui prévoit des tarifs douaniers réduits pour certains pays, allait être annulé. Les Américains demandent une ouverture à leurs exportations et font parler la poudre. L'Europe est la cible suivante et le marché risque d'être mis sous pression concernant les avantages de la politique agricole commune en échange du maintien des exportations automobiles. Au-delà du différend franco-allemand qui pourrait en découler, on comprend les limites qu'auraient sur la conjoncture une accord chinois de façade.

Hubert Tassin pour BFM Bourse

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