Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Marché : Plus de vingt hausses ou baisses de plus de 5% en 2026 contre zéro pour Wall Street et le CAC 40… Pourquoi Séoul est la Bourse de tous les excès cette année

Aujourd'hui à 12:00
La Bourse de Séoul tangue fortement

(BFM Bourse) - La place de Corée du Sud affiche une volatilité impressionnante depuis le début de l'année, avec un nombre vertigineux de variations supérieures à 5%. La faute à l'exubérance des marchés sur l'intelligence artificielle mais également à certains produits dérivés qui attisent cette volatilité.

Décédé cette semaine, l'ex-président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Alan Greenspan, avait fustigé en 1996 "l'exubérance irrationnelle" des marchés financiers, c'est-à-dire les excès sans fondement.

L'ancien banquier central évoquait alors le cas des actions japonaises au cours des années 80, qui avaient connu une phase d'euphorie avant de s'effondrer la décennie suivante.

Si, comme le veut le dicton, le marché a toujours raison mais pas tous les jours, plusieurs tendances de marché tendent à faire croire que la saillie de Greenspan n'a pas tant vieilli que cela.

L'envolée des actions liées à la thématique de l'intelligence artificielle conduit souvent les opérateurs de marché à s'interroger sur l'existence d'une bulle.

La Bourse de Séoul, elle, affiche une volatilité affolante depuis le début de l'année et qui ne serait probablement pas passée inaperçue aux yeux de Greenspan.

>> Accédez à nos analyses graphiques exclusives, et entrez dans la confidence du Portefeuille Trading

Des variations extrêmes

Le Kospi, l'indice principal de la place coréenne, prend 101% depuis le 1er janvier. Rappelons que la Bourse de Séoul a été portée par plusieurs facteurs. Notamment la fin de l'incertitude politique qui a été l'un des déclencheurs du rallye, depuis juin 2025, à la suite de l'élection du président Lee Jae-Myung.

L'éléphant dans la pièce reste toutefois l'intelligence artificielle (IA). La place de Séoul a été tirée par les performances de ses groupes exposées à cette thématique. Parmi ceux-ci figure évidemment Samsung Electronics - dont l'action grimpe de 184% depuis le début de l'année - le deuxième plus gros fondeur de semi-conducteurs au monde derrière le mastodonte taïwanais TSMC, selon le cabinet Counterpoint.

SK Hynix, un fournisseur de Nvidia, est lui spécialisé dans les puces mémoire, une technologie qui connaît actuellement une violente pénurie, en raison de la forte demande provenant des data centers. L'an passé, ses revenus ont grimpé de 47% et son bénéfice a plus que doublé. Son action prend 296% depuis le début de l'année et s'envole de 802% sur un an.

Aussi bien Samsung que SK Hynix ont tous deux franchi ces dernières semaines la barre des 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière.

Derrière la hausse du Kospi se cache une volatilité que ne renierait pas une "small cap" française.

Depuis le 1er janvier, l'indice coréen a enregistré pas moins de 22 variations supérieures à 5%, ce qui est totalement inhabituel pour un indice, censé offrir une diversification à l'investisseur avec donc des variations contenues.

En comparaison, ni le CAC 40, ni le S&P 500 de Wall Street, ni le Nasdaq Composite n'en ont connu la moindre sur la même période. Le Nikkei 225, l'indice principal de la Bourse de Tokyo, l'autre grande place asiatique portée par l'IA, en dénombre 4.

L'IA et ses excès

Une partie de cette volatilité est liée à la façon dont le marché "joue" la thématique de l'intelligence artificielle via les semi-conducteurs.

À Paris, par exemple, l'attrait de ce secteur a également occasionné une forte volatilité sur des titres comme STMicroelectronics (18 séances de variations supérieures à 5% en 2026) et Soitec (54 séances).

Dans la mesure où le Kospi est dominé par deux grands groupes de semi-conducteurs, Samsung et SK Hynix, donc, ses variations s'en ressentent. Ces deux sociétés représentent, à elles seules, nettement plus de la moitié de la capitalisation boursière de la Bourse de Séoul.

"La Corée du Sud illustre ce qui peut arriver lorsqu’un marché devient presque victime de son propre succès. Le Kospi figure parmi les grands gagnants du boom de l’intelligence artificielle, porté par les leaders des puces mémoire et par l’explosion de la demande en infrastructures dédiées à l’IA", commente Lale Akoner d'Etoro.

"Mais l’ampleur et la rapidité de cette hausse créent désormais un environnement plus fragile. Lorsque les investisseurs étrangers détiennent environ 40% du marché, un niveau proche des plus hauts de la dernière décennie, et que certaines valeurs du secteur de la mémoire ont été multipliées par quatre à douze, les prises de bénéfices cessent d’être un simple risque potentiel pour devenir une réaction parfaitement rationnelle", ajoute-t-il.

Certes les fondamentaux des actions coréennes sont solides. Mais cela n'empêche pas les coups de bambou.

"Les prévisions de bénéfices continuent d’être révisées à la hausse, la demande de puces mémoire alimentée par l’IA reste robuste et les arguments en faveur d’un investissement à long terme n’ont pas disparu. Le problème est que les marchés n’attendent pas une détérioration des fondamentaux pour réévaluer les valorisations. Lorsque les positions deviennent trop consensuelles et que la performance de l’indice repose essentiellement sur un nombre limité de gagnants, même les bonnes nouvelles peuvent servir de prétexte à un rééquilibrage des portefeuilles", développe Lale Akoner.

Les particuliers et les ETF à effet de levier

"L'essor de l'IA en Corée commençait à ressembler moins à un marché boursier qu'à un casino où la roulette s'était arrêtée si souvent sur le même numéro que les investisseurs avaient cessé de se demander si la bille pourrait un jour s'arrêter ailleurs", cingle de son côté Stephen Innes de Spi AM.

Les réactions épidermiques des investisseurs sur l'IA ne constituent toutefois pas les seuls coupables à la forte volatilité du marché coréen. Le recours des investisseurs individuels à certains produits a très fortement accentué la tendance.

"Les investisseurs étrangers ont massivement vendu leurs positions tandis que les particuliers ont, paradoxalement, continué d’acheter grâce à un recours record à l’endettement, accentuant encore davantage la volatilité", souligne John Plassard de Cité Gestion.

Les boursicoteurs coréens se sont notamment rués sur un type de produit, appelé "leveraged ETF" ou "ETF à effet de levier".

Ces fonds indiciels amplifient les mouvements de marché en ayant recours à l'endettement pour se positionner sur des produits dérivés comme des options ou des contrats à terme.

Un ETF à effet de levier "est donc un fonds négocié en bourse qui détient de la dette et des capitaux propres. Il se sert de la dette pour amplifier les gains potentiels des actionnaires", résume IG Markets.

Ces outils ont été approuvés par les autorités boursières. Mais leur impact sur la volatilité de la place de Séoul a fait sourciller le régulateur, le service de supervision financière. Son gouverneur, Le Chan-Jin, a admis lundi que l'autorité avait été "trop prompte" à autoriser ces produits hautement spéculatifs.

In fine, le Kospi se retrouve avec un "beta" - pour simplifier sa capacité à amplifier une tendance de marché générale - extrêmement élevé.

Ce qui reflète "une forte participation des investisseurs particuliers et une concentration sur un petit nombre de titres qui, parfois, affichent une volatilité comparable à celle que l'on associe généralement aux 'meme stocks' (des petites valeurs grand public qui ont flambé à Wall Street, portées par les boursicoteurs, NDLR), alors même qu'il s'agit d'entreprises dont la capitalisation boursière s'élève à plusieurs milliers de milliards de dollars", a déclaré à Bloomberg Matt Toms, responsable de l'exécution des opérations sur actions au comptant pour la région Asie-Pacifique chez Barclays.

"Tout ce qui fait varier le Nasdaq de 2% entraînera une variation de 10% du Kospi, car on observe en Corée une amplification considérable de la volatilité due à l’activité des investisseurs particuliers", abonde Alex Redman, stratège en chef des actions chez CLSA Singapore Pte, également interrogé par l'agence.

Et Stephen Innes de conclure. "Les investisseurs ne se contentent pas de miser sur les valeurs gagnantes. Ils misent sur ces valeurs avec une conviction empruntée. Cette distinction est importante, car l'effet de levier ne disparaît pas lorsque le marché s'inverse. Il change simplement de direction".

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
Forum suspendu temporairement
Portefeuille Trading
+322.00 % vs +68.67 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour