(BFM Bourse) - L'introduction en Bourse du groupe d'espace et d'intelligence artificielle a renforcé les convictions du marché autour d'une fusion entre les deux sociétés d'Elon Musk, qui semble être évidente aux yeux des observateurs. Mais des obstacles existent et le risque que ce scénario ne se matérialise pas serait probablement préjudiciable aux actionnaires de Tesla.
Dire que l'introduction en Bourse de SpaceX a constitué un événement relève du plus grand euphémisme. Le groupe d'espace, de satellites et d'intelligence artificielle a signé une introduction en Bourse colossale, levant 86 milliards de dollars, trois fois plus que le géant pétrolier Saudi Aramco, qui détenait précédemment le record en la matière.
SpaceX est d'emblée devenu l'une des dix plus importantes entreprises cotées en Bourse, avec une capitalisation boursière (la valeur de la totalité des actions) qui a immédiatement dépassé les 2.000 milliards de dollars, frôlant ensuite les 3.000 milliards de dollars.
Après des débuts canons, l'action SpaceX a ensuite quelque peu déchanté, perdant 25% par rapport à son cours du 16 juin dernier.
Pendant ce temps, Tesla, l'autre société contrôlée par Elon Musk, évolue désormais dans l'ombre, le groupe spatial lui ayant clairement volé la vedette.
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Une probabilité de plus de 80%, selon Wedbush
Toutefois, l'action Tesla n'a pas vraiment pâti de l'introduction en Bourse de SpaceX. Depuis le 12 juin, date de l'introduction de SpaceX, l'action Tesla a, certes, perdu 5%. Mais cette baisse s'explique par l'aversion au risque qui a frappé la globalité des valeurs technologiques, elle-même alimentée par les craintes autour de l'intelligence artificielle.
Une conviction de marché a permis à Tesla de tenir la route en Bourse: une potentielle fusion avec SpaceX. Dan Ives, de Wedbush, attribue une probabilité de plus de 80% à ce scénario, jugeant que l'opération devrait se produire en 2027.
"Les bases sont déjà en place pour que ces deux entités ne forment plus qu’une seule et même organisation. Tesla détient déjà une participation dans SpaceX depuis que l’investissement de 2 milliards de dollars de la société dans xAI a été converti en actions SpaceX à la suite de l’acquisition de xAI par SpaceX plus tôt cette année, ce qui a initialement rapproché les deux entreprises de Musk", explique l'analyste financier.
"Musk souhaite détenir et contrôler une part plus importante de l’écosystème de l’IA et, étape par étape, le Saint Graal pourrait consister à fusionner d’une manière ou d’une autre SpaceX et Tesla afin de créer un lien entre ces deux géants de la technologie disruptive qui cherchent à mener la révolution de l’IA dans ce nouveau chapitre technologique du marché", développe encore le spécialiste de marché.
Ross Gerber, cofondateur et directeur général de la société d'investissement Gerber Kawasaki, considère que cette fusion entre les deux groupes s'avère "courue d'avance".
"Nous savons que cela va arriver à un moment ou un autre", a expliqué sur Bloomberg TV le gérant.
Deux entreprises très liées
Sur la base de leurs cours actuels, une fusion entre SpaceX (2.134 milliards de dollars) et Tesla (1.477 milliards) donnerait naissance à une société de plus de 3.500 milliards de dollars de capitalisation boursière, ce qui en ferait la troisième plus importante entreprise cotée au monde.
Gwynne Shotwell, la numéro deux et directrice des opérations de SpaceX, n'a d'ailleurs pas écarté ce scénario. Interrogée par CNBC le 12 juin dernier, lors de l'introduction en Bourse du groupe spatial a reconnu qu'une telle opération "rendrait la vie plus facile à Elon (Musk)", qui reste directeur général des deux sociétés. "Il est clair qu'il existe des synergies entre Tesla et SpaceX, (...) une convergence dans ce que nous essayons d'accomplir", a-t-elle poursuivi.
De nombreux liens existent entre les deux groupes. En mars, Elon Musk a inauguré le projet Terafab qui vise à produire des puces pour les différentes applications de SpaceX et Tesla: intelligence artificielle, robots humanoïdes, centres de données dans l'espace… Par ailleurs, comme le note Morningstar, SpaceX a acheté en 2025 pour 506 millions de dollars de cellules de puissances à Tesla ainsi que pour 130 millions de dollars de Cybertrucks.
"Les deux entreprises développent ce qu'elles appellent la plateforme agentique 'Macrohard', ce qui, d'après ce que nous comprenons, consiste à créer un agent d'intelligence artificielle capable de faire fonctionner un ordinateur de manière autonome, à l'instar d'un être humain", remarque encore Morningstar.
Pour le bureau d'études, un mariage entre les deux groupes "fait sens". "Étant donné que Tesla et SpaceX investissent tous deux massivement dans l’intelligence artificielle et mettent en place une chaîne d’approvisionnement dédiée à l’IA, nous estimons que ces deux entreprises pourraient voir leurs activités s’entremêler de plus en plus au cours des prochaines années", explique Morningstar.
"Par exemple, le logiciel de conduite entièrement autonome de Tesla destiné aux véhicules particuliers et aux robotaxis utilisera Grok, le système d’IA de SpaceX, pour interagir avec les consommateurs. Cette même plateforme devrait également servir à créer l’interface permettant à Optimus, le robot de Tesla, d’interagir avec les humains. Nous voyons également la possibilité que les robotaxis utilisent Starlink pour leur connectivité. Tesla est déjà un important fournisseur de SpaceX, lui vendant des batteries, des panneaux solaires et, potentiellement, des coques de cargo adaptées au Starship de SpaceX", détaille l'intermédiaire financier.
Un problème de valorisations
Évidemment, le principal argument à cette fusion reste qu'Elon Musk pourra consolider ces deux sociétés et crée ainsi un conglomérat avec une organisation encore plus verticale.
"Cela lui permettrait de gérer l'ensemble de leurs activités sous un même toit sans se heurter à autant de problèmes de gouvernance.
Par exemple, Musk pourrait affecter des développeurs ou des ingénieurs de Tesla à des projets d'IA de SpaceX, et inversement, ou faire en sorte que Tesla et SpaceX s'approvisionnent mutuellement sans avoir à divulguer des transactions entre parties liées ni risquer des poursuites judiciaires de la part des actionnaires, qui pourraient prétendre que les ressources d'une entreprise sont détournées au profit de l'autre", explique Morningstar.
Les actionnaires de Tesla, eux, semblent s'accrocher à cet espoir. Les porteurs du constructeur automobile électrique conservent leurs titres dans l'espoir que ceux-ci feront l'objet d'un rachat ou d'une fusion avec SpaceX. "Les gens ne veulent pas vendre pas leur titres si ces actions vont être de toute façon rachetées par SpaceX", juge Ross Gerber.
Reste que cette opération ne serait pas sans risque. Premièrement, la volatilité de marché compliquerait la donne pour une telle transaction. Ce car elle empêcherait d'avoir de la lisibilité sur les valorisations adéquates pour une telle fusion, qui prendrait probablement des mois pour être complétée. Pour donner un exemple, Fiat Chrysler et Peugeot SA avaient du revoir les termes de leur fusion en raison des perturbations due au Covid, avant de donner naissance à Stellantis, début 2021. Or le marché fait actuellement preuve de nervosité sur la tech et la thématique de l'IA. Ce qui, selon le New York Times, aurait poussé OpenAI à repousser son introduction en Bourse.
De plus s'accorder sur les termes exacts de la fusion, avec les pourcentages de détention des actionnaires actuels des deux sociétés au sein de la future nouvelle entreprise, s'annonce périlleux.
"Même si nous partons du principe que ces deux groupes adhèrent à la vision d'avenir d'Elon Musk et à sa capacité à mener les entreprises dans cette direction, nous pensons que la répartition des parts entre les actionnaires de chaque entreprise au sein de l'entité fusionnée pourrait s'avérer suffisamment délicate à négocier pour empêcher la conclusion de l'accord", prévient Morningstar.
Le bureau d'études estime que les actionnaires de Tesla autres qu'Elon Musk ont suffisamment de levier pour "altérer la dimension d'un rapprochement". "Ils pourraient se montrer réticents à accepter un 'deal' qui attribue à Tesla une valeur d'entreprise inférieure à celle de SpaceX", juge encore l'intermédiaire financier. D'autant que les porteurs de Tesla sont habitués à être actionnaires d'un groupe qui génère un flux de trésorerie positif, au contraire de SpaceX qui brûlera du cash au moins jusqu'en 2029, selon S&P. Et devra vraisemblablement mener nombre d'augmentations de capital dilutive pour combler ce déficit.
Rappelons qu'il y a encore un an, SpaceX valait 400 milliards de dollars, plus de deux fois moins que Tesla. Morningstar estime, in fine, que les actionnaires de Tesla souhaiteront avoir au moins 50% de l'entité combinée.
Tesla, un roi nu?
Le bureau d'études souligne également que les deux sociétés ont des objectifs de long terme différents. Tesla mène une difficile de transition, passant d'un constructeur automobile à une société spécialisée dans les logiciels de conduite autonome et les robots humanoïdes. De son côté, SpaceX tente plus simplement de monter en échelle, en développant des lanceurs plus performants pour abaisser les coûts de lancement des satellites. Ce qui doit à la fois permettre au groupe de développer les capacités de Starlink et, dans le futur, de parvenir à lancer des centres de données dans l'espace.
Les obstacles réglementaires constituent un autre écueil. "SpaceX est un important sous-traitant du gouvernement et de l'armée américains, tandis que Tesla exerce des activités majeures dans les secteurs de l'automobile et des batteries en Chine. Cela pourrait attirer l'attention des autorités de régulation américaines, en raison de préoccupations liées à la sécurité nationale concernant la chaîne d'approvisionnement de l'entreprise", développe Morningstar.
Il y a fort à parier que l'absence de fusion pèserait sur le titre Tesla. Le groupe évolue proche de ses plus hauts historiques en Bourse alors que son activité traditionnelle d'automobile électrique est fortement concurrencée par les constructeurs européens et, surtout, chinois. Les paris de la société dans la conduite autonome, les robotaxis et les robots humanoïdes n'ont par ailleurs pas démontré leur viabilité industrielle ou économique.
Si bien que l'action Tesla paraît bien vulnérable. "Pendant des années, Tesla a été le seul moyen, via le marché boursier, de bénéficier de la prime 'Musk', mais ce n’est plus le cas aujourd’hui, SpaceX incarnant désormais plus clairement la dynamique de l’IA et de l’espace", a déclaré à Bloomberg Dave Mazza. Selon ce spécialiste, si l'action Tesla ne s'effondre pas, c'est seulement en raison d'"une prime d’acquisition qui se met progressivement en place".
Ross Gerber n'a lui pas apprécié que xAi, société d'Elon Musk qui a fusionné avec SpaceX, a pris à Tesla de nombreux ingénieurs spécialisés dans l'IA et l'autonomie."C'est injuste pour Tesla et c'est l'une des colères que j'ai exprimé ces dernières années. La façon dont ils ont pris les puces de Tesla et ont construit xAi" où "les cerveaux" de Tesla ont été amenés.
"Ainsi, selon moi Tesla n'a aucune valeur si elle ne fusionne pas car la société ne possède pas la propriété intellectuelle de ses cerveaux ni de ses produits cela n'a aucun sens", clame-t-il.
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