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Comment la BCE endosse désormais les risques liés aux prêts garantis par l'Etat

jeudi 9 avril 2020 à 12h39
La BCE procède à un assouplissement inédit sur les opérations de repo

(BFM Bourse) - Beaucoup moins spectaculaires que l’annonce d'un plan de rachat d'actifs de 750 milliards d'euros, car plus techniques, les dernières mesures décidées par la Banque centrale européenne représentent aussi un très fort assouplissement de la politique monétaire. L'institution endosse ainsi le risque à la place des gouvernements des Etats-membres. Explication de texte par La Banque Postale Asset Management.

La Banque centrale européenne (BCE) a adopté cette semaine un ensemble de mesures de garantie des prêts sans précédent afin de lutter contre la dégradation des conditions financières dans la zone euro. Beaucoup moins commentées que ses précédentes décisions, comme l'annonce le 19 mars d'un programme de rachat d'actifs (ou QE) de 750 milliards d'euros pour soutenir l'économie fragilisée par la crise du coronavirus, il s'agit pourtant d'un autre grand pas de la BCE puisque cela revient à garantir aux banques les prêts qu'elles accordent aux PME et aux ménages.

La Banque centrale européenne a en effet considérablement assoupli les règles de "repo", c'est-à-dire les conditions exigées des banques en contrepartie des liquidités qu'elle leur distribue. "La BCE va accepter beaucoup plus de risques sur son bilan et le financement des banques est grandement facilité", souligne Stéphane Déo, stratégiste à La Banque Postale Asset Management dans sa note matinale jeudi.

Principe d'une opération de repo (dénomination usuelle issue de l'anglais "repository"): si une banque a besoin d'un milliard d'euros de liquidités, elle peut les obtenir en déposant en caution un milliard d’obligations ou d'instruments financiers agréés à la BCE, laquelle lui verse l'équivalent en cash. Si la banque emprunteuse fait faillite, la BCE conserve les titres déposés. Mais à ce jeu, toutes les obligations ne se valent pas. Un repo avec des obligations risquées, par exemple un emprunt d’une entreprise mal notée par les agences, fera l’objet d'une décote, ou "haircut": pour obtenir un milliard d'euros d'argent frais, il faudra par exemple déposer 1,1 milliard d'obligations, explique le stratégiste. Et ce sont ces règles qui viennent d’être modifiées en profondeur.

Dans le détail :

• le taux de décote "haircut" a été diminué de 20% en moyenne (et jusqu'à 30 à 50% sur les instruments de crédit)

• les obligations de l'Etat grec (encore classées dans la catégorie "spéculative" par les agences de notation, ce qui les excluait jusqu'ici des collatéraux admissibles) sont maintenant acceptée comme collatéral. Une véritable rupture qui va considérablement aider les banques grecques, principales détentrices de la dette du pays. Celles-ci pourront donc monétiser leurs avoirs pour obtenir du cash pour le prêter aux entreprises locales.

• d'une façon générale, la BCE s'affranchit désormais de la contrainte de suivre les agences de notations lorsque celles-ci dégradent la note d'une entreprise. Durant la dernière crise, une entreprise dont le crédit tombait en catégorie spéculative avait non seulement plus de mal à se financer sur les marchés, mais sa dette ne pouvait plus être acceptée par la BCE ; la double peine. "La BCE se donne donc la possibilité de couper ce cercle vicieux. C’est un élément de stabilité supplémentaire pour le marché du crédit" souligne Stéphane Déo.

• enfin les banques pourront apporter en garantie aux opérations de repo des prêts aux PME ou aux ménages garantis par les gouvernements dans le cadre des efforts contre le coronavirus. En clair, sur ces prêts, il n’y a pour le créditeur ni risque de crédit (garantie de l’Etat) ni de risque de liquidité (possibilité d'obtenir du cash en échange à tout moment via le repo). "Bref les banques ne porteront aucun risque ! Incroyable", souligne le spécialiste.

"Si ces décisions sont beaucoup moins spectaculaires que l’annonce de 750 milliards de QE, c’est un pas majeur. La BCE consent à prendre énormément de risque sur son bilan pour aider les banques. Sous les minuties techniques se cache un assouplissement monétaire de grande envergure", conclut Stéphane Deo.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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