par Yann Le Guernigou et Julien Ponthus
PARIS/BRUXELLES (Reuters) - Les nouveaux dirigeants de Dexia déclarent qu'ils disposent dorénavant du temps et des moyens de travailler "sereinement" à l'avenir du groupe après l'octroi par la France, la Belgique et le Luxembourg d'une garantie à ses financements.
L'administrateur délégué, Pierre Mariani, a estimé qu'il ne s'agissait pas d'un nouveau plan de sauvetage mais de mesures complémentaires à celui annoncé la semaine passée, marqué par la participation des trois Etats à une recapitalisation d'urgence de 6,4 milliards d'euros de la banque franco-belge.
Valable jusqu'au 31 octobre 2009, avec possibilité de la prolonger d'un an, leur garantie portera sur les nouveaux financements de Dexia d'échéances allant jusqu'à trois ans, a-t-il précisé lors d'une conférence téléphonique.
De source proche des discussions entre les Etats, qui ont duré toute la nuit de mercredi à jeudi, on a appris qu'elle se répartirait à hauteur de 60,5% pour la Belgique, 36,5% pour la France et 3% pour le Luxembourg.
"C'est un risque mûrement réfléchi", a dit le Premier ministre belge Yves Leterme, au cours d'une conférence de presse tenue jeudi matin.
La ministre française de l'Economie, Christine Lagarde, a déclaré pour sa part que cette garantie constituait "une application directe de l'engagement du président de la République de soutenir et de stabiliser le système financier.
LES PROBLÈMES URGENTS
Pour Pierre Mariani, elle permet de remédier à l'absence de liquidité qui était "au coeur des problématiques" du leader mondial du financement des collectivités locales ces dernières semaines. "C'est le moyen de réamorcer le financement interbancaire du groupe, qui est actuellement bloqué et pas seulement pour Dexia", a-t-il dit.
"Elle nous donne désormais le temps et les moyens pour travailler (...) Dexia se trouve dans une situation confortée. Il n'y a pas de problème de liquidité pour Dexia, il n'y a pas de problème de solvabilité et les prêteurs, les déposants comme tous nos clients n'ont plus aucun risque et sont assurés de la pérennité de l'entreprise", a-t-il ajouté.
Le nouveau président du groupe, Jean-Luc Dehaene, a indiqué de son côté en réponse à une question que l'évolution du périmètre de Dexia ou son éclatement éventuel, qui fait l'objet de spéculations, n'avaient pas été envisagés à ce jour.
"Il fallait d'urgence fortifier le financement de Dexia et avoir une discussion sur la structure du groupe aurait pris beaucoup trop de temps", a dit l'ancien premier ministre belge.
"On a choisi de mettre sur la table les problèmes urgents", a-t-il poursuivi. Le conseil d'administration et les actionnaires pourront maintenant discuter de l'avenir de Dexia, sachant qu'"une scission n'est pas nécessairement l'approche première à partir de laquelle on part", a-t-il souligné.
Le nouveau management devra régler en priorité la question FSA, la filiale américaine du groupe spécialisée dans le rehaussement de crédit, un secteur frappé de plein fouet par la crise financière.
PAS D'A PRIORI SUR FSA
La société, qui a accumulé pas loin d'un milliard de dollars de pertes sur les trois derniers trimestres, obligeant sa maison mère à lui venir en aide, a brouillé l'image défensive dont jouissait Dexia du fait des faibles risques associés à son premier métier, le financement des collectivités locales.
Jean-Luc Dehaene a déclaré que le conseil d'administration avait demandé au comité exécutif de lui faire des propositions "pour voir comment l'avenir de FSA se pose dans le groupe".
"Nous étudierons sans a priori mais il est clair que quand vous citez deux exemples de possibilités, c'est-à-dire de scinder ou d'isoler FSA dans le groupe, ce n'est pas une opération simple".
"C'est une compagnie qui se situe aux USA, qui est sur le régulateur des Etats-Unis, et c'est un peu simpliste de croire qu'on peut faire ça 'overnight', et il n'est même pas dit que ce soit la solution ultime", a-t-il encore dit.
Les problèmes liés à FSA, dont la note AAA a été mise sous surveillance avec implication négative par S&P, expliquent une bonne partie de la défiance des investisseurs vis-à-vis de Dexia avant que la quasi-fermeture du marché interbancaire n'exacerbe la situation.
L'action Dexia regagnait 8,13% vers 15h10 jeudi dans un marché légèrement rassuré par la garantie apportée par les Etats. Elle accuse néanmoins toujours une baisse de 63% depuis le début de l'année, sous-performant largement l'indice DJ Stoxx des banques européennes, qui recule de 42,4%.
Avec Antonia Van de Velde et Philip Blenkinsop à Bruxelles
Edité par Jacques Poznanski
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