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Jean-François Faure : Après l'éclatement de la bulle, le bitcoin a-t-il encore un avenir?

mardi 12 mars 2019 à 11h56
Jean-François Faure

Jean-François Faure Président d'AuCoffre.com

Jean-François Faure est le président d'AuCoffre.com, la première plateforme en ligne 100% sécurisée pour l’achat et la vente de matières précieuses (or, argent métal). Jean-François Faure a créé et promeut le label Clean Extraction afin de développer une exploitation aurifère …

(BFM Bourse) - Depuis son apparition il y a dix ans, le bitcoin est passé par tous les stades, y compris la bulle et son éclatement. Aujourd'hui, est-ce l'heure de la maturité ? Pour la technologie de la blockchain certainement. Explications.

On fête cette année les 10 ans de l’ouverture au grand public du bitcoin. En 10 "petites" années, la cryptomonnaie a déjà tout connu : l’incompréhension, le mépris, le rejet, la flambée, la bulle, l’explosion, la chute, le retour… Toute une vie en une décennie. Alors faut-il encore croire au bitcoin ? Attention spoiler : oui.

Pour un ancien du web comme moi, l’agitation autour de la blockchain et de son application emblématique le bitcoin, a comme un goût de déjà-vu. Avant les années 2000, tout ce que l’on reproche aujourd’hui à la cryptomonnaie, on le reprochait à internet : incompréhension de la technologie et des usages ; utilisation par les mafias, escrocs, trafiquants de tout poil ; remise en question des modèles économiques établis. Mais aujourd’hui 25 ans plus tard, internet est partout, pour tous. Alors oui, on peut prédire un même destin pour le bitcoin.

Un rejeton de la crise des subprime

C’est en octobre 2008 que le livre blanc (white paper) "Bitcoin : système de monnaie électronique en pair-à-pair" est publié. Son auteur est Satoshi Nakamoto, un individu ou un groupe d’individus toujours pas identifié à ce jour. Dès les premières lignes de ce livre blanc, on comprend l’objectif et aussi la cible des initiateurs de ce projet : "un système de monnaie électronique entièrement en pair-à-pair permettrait d’effectuer des paiements en ligne directement d’un individu à un autre sans passer par une institution financière". Un peu comme François Hollande lors de son discours du Bourget, pour Nakamoto : mon ennemi c’est la finance !

On se souvient qu’aux Etats-Unis, la crise des subprime provoque un séisme, des individus perdent toutes leurs économies, leur maison. Les créateurs du bitcoin imaginent donc un système qui permet de se passer de la finance, de ne plus avoir besoin d’un pouvoir central pour émettre de la monnaie, pouvoir dans lequel on ne peut plus avoir confiance selon eux. Ils inventent donc un système basé sur l’anonymat et surtout la déconcentration de la validation de la transaction. Une personne, une autorité, un pays, un groupe d’intérêt ne peut plus perturber les échanges entre individus : la confiance est retrouvée.

En mars 2009, la première blockchain publique est lancée et les premiers bitcoin conçus et échangés. Il faut bien le dire, la première communauté bitcoin est composée d’un côté de "libertariens" anti-système. De l’autre, elle est composée de geeks qui se lancent dans ce projet, comme en 2000 certains participaient au développement du logiciel libre contre les suites logicielles de Bill Gates.

Une "monnaie" qui se veut hors système

Mais le bitcoin est-il une monnaie ? C’est évidemment la grande question. Pour ses concepteurs, cela ne fait pas de doute. On pense qu’ils ont eu comme livre de chevet "Pour une vraie concurrence entre les monnaies" (1976) de l’économiste (et prix Nobel) Friedrich Hayek, qui défendait notamment la disparition des banques centrales. Ils connaissent aussi la loi de Gresham qui énonce que la mauvaise monnaie chasse la bonne. C’est-à-dire que la bonne monnaie est conservée, thésaurisée, elle n’est pas utilisée pour les échanges, elle ne contribue donc pas à créer de la richesse mais au mieux de la rente.

Nakamoto a aussi comme référence l’usage de l’or comme monnaie "hors système" et valeur refuge. C’est ainsi qu’il définit dès la création du bitcoin une limite de production de cette cryptomonnaie : 21 millions de bitcoins, limite qui devrait être atteinte en 2141. L’expression utilisée pour la création des cryptomonnaies est d’ailleurs singulière puisqu’on rémunère des "mineurs" pour générer le code informatique.

Reste qu’après 10 ans, l’usage comme monnaie d’échange est pour l’instant limité. En effet, il est difficile d’utiliser son portefeuille (wallet) rempli de bitcoins pour payer au supermarché ou quelques millièmes de cryptomonnaie pour s’offrir un café au comptoir. Le principal frein c’est la lenteur des transactions. Le système met environ 10 minutes à valider une transaction. C’est un effet pervers de la déconcentration pour renforcer la confiance. Vous imaginez le commerçant qui attend à côté de vous quand le paiement sans contact lui permet d’être payé en moins d’une seconde via une carte bancaire. Evidemment non.

Comme la loi de Gresham fonctionne, le bitcoin s’est retrouvé dans la posture de la bonne monnaie. Celle qu’on conservait sans jamais l’utiliser. En 2017, la cryptomonnaie s’est transformée en crypto placement. Vous ajoutez à cela une communication mainstream sur le sujet et les cours s’envolent avec un plus haut le 15 décembre 2017 à 16.700 euros. Un sommet puis une dégringolade. La création de Satoshi Nakamoto a été victime du pire de la finance : la spéculation. En plus de la lenteur des transactions, la volatilité des cours n’incite pas à proposer ce mode de paiement. Je vends un vélo 1/10 de bitcoin à 11h19 le 5 mars 2019 (soit l’équivalent de 320 euros), rien ne m’assure qu’à la fin de la transaction à 11h29, le prix sera le même. C’est encore plus sensible pour les produits à faible marge où quelques euros en moins peuvent se transformer en vente à perte.

Après la crise d’adolescence, l’âge de raison ?

Comme pour Internet après l’explosion de la bulle de l’an 2000, j’estime que la blockchain et les cryptomonnaies vont maintenant entrer dans l’âge de raison. Les besoins de confiance, de pérennité, d’inviolabilité des transactions, qu’elles soient financières, de données ou de documents, vont aller grandissant dans un monde de plus en plus violent et hystérisé. On note que de plus en plus d’Etats cherchent à se défaire de l’emprise d’un ou plusieurs pays en créant leur propre monnaie numérique.

L’écosystème des blockchains est en train de mûrir. Les propositions se multiplient sur des sujets qui dépassent les échanges commerciaux. On sait qu’il y a un besoin grandissant de traçabilité des informations, des productions et des échanges. La blockchain est une solution pour de nombreux acteurs et de multiples usages. On a parlé du cadastre dans les pays du continent africain mais aussi de la gestion des syndics de copropriété ou bien encore de la certification des diplômes. Ce ne sont que quelques exemples. On pense aujourd’hui aussi à asseoir les cryptomonnaies sur des actifs tangibles dont l’or, un projet que je porte, pour limiter les dérives spéculatives.

Si on cesse de penser "monnaie" et spéculation, alors la technologie portée par la création de Satoshi Nakamoto offre un champ des possibles qui va provoquer la réorganisation de nombreuses activités, comme l’a fait Internet. Alors oui, le bitcoin n’est pas mort.

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