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Marché : Sa Bourse perd 30%, la pire performance de 2026 parmi les places mondiales, sa devise chute, les investisseurs se défaussent de ses obligations… Pourquoi l'Indonésie inquiète les marchés

Aujourd'hui à 12:00
La Bourse de Jakarta souffre depuis le début de l'année

(BFM Bourse) - La Bourse de Djakarta s'effondre depuis le début de l'année, plombée par les politiques interventionnistes et populistes de son président, Prabowo Subianto. Des failles dans le bon fonctionnement des marchés locaux pèsent également.

En cette année 2026, plusieurs bourses asiatiques signent des performances à faire pâlir l'Occident. Tokyo prend 32,3%, Taipei s'adjuge 57,7% et Séoul bondit de 93,7%, ces places étant portées par la thématique de l'intelligence artificielle (surtout la coréenne).

En raison notamment de la forte demande de puces mémoire pour équiper les centres de données, les coréens Samsung Electronics et SK Hynix ont dépassé les 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière tandis que Softbank a ravi à Toyota sa couronne de plus importante capitalisation de la Bourse de Tokyo.

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À l'opposé total, la Bourse de Djakarta connaît une véritable descente aux enfers. Le Jakarta Stock Exchange Composite (JKCE) chute de 30,5% depuis le 1er janvier, une variation pas extrêmement inhabituelle pour une action mais beaucoup plus rare pour un indice. Sur les 90 indices boursiers des différents pays suivis par Bloomberg, il s'agit de la pire performance.

Au-delà des marchés actions, la roupie indonésienne plonge de 6,1% face au dollar cette année et Bloomberg rapporte que les obligations souveraines du pays ont subi une importante décollecte (3,5 milliards de dollars sur douze mois).

Une menace de déclassement

Plusieurs facteurs expliquent pourquoi la Bourse et les actifs indonésiens sont tombés en disgrâce aux yeux des investisseurs.

Le 18 janvier dernier, la place de Djakarta a plongé de 7,4% sur une seule séance. En cause, un avertissement lancé par MSCI, une entreprise de services financiers qui compilent des données et, surtout, conçoit de grands indices boursiers (notamment le MSCI World Index).

L'entreprise a alors pointé des dysfonctionnements dans les fonctionnements de marché de la Bourse de Djakarta.

"La déclaration de MSCI se concentre sur les 'problèmes fondamentaux d'investissabilité' sur le marché indonésien des actions, avec un accent particulier sur l'opacité des structures d'actionnariat, le manque de fiabilité des données relatives au flottant et les préoccupations concernant un éventuel comportement coordonné en matière de négociation qui fausserait la formation des prix", explique James Syme, gérant marchés émergents de Jo Hambro.

MSCI a aussi pointé des problèmes sur le flottant des actions indonésiennes, c'est-à-dire la part du capital qui circule librement.

"Le fournisseur d'indices a temporairement gelé les ajustements de l'indice pour les titres indonésiens et a averti que si les régulateurs ne font pas preuve de progrès significatifs en matière de transparence et de qualité du flottant d'ici au mois de mai, il pourrait réduire les pondérations de l'indice indonésien ou envisager une reclassification complète en tant que marché frontière", note James Syme.

"Une telle décision aurait des conséquences mécaniques importantes, car les indices MSCI sont largement suivis par des fonds passifs et des fonds actifs basés sur des indices de référence, et une rétrogradation dans un cas extrême pourrait déclencher des sorties forcées estimées à environ 15 milliards de dollars", conclut l'expert.

Le neveu du président nommé administrateur de la banque centrale

Cette menace d'une dégradation de statut par MSCI a pesé sur la performance des actifs indonésiens, juge Goldman Sachs.

Au-delà de cet élément, un risque plus classique a plombé la place de Djakarta : la politique du président Prabowo Subianto.

Au pouvoir depuis 2024 et jusqu'en 2029, le dirigeant a été élu en surfant sur l'héritage politique de son prédécesseur, Joko Widodo.

L'Indonésie a traditionnellement fait preuve de protectionnisme sur des industries clef et sur ses ressources naturelles. Mais "au cours de ses deux mandats, Joko Widodo a fait évoluer le consensus sur cette question vers une plus grande acceptation d'un niveau plus élevé d'investissements étrangers, en particulier dans les secteurs en aval de l'extraction des matières premières", explique Allianz Trade.

Prabowo Subianto devait poursuivre cette voie. Mais "les récentes décisions visant à élargir le rôle de l'armée ont nui à son image publique, et sa politique populiste suscite des inquiétudes quant aux perspectives économiques à long terme de l'Indonésie", note Allianz Trade.

Le président indonésien a par exemple passé une directive en avril pour empêcher une hausse des prix des carburants de la société pétrolière nationale. Ce qui a provoqué des "préoccupations budgétaires, alors que l'Indonésie continue de subventionner les prix de détail des carburants", observe la banque Nomura.

"Les investisseurs s'inquiètent de la discipline budgétaire et de l'indépendance de la banque centrale sous la présidence de Prabowo Subianto", abonde James Syme.

"Le président a notamment nommé son neveu au conseil d'administration de la banque centrale Bank Indonesia et a remplacé la ministre des finances Sri Mulyani Indrawati, très appréciée, par une équipe politique moins connue et davantage axée sur la croissance", ajoute-t-il.

L'éviction de Sir Mulyani, a beaucoup pesé. La ministre était perçue comme la gardienne d'une certaine stabilité budgétaire, permettant de rassurer les investisseurs.

Une agence à l'export qui inquiète

Les agences de notation tiquent. Moody's, dans son évaluation d'obligations émises par l'Indonésie en dollar et en euros, a pointé "une prévisibilité réduite dans l'élaboration des politiques, ce qui risque de compromettre l'efficacité de celles-ci et témoigne d'un affaiblissement de la gouvernance".

"Si elle se poursuit, cette tendance pourrait éroder la crédibilité politique de longue date de l'Indonésie, qui a soutenu une croissance économique solide ainsi que la stabilité macroéconomique, budgétaire et financière", a poursuivi l'agence.

Fitch a, elle, révisé à "négative" la perspective de la note de crédit du pays, évoquant notamment "une incertitude politique accrue". Cela pourrait affaiblir les perspectives budgétaires à moyen terme, nuire au moral des investisseurs et exercer une pression sur les réserves de sécurité extérieures, ajoutait l'agence.

"Le sentiment des investisseurs s'est encore assombri après que le président Prabowo Subianto a ordonné que les exportations d'huile de palme, de charbon et de ferro-alliages transitent par une nouvelle entreprise publique – d'autres matières premières pouvant à terme venir s'ajouter à cette liste", souligne Barclays dans une note publiée le 22 mai dernier.

Plus que la création de cette entité à proprement parler, sa mise en œuvre et son exécution préoccupe les investisseurs. Cette agence d'export, appelée Danantara Sumberdaya Indonesia (DSI), a débuté son fonctionnement en ce mois de juin. Le but de cette agence est de permettre de meilleures rentrées fiscales liées au commerce international, sur lesquelles le pays connaît d'importantes fuites.

Toutefois, "une période de transition en douceur est essentielle pour éviter un éventuel 'effondrement' des exportations de matières premières et, par conséquent, tout ralentissement de la croissance à court terme, le temps que les exportateurs s'adaptent aux nouvelles règles et au nouveau système d'exportation", prévient Barclays.

"Il n'est pas non plus certain que les volumes d'exportation de matières premières ne connaissent pas une baisse structurelle, compte tenu des priorités de l'administration en matière d'autosuffisance", ajoute la banque britannique.

L'éclatement de la guerre au Moyen-Orient n'a fait qu'attiser les craintes du marché, les pays du Golfe représentant environ 20% de l'approvisionnement en pétrole brut de l'Indonésie.

"Sell Indonesia"

"La récente vague de ventes sur le marché boursier indonésien s'explique par plusieurs facteurs, notamment les craintes grandissantes concernant une éventuelle dégradation de la note de crédit souveraine et/ou des perspectives, dans un contexte d'aggravation du déficit budgétaire et de hausse des prix du pétrole", synthétise Henry Wibowo, cofondateur d'Alphagate Capital et ancien stratège en chef pour l'Indonésie chez J.P. Morgan, cité par Nikkei Asia.

Bloomberg note également que la détention de dette souveraine par la banque centrale nationale constitue une autre source d'inquiétude pour le marché, 27% de ces titres de dette en circulation étant logés dans les comptes de la Banque d'Indonésie.

Ce cocktail explosif a donc échaudé les investisseurs. "La grande tendance en Asie, c’est 'Sell Indonesia'", a déclaré à Bloomberg George Boubouras, directeur de la recherche chez K2 Asset Management, un fonds spéculatif qui gère environ 4,3 milliards de dollars. Après avoir investi dans ce pays pendant des décennies, il a liquidé toutes ses positions en 2024. "Je n’ai plus aucune exposition à l’Indonésie", a-t-il déclaré. "Je ne leur donnerai pas l’occasion de se racheter".

Le paradoxe est que l'Indonésie possède de nombreux atouts. La croissance se maintient à un rythme de flottaison autour de 5% depuis de nombreuses années (hors période Covid), Allianz Trade anticipant 4,9% en 2026 et 4,8% en 2027. L'assureur cite également une faible dette, un système bancaire "relativement résilient", des ressources naturelles abondantes et une démographie favorable avec une population jeune.

Mais la politique freine les investisseurs. "L'incertitude politique nationale est un risque typique des marchés émergents auquel les investisseurs internationaux ont tendance à réagir en restant sur la touche jusqu'à ce que la prévisibilité revienne", constate ainsi auprès de Bloomberg Yuxuan Tang, responsable de la stratégie de taux et de change pour l'Asie chez JPMorgan Private Bank à Hong Kong.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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