par Dan Wilchins et Jonathan Stempel
NEW YORK (Reuters) - Le gouvernement américain va sauver Citigroup en injectant 20 milliards de dollars en capital dans la banque et en garantissant l'essentiel de ses pertes potentielles sur un portefeuille de 306 milliards de dollars d'actifs très risqués.
Ce plan annoncé dimanche soir est à ce jour la plus grosse opération de sauvetage d'une banque menée par le gouvernement, alors que la crise financière a déjà entraîné la disparition ou la faillite de grandes maisons comme Bear Stearns, Lehman Brothers ou Washington Mutual.
Les 20 milliards injectés par l'Etat dans la deuxième banque américaine s'ajoutent aux 25 milliards déjà fournis auparavant à la banque dans le cadre du plan Paulson d'aide au secteur financier. En échange, le gouvernement va recevoir des actions préférentielles Citigroup portant un dividende 8%.
La banque ne va pas modifier sa direction ni remplacer son directeur général Vikram Pandit mais elle a accepté en contrepartie des restrictions concernant les salaires de ses dirigeants.
En outre, Citigroup ne pourra pas verser un dividende de plus d'un cent par action ordinaire par trimestre pendant une durée de trois ans sans l'accord du département du Trésor. Le dividende trimestriel versé par Citigroup est actuellement de 16 cents par action.
Citigroup est la plus internationale des banques américaines, présente dans plus de 100 pays. Les conséquences d'une faillite auraient été trop graves, estiment de nombreux analystes.
LES PREMIÈRES PERTES ABSORBÉES PAR CITIGROUP
Ce plan intervient moins d'une semaine après l'annonce par Pandit d'un projet de réduction des effectifs à 300.000 personnes d'ici le début 2009, contre 375.000 à fin 2007.
Citigroup a perdu 60% sur la seule semaine dernière pour finir à 3,77 dollars vendredi. A Francfort, Citigroup rebondissait de 42% après l'annonce du plan.
La capitalisation boursière de Citigroup est tombée à 20,5 milliards de dollars, d'un niveau inférieur aux premiers 25 milliards injectés dans l'établissement. Elle était de 270 milliards il y a deux ans.
Le président de la Réserve fédérale de New York Timothy Geithner, qui devait être choisi dans la journée comme successeur à Henry Paulson, a participé de près à la mise en place du plan.
Dans ce cadre, Citigroup a accepté d'absorber les premiers 29 milliards de dollars de pertes sur un portefeuille de 306 milliards, plus 10% de pertes additionnelles, pour une exposition maximale totale de 56,7 milliards de dollars.
Les structures publiques vont elles vont elles garantir 90% des pertes au delà des premiers 29 milliards.
Le Trésor américain pourrait au final absorber 5 milliards de dollars de pertes, la Federal Deposit Insurance Corp. (FDIC) 10 milliards de dollars et la Réserve fédérale le reste.
Dans le détail, le Trésor va recevoir pour 24 milliards de dollars d'actions préférentielles Citigroup et le FDIC pour 3 milliards. Sur ce total de 27 milliards de dollars d'actions émises par Citi, 7 milliards constituent un honoraire versé en échange de la garantie du gouvernement. Ce dernier va aussi recevoir des warrants pour 2,7 milliards de dollars d'actions ordinaires, soit 254 millions d'actions à 10,61 dollars pièce.
Citigroup a estimé que cette injection de capital allait lui donner un ratio de solvabilité Tier 1 de 14,8%, plus du double que le niveau requis par le gouvernement. La banque a ajouté qu'elle allait avoir un accès accru au guichet de refinancement de la Fed, pour renforcer ses liquidités.
RESTAURER LA CONFIANCE
Ce plan de sauvetage pourrait servir de modèle pour aider d'autres banques dans le monde, confrontées à des pertes croissantes en raison de la crise du crédit et du fort ralentissement économique mondial.
Les pertes de crédit des banques, concentrées dans un premier temps dans les actifs liés aux prêts immobiliers pour les particuliers, se diffusent actuellement dans de nouveaux compartiments comme les cartes de crédit ou l'immobilier commercial.
"Ce plan semble énorme dans sa taille et sa portée", juge Tony Morriss, chez ANZ Bank, à Sydney. "Cela signifie-t-il que l'aide à d'autres institutions financières sera aussi importante ? Cela veut-il dire qu'il y aura des problèmes supplémentaires concernant le calcul des actifs dits toxiques ?"
Pour David Forrester, chez Barclays Capital, "à court terme, cela réduit le risque systémique mais cela soulève des interrogations sur la signification de ces mesures pour le secteur à plus long terme".
Dans un communiqué commun, la Réserve fédérale américaine, le département du Trésor et la FDIC ont jugé les décisions concernant Citigroup "nécessaires pour renforcer le système financier et protéger les contribuables américains et l'économie américaine".
La principale raison derrière le sauvetage de Citigroup est de restaurer la confiance dans le système financier et les grandes institutions financières, ont indiqué lundi matin de leur côté des responsables du gouvernement américain.
"On voit une équipe dirigeante inepte récompensée par le gouvernement américain", estime William Smith, patron Smith Asset Management, qui détient des titres Citigroup.
Le gouvernement a au total engagé plus de 1.000 milliards de dollars d'argent du contribuable, en prenant en compte notamment le plan de relance déjà adopté pour relancer une activité chancelante.
Version française Stanislas Dembinski
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