(BFM Bourse) - Le constructeur automobile a publié ce mercredi des résultats supérieurs aux attentes au titre du troisième trimestre. Mais la génération de trésorerie s'est avérée faible et le groupe a encore tout à prouver au sujet de son redressement.
La descente aux enfers boursiers de Stellantis n'a guère connu de pause cette année. L'action du constructeur issu de la fusion entre Fiat Chrysler et Peugeot SA accuse un plongeon de 58,3% sur l'ensemble de 2026, ce qui constitue tout simplement la plus forte baisse du CAC 40. Et, par rapport à son zénith boursier atteint en mars 2024, le titre s'effondre de 86%.
Carlos Tavares, qui avait tiré la rentabilité du groupe à des nveaux stratosphériques (14,5% au premier semestre 2022), a été rattrapé par les limites de sa méthode établissant comme religion le "pricing power" et la réduction des coûts.
Les conflits entre les parties prenantes (salariés, concessionnaires, Etat italien) se sont multipliés et, surtout, les stocks se sont dangereusement accumulés aux États-Unis, le pays le plus important du groupe. Les ventes ont plongé, les résultats ont fondu (10 milliards d'euros de cash ont été brûlés en cumulé en 2025-2026).
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"La goutte d'eau qui a fait déborder le vase"
En outre, Stellantis a passé 22 milliards d'euros de dépréciations dues à la remise à plat de sa stratégie dans l'électrique, ce qui l'a conduit à accuser une perte de 22,3 milliards d'euros l'an passé, un niveau quasi historique pour un groupe du CAC 40.
Carlos Tavares a quitté le groupe par la petite porte fin 2024. Son successeur, Antonio Filosa, tente de relancer le constructeur et a présenté dans cette optique son plan stratégique "FaSTLAne 2030", qui prévoit le recentrage sur quatre marques et une meilleure couverture du marché aux États-Unis, pays sur lequel les efforts du directeur général sont concentrés.
Mais le redressement initié par le dirigeant patine. Au deuxième trimestre 2026, la marge opérationnelle avait déçu, notamment en Amérique du Nord, région clef de la société. Ces comptes avaient alors illustré les difficultés de la société à traduire dans ses comptes le rebond réel de ses volumes.
"Les résultats du deuxième trimestre ont constitué un sérieux retour à la réalité et ont été la goutte qui a fait déborder le vase", cinglait Bernstein en août.
Certes, les comptes du troisième trimestre, publié ce mercredi 28 octobre, vont dans la bonne direction avec une rentabilité meilleure qu'attendue. Mais ces résultats montrent également que Stellantis reste en convalescence.
Au vu de la faible valorisation du groupe, le marché revient sur le titre après ces résultats. L'action Stellantis bondit de 14% vers 16h et signe la plus forte progression du CAC 40.
"Il n'y a pas eu de mauvaise surprise alors qu'actuellement il y en a beaucoup dans l'automobile. Par ailleurs lors de la conférence téléphonique (avec les analystes, NDLR), la direction a été plutôt bonne en expliquant bien ce qu'elle faisait, en affichant la confiance dans son plan de restructuration", explique un analyste.
"Ils ont rassuré sur beaucoup de point, notamment le cash-flow. Antonio Filosa a par ailleurs fait preuve de granularité dans les plans d'économies. Tout ceci suffit à déclencher des rachats de shorts", poursuit-il.
Les rachats de shorts surviennent lorsque des investisseurs qui ont vendu à découvert une action en empruntant le titre sentent que la valeur risque de ne plus baisser. Ils débouclent alors leur position en achetant le titre, ce qui accentue les variations à la hausse.
Sur la période allant de juillet à fin septembre, Stellantis a dégagé des revenus de 37,6 milliards d'euros, en hausse de 1% sur un an. Son résultat opérationnel courant a été mutliplié par 2,5 à 256 millions d'euros, traduisant une marge opérationnelle courante de 0,7% contre 0,2% sur la même période de 2025. La perte nette a été réduite par dix à 453 millions d'euros.
Selon Citi, le constructeur automobile a dépassé le consensus (la prévision moyenne des analystes), de 4% sur les revenus et de 58% sur le résultat opérationnel courant. La marge est par ailleurs ressortie près de deux fois supérieure aux attentes (0,7% contre 0,4%).
La société a notamment réussi à remettre dans le vert l'Amérique du Nord, avec une marge opérationnelle de 0,4% contre -3% un an plus tôt et un taux attendu à -0,5% par les analystes. A contrario, l'Europe a accusé une perte opérationnelle de 311 millions d'euros contre un bénéfice de 157 millions d'euros un an plus tôt.
Les économies ont constitué le principal levier d'amélioration de la rentabilité. Stellantis a ainsi dégagé 828 millions de réductions de coûts industriels sur la période, bénéficiant de moindres exigences réglementaires sur les émissions de Co2 mais aussi de son programme "VCP".
Ce vaste programme d'économies a été annoncé en mai dernier lors de la journée investisseurs de la société et doit permettre au constructeur de diminuer sa base de coûts de 6 milliards d'euros en 2028 par rapport à 2025.
Mais la génération de cash s'est avérée bien faible. Sur le trimestre, Stellantis a brûlé 4 milliards d'euros de trésorerie industrielle, plombé par une hausse du besoin en fonds de roulement de 3,1 milliards d'euros.
À l'issue de ce trimestre, le groupe a confirmé ses objectifs 2026 à savoir une augmentation de ses revenus "mid-single-digit" (autour de 5%), une progression de son résultat opérationnel courant "low single digit" (entre 1% et 3%) et une consommation de trésorerie moins forte que celle de 2025. La société s'attend à revenir à une génération de cash positive en 2027.
Stellantis "apparait désormais bien placé" pour atteindre ces objectifs, juge Citi. La banque américaine rappelle néanmoins que le groupe avait placé la barre très bas…
Surtout Citi, juge que le groupe a encore à peu près tout à prouver. "La question centrale reste de savoir comment Stellantis va améliorer le résultat opérationnel courant en Amérique du Nord et en Europe. Nous ne pensons pas que les lancements de nouveaux produits suffiront", écrit la banque américaine.
Là encore les efforts sur les coûts seront cruciaux. "Le programme VCP doit entrer en vigueur et produire des résultats tangibles en termes de résultat opérationnel", écrit Citi.
"Stellantis maintient ses prévisions d’une réalisation à 40% du rythme annuel du programme VCP de 6 milliards d’euros d’ici le quatrième trimestre 2026 (ce qui suggère 600 millions d’euros d’économies pour le trimestre), et à 100% d’ici la fin de l’exercice 2027. C’est le seul facteur évident susceptible de soutenir la reprise du résultat opérationnel courant. Tant que cette reprise ne se traduira pas par une amélioration des résultats publiés, nous pensons que l’action restera probablement sous pression", prévient la banque américaine.
Même son de cloche du côté d'Oddo BHF. "Le troisième trimestre montre des signes encourageants en matière de maîtrise des coûts, mais ne dissipe pas les inquiétudes concernant le rythme et la qualité de la reprise", tranche le bureau d'études.
"La direction doit encore démontrer sa capacité à rétablir un profil de rentabilité et de trésorerie normalisé tout en comblant le retard en matière de produits et de technologies, malgré des investissements limités à court terme", poursuit Oddo BHF.
"En attendant des preuves plus tangibles, nous continuons à privilégier Renault, qui bénéficie d’une stratégie plus claire, d’une situation financière plus solide et d’une valorisation plus attractive", avance le courtier.
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