(BFM Bourse) - Le fabricant de serveurs informatiques avait perdu 43% avant de demander la suspension de la cotation de son titre jeudi 18 juin. 2CRSi a été victime d'une attaque violente d'un fonds d'investissement qui a publié une longue étude au vitriol sur le groupe français.
2CRSi a connu un jeudi cauchemardesque, pris pour cible par Grizzly Research, un fonds d'investissement qui accuse sa direction de se rendre coupable de "multiples fraudes" et d'avoir "agi dans l'intention d'induire gravement les investisseurs en erreur"
Ce dernier a publié un très long rapport portant de lourdes accusations sur la société. Pour ce vendeur à découvert, la belle histoire de 2CRSI repose "sur une présentation gravement trompeuse de la réalité, orchestrée via des parties liées non divulguées".
"2CRSi pris la main dans le sac"
Dans ce long rapport au vitriol aussi disponible en version française, intitulé "2CRSi pris la main dans le sac", Grizzly Research détaille les griefs qu'ils reprochent à la société strasbourgeoise. L'investisseur écrit par exemple que "la quasi-totalité du chiffre d’affaires de 2CRSi est vraisemblablement fabriquée via un montage impliquant des parties liées non divulguées".
Comme souvent, le marché prend peur après qu'un groupe a été attaqué par un vendeur à découvert. À la Bourse de Paris, l'action 2CRSi s'était effondrée de 43,05% jeudi 18 juin, avant d'être suspendue de cotation après la parution de la note de Grizzly Research.
2CRSi est sorti de son silence après la clôture du marché parisien. Dans un court communiqué, la société a déclaré contester le contenu du document publié par Grizzly Research. Le groupe alsacien a par ailleurs indiqué qu'il préparait une réponse documentée.
"Dans un souci de transparence, de rigueur et d’égalité d’accès à l’information, la Société annonce avoir demandé à Euronext la suspension de la cotation de son titre, afin d'apporter une réponse détaillée aux allégations formulées dans la publication et de permettre au marché de disposer d’éléments d’appréciation complets", explique la société.
"À cette fin, le conseil d’administration de 2CRSi a saisi son comité d’audit et des risques. 2CRSi communiquera au marché dans les meilleurs délais, conformément à ses obligations réglementaires. 2CRSi se réserve par ailleurs le droit d’engager toute action qu’elle estimera appropriée pour préserver ses droits, sa réputation et les intérêts de ses actionnaires", ajoute-t-elle.
Une image écornée
En Bourse, l'image de 2CRSi a été écornée. Avant ce gros coup de grisou, le titre du fabricant de serveurs informatiques strasbourgeois gagnait 290% depuis le début de l'année et même près de 2.200% sur trois ans, après être tombé très bas.
Ce rallye boursier a été facilité par une demande très forte pour ses serveurs, avec l'essor de l'intelligence artificielle (IA) qui se traduit par un développement exponentiel des centres de données.
Pour les analystes d'Allinvest Securities, le rapport de Grizzly Research peut redéfinir l’equity story (l'histoire boursière) de 2CRSi, dont un important contrat de 610 millions d'euros, remis en cause par le vendeur à découvert, "devait être l’un des drivers (moteurs) de la croissance du chiffre d'affaires mais également de la remontée des marges".
Selon les analystes de Portzamparc cités par Zonebourse, le rapport de l'activiste "est comme d'habitude bien ficelé, et il profite d'un déficit de communication du groupe sur la relation avec NewYork GreenCloud (NYGC), qui va selon nous plus loin qu'une simple relation client/fournisseur".
Comme Grizzly Research, Portzamparc s'interroge "sur la surface financière exacte d'Atlas Cloud et donc sa capacité à honorer l'ensemble du partenariat avec NewYork GreenCloud".
Le bureau d'études estime toutefois que l'affirmation du vendeur à découvert selon laquelle "2CRSi a(urait) fabriqué la quasi-totalité de ses revenus" semble aberrante. Les analystes expliquent avoir pu constater la réalité du "business" en rencontrant au fil des années de nombreux fournisseurs, partenaires et clients.
Allinvest Securities remarque pour sa part que l'auditeur actuel de 2CRSi est la Société Fiduciaire de Révision, un "petit acteur", qui a généré 1,5 million d'euros de chiffre d'affaires dont 10% avec le groupe strasbourgeois, selon les données Pappers citées par le bureau d'études. Ce qui "pourrait ne pas rassurer les investisseurs", ajoute Allinvest Securities.
Dans l'attente de réponses convaincantes
Le bureau tient aussi à faire remarquer que 2CRSi montrait ces derniers semestres une amélioration significative de son chiffre d'affaires, avec une traduction positive sur le front de la trésorerie.
Par ailleurs, Allinvest Securities note "dans une logique transversale" que ce rapport pourrait être négatif pour Valeo, avec qui 2CRSI a un partenariat pour équiper les antennes 5G de serveurs de calculs. Cette collaboration doit permettre de développer des systèmes de refroidissement pour différents environnements, tels que des centres de données de périphérie extérieurs installés à proximité d'antenne 5G.
"Sans réponse argumentée et précise, ce rapport devrait durablement ternir l’image du groupe", avance le bureau d'études.
Portzamparc rappelle pour sa part que le taux de succès récent de Grizzly Research sur des attaques de sociétés cotées est de 50% (sur les 20 dernières sociétés attaquées, le cours de 10 actions est plus haut aujourd'hui qu'avant l'attaque et 10 plus bas).
L’intermédiaire financier attend désormais des réponses convaincantes de 2CRSi pour faire face à cette attaque qui doit être, selon lui, relativisée.
Recevez toutes les infos sur 2CRSI en temps réel :
Par « push » sur votre mobile grâce à l’application BFM Bourse
Par email
