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Alexandre Baradez : Changement de ton de la Réserve Fédérale en deux actes

lundi 21 juin 2021 à 09h28
Alexandre Baradez

Alexandre Baradez Responsable des analyses marchés pour le groupe IG

Diplômé de l'ESCE en 2003, il a d'abord évolué plusieurs années chez BNP Paribas, puis au sein de la Banque Robeco. En 2009, Alexandre Baradez entre chez Saxo Banque en tant que "sales trader". Son expérience des marchés financiers et plus particulièrement des devises l'amène rapidement à …

(BFM Bourse) - Le marché a choisi de relativiser dans un premier temps les conséquences d'une évaluation plus optimiste de la santé de l'économie américaine par la Fed. Il a fallu qu'une colombe se transforme en faucon pour que le message d'un durcissement à venir de la politique monétaire finisse par passer.

Les chiffres économiques américains ces derniers mois et la forte progression de plusieurs indices de prix (production et consommation notamment) nous laissaient penser que la Fed disposait d’un peu plus de marge pour faire évoluer son discours sur le rythme de la politique monétaire.

Non pas qu’un mouvement tectonique était attendu, mais disons que l’environnement dans lequel évoluait les marchés était un peu trop calme, ces derniers semblant s’attendre à un communiqué et un discours de Jerome Powell de la même nature que celui d’avril.

Le VIX (indice de volatilité du SP500) évoluant à 15/16 avant la réunion traduisait un niveau de stress relativement bas.

Pourtant l’inflation a atteint 5% en mai sur un an, soit la plus forte progression des prix depuis 2008. Et en ce qui concerne l’emploi, certes le dernier rapport a été un peu en dessous des attentes mais le taux de chômage a continuer de baisser à 5,8% en mai et il n’y a jamais eu autant d’emplois vacants aux Etats-Unis si on en croit les données JOLTS. De quoi normalement mettre le marché un peu plus sur ses gardes mais ce ne fut pas le cas.

Et le communiqué de la Fed ainsi que la conférence de presse ont bien créé la surprise. En témoigne le taux du bon du Trésor américain à dix ans, qui a pris 10 points de base en l’espace de quelques minutes, et la forte poussée du dollar. C’est notamment la position de Jerome Powell sur l’emploi : "Il est clair que nous sommes en route vers un très fort marché de l'emploi" qui a fait prendre conscience au marché que le ton avait changé. Le dirigeant ajoutant également que les anticipations d’inflation étaient désormais bien positionnées.

On pensait que les marchés avaient bien intégré ce changement de ton, beaucoup plus optimiste que le précédent, et donc les modifications que cela allait potentiellement entraîner au niveau des achats d’actifs d’ici quelques temps. Mais dès le lendemain, jeudi, le taux du dix ans américain s’est complètement affaissé sous 1,50%, retombant même sous les niveaux pré-Fed et brouillant au passage les cartes sur ce que le marché avait finalement retenu de la conférence de presse…

James Bullard, de façon très inhabituelle, est venu faire comprendre aux marchés vendredi que le message de Jerome Powell impliquait bel et bien des changements à venir. Or, Bullard est une véritable colombe, prêchant habituellement pour une politique monétaire très accommodante. Il a fait voler en éclat cette position vendredi, avec une série de déclarations très explicites, affirmant notamment que des discussions sur un tapering se sont déjà ouvertes lors de cette réunion alors que le président de la Fed ne l’avait pas indiqué aussi clairement mercredi. Il a aussi déclaré que l’inflation était "plus forte qu’attendu", que les Etats-Unis ne voulaient pas "revoir une bulle immobilière" et que les Fed gardait "un œil sur les valorisations de marché". Des déclarations clairement plus "hawkish" qui tranchent avec ses positions récentes.

Même si le taux dix ans a reculé après un rebond initial vendredi suite à ces déclarations, il semble que les marchés actions ont compris que quelque chose venait de changer. Une colombe qui durcit le ton moins de 48 heures après la réunion de la Fed, c’est que le message méritait d’être renforcé pour éviter, peut-être, une trop forte complaisance des marchés.

La volatilité devrait donc se maintenir dans les semaines qui viennent, les marchés attendant désormais avec impatience (et un peu d’appréhension) la prochaine réunion de la Fed en juillet.

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