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Pour la première fois de son histoire, la France emprunte sur 10 ans à des taux négatifs

mardi 18 juin 2019 à 16h14
Le rendement des obligations françaises à dix ans tombe en territoire négatif

(BFM Bourse) - Mettant encore plus en évidence les inquiétudes des investisseurs vis-à-vis des perspectives de croissance, le rendement des obligations à dix ans tricolores est devenu négatif pour la première fois de l'histoire ce mardi 18 juin. En Europe, les obligations suisses avaient été les premières à connaître cette situation, suivies des Bunds allemands.

Les investisseurs sont prêts à rémunérer l'Etat pour lui confier leur argent pendant des années. Mardi, le rendement des obligations à dix ans de la République française qui s'échangent sur les marchés financiers a ainsi chuté jusqu'à -0,002%, passant symboliquement pour la première fois en territoire négatif.

Autrement dit, l'acheteur d'une OAT (obligation assimilable du Trésor) paie aujourd'hui un peu plus que le nominal qui lui sera remboursé à l'échéance, s'il conserve l'obligation jusque-là, ce qui montre que certains préfèrent accepter une petite perte en capital en échange de la sécurité qu'offre une obligation d'Etat, suggérant qu'ils anticipent une baisse encore plus marquée de la valeur d'autres actifs financiers comme les actions. On notera qu'il s'agit ici du marché secondaire (c'est-à-dire des obligations déjà en circulation) et pas encore du marché primaire (lorsque l'Etat français émet une obligation sur les marchés).

Cette situation découle à la fois du regain d'inquiétudes vis-à-vis de la croissance en Europe en raison de la guerre commerciale et des mesures des banques centrales pour y faire face.

La BCE pourrait encore baisser ses taux déjà historiquement bas

Ajoutant à une série d'indicateurs décevants, l'indice ZEW synthétisant le sentiment des analystes financiers et des investisseurs institutionnels allemands sur les perspectives économiques est ressorti mardi matin à -21,1 points, une baisse bien plus forte qu'attendue de 19 points par rapport à celui de mai.

Dans la foulée, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi, en préambule au forum annuel de l'institution qui se tient Sintra, au Portugal, a fait valoir qu'au vu des indicateurs avancés, laissant entrevoir une morosité certaine dans les prochains trimestres, et du maintien de risques importants (tensions géopolitiques, menace du protectionnisme, vulnérabilité des marchés émergents) de nouvelles mesures de stimulus monétaire pourraient s'imposer. Il a explicitement évoqué de nouvelles baisses des taux d'intérêt et une reprise du programme d'achat d'actifs, stoppé il y a à peine quelques mois.

La BCE a déjà passé ses propres taux directeurs à zéro ou en territoire négatif depuis plusieurs années, pénalisant ainsi les banques déposant des fonds auprès de la banque centrale, pour les inciter à plutôt consentir des crédits à bas prix avec ces montants pour tenter de stimuler l'économie. Pour rappel, le principal taux directeur de la BCE est à 0% (opérations principales de refinancement), tandis que le taux sur les dépôts au jour le jour est négatif (-0,4%) et celui pour les prêts marginaux au jour le jour s'élève à 0,25%. Ils sont tous à des niveaux historiquement bas.

Des investisseurs contraints d'acheter, même à perte

Un certain nombre d'intervenants sur le marché obligataire sont en outre plus ou moins contraints d'investir leurs fonds sur des obligations, quel que soit le coût. La réglementation du secteur bancaire, sévèrement durcie depuis la crise de 2008, oblige notamment les banques à investir une part des dépôts qui leur sont confiés en obligations d'Etat bien notés par les agences afin de limiter les risques de banqueroute en cas de crise. D'autres gérants privés peuvent être amenés à acheter des titres à rendement négatif simplement pour respecter le mandat que leur donnent les investisseurs de garder là aussi une part importante des fonds sur des supports jugés sûrs.

Il demeure en outre possible de gagner de l'argent sur des obligations à taux négatifs dès lors que le mouvement de baisse des taux s'accentue, ce qui fait encore monter le prix des obligations. En effet, mécaniquement, la valeur des obligations en circulation augmente lorsque les taux baissent et, inversement, elle diminue lorsque ceux-ci augmentent.

La France rejoint la Suisse et l'Allemagne

En Europe, les taux négatifs étaient rarissimes avant la crise et ne se rencontraient que sur des courtes échéances. Depuis, les politiques monétaires "à la japonaise" ont progressivement comprimé les rendements et ce sur des échéances de plus en plus lointaines. Le premier pays sur le continent à connaître des taux négatifs pour des titres à dix ans a été la Suisse en 2015, puis au sein de la zone euro l'Allemagne (jugée l'émetteur le plus fiable du bloc) en octobre 2016.

À l'heure actuelle, le rendement des BTP italiens à dix ans est de 2,095%, celui des bons du Trésor américain de 2,03% et celui des obligations britanniques de même échéance de 0,792%. Le taux français revenait à +0,001% quelques minutes après son incursion historique dans le rouge. L'Allemagne est à -0,323% et la Suisse à -0,536%.

Sur l'ensemble de sa dette négociable (1.790 milliards d'euros au 30 avril dernier), le taux moyen acquitté par l'Etat français ressortait à 0,2% le mois dernier avec une échéance moyenne légèrement supérieure à 8 ans, selon les chiffres de l'Agence France Trésor.

Guillaume Bayre - ©2019 BFM Bourse
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