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Alexandre Baradez : De quelle classe d'actifs se rapproche le plus le Bitcoin ?

vendredi 25 mars 2022 à 18h54
Alexandre Baradez

Alexandre Baradez Responsable des analyses marchés pour le groupe IG

Diplômé de l'ESCE en 2003, il a d'abord évolué plusieurs années chez BNP Paribas, puis au sein de la Banque Robeco. En 2009, Alexandre Baradez entre chez Saxo Banque en tant que "sales trader". Son expérience des marchés financiers et plus particulièrement des devises l'amène rapidement à …

(BFM Bourse) - [AVIS D'EXPERT] Substitut numérique à l'or, véritable monnaie, lubie spéculative, échappatoire au fisc... Les points de vue au sujet du Bitcoin semblent irréconciliables. Mais le comportement de la principale crypto-monnaie face au mouvement de normalisation monétaire et au risque géopolitique donne des indices pour mieux le catégoriser.

S’il y a bien un actif qui fait débat, c’est le Bitcoin. Pour certain, un actif de couverture contre l’inflation et un substitut à l’or, pour d’autres une véritable monnaie qui pourrait supplanter un jour l’euro ou le dollar ou fonctionner en parallèle... Pour d’autres encore un instrument spéculatif dont la mode passera rapidement, pour certains un moyen permettant de fuir les règlementations, le contrôle des Etats, les sanctions internationales, voire la fiscalité…

Ce qui est presque certain c’est qu’il est impossible de réconcilier les différents points de vue… et on ne va pas s’y risquer ici. Il est en revanche intéressant de voir comment le Bitcoin et les plus grosses cryptodevises se sont comportées ces derniers mois face à l’envolée de l’inflation, au début de la normalisation monétaire des banques centrales et au risque géopolitique. Et on peut établir quelques constats intéressants.

Tout d’abord on distingue une sensibilité à l’appétit pour le risque ("risk-on") des investisseurs. Comme d’autres classes d’actifs, le Bitcoin a entamé une phase de forte accélération haussière en novembre 2020, à l’annonce par Pfizer du premier vaccin contre le Covid. Alors que le Bitcoin consolidait depuis près de trois ans, après l’euphorie de 2017 notamment, il a retrouvé l’intérêt des investisseurs et des spéculateurs à ce moment-là.

On note aussi une très forte sensibilité du Bitcoin à la normalisation monétaire et au redressement des taux. Jerome Powell et plusieurs membres de la Réserve fédérale ont commencé à faire évoluer leurs discours face à la hausse des prix persistante à partir de novembre 2021 : c’est à ce moment-là que les taux courts américains (comme le bon du Trésor à deux ans par exemple) ont commencé à se redresser sensiblement… et que le Bitcoin a décroché. Il n’y a eu à ce moment-là aucune donnée géopolitique ou même évolution de réglementation visant le secteur des cryptoactifs, simplement un changement de ton de la Fed (sachant que la BCE tenait un discours encore très accommodant à ce moment-là).

Cette porte qui s’ouvrait à un début de normalisation monétaire a déclenché le mouvement de baisse alors que le Bitcoin venait d’inscrire un nouveau sommet historique à 69.000 dollars.

Autre constat : le Bitcoin s’est comporté comme les classes d’actifs les plus spéculatives.

Comme on peut le voir sur le graphique, la chute est intervenue au même moment que celle des "valeurs IPO", c’est-à-dire les titres récemment introduits en bourse, dont plusieurs valeurs techs. On note également que le décrochage du Bitcoin se produit au même moment que celui des valeurs technologiques non rentable, compilées par Goldman Sachs dans un indice dédié. On note aussi que cette chute du Bitcoin à partir de novembre se fait également en parallèle des valeurs les plus "shortées" (les fameuses "meme stocks" qui ont beaucoup fait parler avec notamment l’épisode AMC/GameStop).

Depuis quelques semaines s'opère une stabilisation de ces différentes poches de marché… et du Bitcoin en parallèle. Aucune corrélation avec la trajectoire de l’or en revanche sur la même période ou même avant. On notera aussi une bonne résilience depuis le début de la crise ukrainienne, comme on peut aussi le constater sur certaines valeurs technologiques.

En dehors de l’évolution de la règlementation propre au secteur des cryptos qui peut évidemment avoir un impact positif ou négatif sur le cours, on pourrait donc "classer" le Bitcoin dans la catégorie des actifs "techs", sensible à l’évolution des politiques monétaires et au niveau des taux/taux réels, avec un côté "valeur refuge" durant les crises géopolitique (en relatif par rapport à certaines valeurs cycliques beaucoup plus exposées).

Et dans ce classement du Bitcoin dans la catégorie "actif tech", on s’approche plus du comportement des petite et moyennes capitalisations que des "large cap" comme Apple ou Microsoft par exemple. En effet, ces grandes valeurs technologiques n’ont commencé à réagir aux questions de normalisation monétaire qu’à partir de janvier, alors que le Bitcoin a commencé à réagir à la baisse dès les premières inflexions de ton des speakers de la Réserve fédérale en novembre.

Par Alexandre Baradez, responsable des analyses marchés pour le groupe IG

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