(BFM Bourse) - Le groupe pharmaceutique chute en Bourse après avoir dévoilé des résultats factuellement meilleurs qu'anticipé par les analystes. Mais, retraitée des éléments exceptionnels, la copie s'avère moins brillante et, surtout, le groupe n'a pas livré d'annonce stratégique majeure, décevant les espoirs du marché.
Poids lourd de la cote parisienne, Sanofi souffre en Bourse depuis bientôt un an et demi. L'action du groupe pharmaceutique plonge de 33% par rapport à ses sommets atteints au début de 2025.
Sanofi a surtout enquillé les déceptions sur les essais cliniques. Depuis fin 2023, l'entreprise avait décidé de mettre les bouchées doubles pour développer de nouveaux médicaments prometteurs à même de remplacer son blockbuster, Dupixent. Cet anti-inflammatoire multiples indications (asthme, dermatite atopique, prurigo nodulaire) assure le gros de la croissance de Sanofi.
Mais ce médicament phare fera face, à compter du début des années 2030, à un "patent cliff", c'est-à-dire une série de pertes de brevets. Ce "patent cliff" retranchera 17,3 milliards d'euros de revenus entre 2030 et 2035, selon les projections de JPMorgan.
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Une nouvelle directrice générale qui laisse sceptique le marché
Pour combler ce vide, la société avait identifié douze molécules capables de générer, selon elle, entre 2 milliards et 5 milliards d'euros de revenus annuels. Mais le groupe a enregistré des résultats décevants sur le développement de trois d'entre elles (tolebrutinib, itépekimab et amlitelimab).
D'ailleurs, la semaine dernière, Sanofi a annoncé stopper les frais sur l'amelitélimab, arrêtant son développement clinique.
Ces revers ont coûté son poste au précédent directeur général, Paul Hudson, remercié en février dernier. Pour le remplacer, le conseil d'administration a nommé l'Espagnole Belén Garijo, ex-directrice générale de Merck KGaA, groupe de pharmacie et chimie allemand, et qui a pris ses fonctions fin avril chez Sanofi.
Ce choix avait été mal reçu par le marché, les investisseurs jugeant son bilan en matière de R&D insuffisant.
"Si Sanofi a connu plusieurs revers en matière de R&D au cours de l'année dernière, nous estimons que ce changement soudain ne fait qu'ajouter à l'incertitude à court terme pour Sanofi", expliquait Citi.
Objectifs relevés
La visibilité reste donc limitée sur Sanofi. Mi-juillet UBS pointait ainsi "l'absence de projets cliniques en vue pour remplacer Dupixent et l'orientation stratégique encore limitée de l'entreprise quant à la manière de remédier à cette faiblesse structurelle".
Les résultats du deuxième trimestre ont beau s'avérer, à première vue, robustes, l'action s'enfonce dans son cafard. Le titre Sanofi plonge ainsi de 9% en fin d'après-midi, ce jeudi 30 juillet.
Au deuxième trimestre, les revenus de Sanofi ont progressé de 17,8% en données comparables à 11,6 milliards d'euros.
Dupixent, le blockbuster de la société, a encore dopé les revenus avec un bond de 37,6%, à 5,15 milliards d'euros.
Le principal indicateur de rentabilité de Sanofi, le bénéfice net par action des activités, s'est inscrit à 2,09 euros, en hausse de 33,3%.
Selon un consensus cité par Jefferies, les analystes tablaient sur des revenus de 10,73 milliards d'euros, dont 4,46 milliards pour Dupixent, et un bénéfice net par action des activités de 1,91 euros.
Par ailleurs, l'entreprise a relevé ses objectifs pour 2026, tablant sur une croissance de ses revenus de 10% hors changes et sur une progression de son bénéfice net par action des activités légèrement supérieure à celle de ses revenus.
Le groupe visait précédemment une progression de ses revenus "dans le haut de la fourchette à un chiffre" hors changes (c'est-à-dire entre 7% et 9%)" et une croissance du bénéfice net par action des activités "légèrement supérieure" à celle des ventes.
En sus, la société a indiqué attendre des ventes de Dupixent de 25 milliards d'euros en 2030, contre 22 milliards d'euros auparavant.
Un manque d'annonce majeure
Les résultats sont donc supérieurs aux attentes et les objectifs sont relevés. Évidemment, il y a un "mais".
"Les nouveaux objectifs pour 2026 et 2030 étaient déjà largement intégrés par le marché. Et les résultats présentent des éléments exceptionnels qui font qu'ils ne sont pas aussi beaux que de prime abord", explique un analyste.
Barclays calcule qu'en retraitant ces éléments exceptionnels, le bénéfice net par action des activités aurait raté le consensus de 4%.
"Le groupe a par ailleurs annoncé deux arrêts de médicaments en cours de développement", ajoute l'analyste anonyme.
Sanofi a en effet indiqué qu'il mettait fin au développement clinique de l'itepekimab et du balinatunfib, qui avait respectivement atteint les phases III (dernière étape avant une potentielle commercialisation) et II (avant dernière étape) dans les essais cliniques.
Surtout "le marché avait probablement beaucoup d'attentes autour d'annonces de la part de la nouvelle direction et le titre avait monté", poursuit l'analyste précédemment cité. Or "il y a finalement très peu d'annonce", observe-t-il.
Barclays dresse le même constat. "Nous pensons que certains investisseurs espéraient peut-être une mise à jour stratégique plus substantielle de la part de la nouvelle directrice générale", écrit la banque, pointant "l'absence d'annonce retentissante à ce sujet" ainsi que "la réduction du portefeuille de projets".
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