(BFM Bourse) - La banque suisse estime que les lourdes dépréciations et impacts financiers annoncés par le constructeur vendredi ne justifient pas une perte de capitalisation boursière de 7 milliards d'euros. L'établissement juge que l'entreprise s'embarque dans une reprise visible en Amérique du Nord et réitère son conseil à l'achat.
Stellantis s'est disloqué en Bourse vendredi dernier. Le constructeur automobile franco-italo-américain a accusé un violent plongeon, chutant de 25,24%, la pire baisse jamais accusée par la société depuis sa création en janvier 2021.
Le groupe a subi une véritable "capitulation de marché", lorsque les investisseurs, excédés par plusieurs déceptions sur une action, décide de la fuir et de jeter l'éponge.
La capitalisation boursière de Stellantis ne pèse plus que 18,3 milliards d'euros à l'heure actuelle, plus de quatre fois moins qu'à son zénith boursier de mars 2024 (81 milliards d'euros environ).
Le violent plongeon du groupe a été provoquée par son "reset", c'est-à-dire une remise, à plat, de sa stratégie dans le véhicule électrique.
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Une "opération de vérité" à plus de 22 milliards d'euros
Stellantis a décidé d'arrêter des projets sur ce type de motorisation, de déprécier des outils de production, et de redimensionner (à la baisse) la chaîne d'approvisionnement des véhicules électrifiés.
Le groupe a invoqué les réticences des ménages américains à acquérir des automobiles électriques. Ainsi que les mesures prises par l'administration Trump pour réduire l'attrait de ce type de motorisation. Le gouvernement américain a aussi bien supprimé les incitations fiscales à l'achat de ces véhicules que les amendes pour dépassement de seuil d'émissions de Co2.
L'ensemble des mesures annoncées par Stellantis entraîneront des charges de 22,2 milliards d'euros, qui seront enregistrées au second semestre 2025.
Ce qui se traduira par une perte nette colossale au titre de l'exercice de l'an passé. Stellantis a estimé sa perte nette entre 19 et 21 milliards d'euros sur le seul second semestre, ce qui se traduira par une perte nette de 21 à 23 milliards d'euros sur l'ensemble de 2025.
L'ensemble des décisions du groupe occasionneront par ailleurs des sorties de cash de 6,5 milliards d'euros qui seront étalées sur quatre années.
Le marché attendait ce type d'"opération vérité", après que General Motors et Ford ont livré des annonces similaires il y a quelques semaines.
"Même si des dépréciations d'actifs étaient largement attendues, leur ampleur et la part importante des sorties de trésorerie (6,5 milliards d'euros), bien que réparties sur quatre ans auprès des fournisseurs, constituent un élément négatif majeur", avait expliqué Citi.
Pour Oddo BHF aussi, l'ampleur de cette remise à plat "est bien plus forte que redouté" et augure d'un redressement "bien plus difficile que certains l'espéraient".
Une chute injustifiée ?
Stellantis a également donné des perspectives bien peu engageantes pour 2026. La marge opérationnelle courante est attendue à un chiffre "low single digit", ce que l'on peut traduire par 1 à 3%. Le consensus (la prévision moyenne des analystes) était plus proche de 4%, selon Citi.
Pour rappel, en 2022 et 2023, Stellantis affichait une marge opérationnelle courante d'environ 13%.
Le flux de trésorerie libre devrait s'améliorer par rapport à 2025 mais il restera dans le rouge, a prévenu la société.
Pour autant, est-ce que tous ces éléments justifient un plongeon de 25% et une perte de capitalisation boursière de 7 milliards d'euros, soit l'équivalent d'un très petit pensionnaire du CAC 40? Et est-ce que cette chute constitue une opportunité pour se positionner sur le titre?
Alphavalue a en tout cas relevé son conseil à "acheter" contre "accumuler".
Deutsche Bank est à "conserver" sur le titre. L'établissement reconnaît toutefois que les investisseurs qui souhaiteraient voir le verre à moitié plein peuvent se dire que l'opération vérité de Stellantis "devrait contribuer à la croissance des bénéfices à l'avenir, car la ligne dépréciation et amortissement sera structurellement plus faible".
Il s'agit "d'une stratégie que nous avons déjà observée à plusieurs reprises dans ce secteur", ajoute-t-elle.
UBS est plus tranchante. La banque suisse a reconduit lundi son opinion à l'achat sur Stellantis. S'il reconnaît que les annonces du groupe se sont avérées "pires qu'attendu" par les investisseurs, ni la "capitulation de marché", ni la perte de capitalisation boursière de 7 milliards d'euros "ne sont justifiées".
"Nous pensons que le marché a réagi de manière excessivement dure à une communication indéniablement négative", écrit UBS.
La banque suisse explique que deux craintes principales ont émergé du côté des investisseurs.
Premièrement, les décaissements de trésorerie de 6,5 milliards d'euros sur quatre années remettent en question la solidité du bilan financier.
Un bilan plus solide qu'il n'y paraît?
Deuxièmement, il apparaît, au regard des perspectives financières communiquées par Stellantis, que la reprise des ventes que devrait connaître la société ne se translatera que légèrement dans le résultat opérationnel courant et le flux de trésorerie de l'entreprise, remarque UBS. En d'autres termes, le levier opérationnel de l'entreprise interroge.
Toutefois, la banque suisse relativise la première crainte qu'elle juge "exagérée" dans la mesure où Stellantis a indiqué bénéficier de 46 milliards d'euros de liquidités brutes et que la direction a écarté vendredi une augmentation de capital, un scénario redouté par les investisseurs.
Par ailleurs, UBS est convaincue que le constructeur automobile tient le bon bout en Amérique du Nord, sa région la plus importante tant en termes de ventes que de rentabilité.
L'entreprise "est entrée dans une phase de reprise visible (dans cette région, NDLR), avec une forte dynamique des produits qui stimulera la composition de l'offre et la part de marché au cours des deux prochaines années", écrit UBS.
Stellantis a commencé un peu à sortir la tête de l'eau aux États-Unis, son marché le plus important et le plus rentable, grâce notamment à la réintroduction de modèles thermiques (le Ram 1500 Hemi 5,7l ) ou populaires (le Jeep Cherokee).
Mais le groupe partait de loin. "Stellantis a perdu environ 400 points de base de part de marché (4 points de pourcentage, NDLR) aux États-Unis au cours des quatre dernières années, principalement par sa propre faute, en délaissant/quittant des segments importants (par exemple, les SUV de taille moyenne et les gros pick-up à moteur à combustion)", remarquait récemment Berenberg.
Pour revenir à UBS, la banque reconnaît qu'à court terme, l'attrait de l'action peu paraître faible.
"Cependant, au fur et à mesure que le groupe améliore, trimestre après trimestre, ses ventes et son résultat opérationnel, l'entreprise devrait renforcer la confiance des investisseurs, et l'attention pourrait se porter relativement rapidement sur 2027, année pour laquelle le ratio cours sur bénéfice attendu n'est que de 4 (un multiple très faible, même pour un constructeur automobile, NDLR)", poursuit UBS.
Par ailleurs, l'établissement suisse attend quelques catalyseurs pour le titre. Si cela ne sera vraisemblablement pas le cas des résultats annuels des groupes, le 26 février, UBS compte davantage sur les chiffres de ventes mensuels aux États-Unis. Ces "chiffres devraient soutenir le sentiment (de marché) de manière continue", écrit la banque helvétique.
La journée dédiée aux investisseurs et prévue le 21 mai devrait, elle, "apporter davantage de transparence sur la voie vers une rentabilité et des flux de trésorerie à moyen terme plus élevés", avance aussi UBS.
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