par Balazs Koranyi
FRANCFORT, 25 mars (Reuters) - Un dépassement de l'objectif d'inflation de la Banque centrale européenne, même "pas trop persistant", en raison de la flambée des prix de l'énergie pourrait justifier un resserrement modéré de la politique monétaire, a déclaré mercredi Christine Lagarde, la présidente de l'institut de Francfort.
La BCE a laissé ses taux inchangés la semaine dernière, tout en mettant en garde contre une remontée imminente des prix, et les responsables de la politique monétaire débattent du scénario dans lequel les taux d'intérêt devraient être relevés pour contrer le risque d'une accélération durable de l'inflation.
"Si le choc entraîne un dépassement important, mais pas trop persistant, de notre objectif, un ajustement mesuré de la politique monétaire pourrait se justifier", a-t-elle déclaré lors d'un discours à Francfort.
"Ne pas réagir du tout à un tel dépassement pourrait poser un risque de communication : le public pourrait avoir du mal à comprendre une fonction de réaction qui ne réagit pas", a-t-elle fait valoir.
Christine Lagarde n'a pas explicitement associé ses critères à l'un des scénarios présentés par la BCE lors de sa réunion de la semaine dernière. Ceux-ci ne sont toutefois pas très différents de la trajectoire d'inflation du scénario "défavorable" de la banque centrale.
Dans le scénario "de base" le plus favorable, l'inflation s'établira en moyenne à 2,6% cette année, après avoir évolué autour de 2% l'année dernière.
Dans le scénario défavorable, l'inflation dépassera 4% au second semestre de cette année mais reviendra à son objectif d'ici mi-2027, tandis que dans le scénario plus pessimiste, elle dépassera 6% au début de l'année prochaine et ne reviendra pas à son objectif avant plusieurs années.
"Si nous prévoyons que l'inflation s'écarte de manière significative et persistante de l'objectif, la réponse doit être suffisamment ferme ou persistante", dit Christine Lagarde.
Les opérateurs s'attendent désormais à deux ou trois hausses de taux de la part de la BCE cette année, car ils prévoient une inflation supérieure à l'objectif pendant plusieurs années.
Un argument en faveur d'une intervention précoce, mais mesurée, est que la BCE a été critiquée pour avoir agi trop tardivement lors de la flambée de l'inflation de 2021-2022, à la suite de la pandémie de COVID-19 et du début de la guerre en Ukraine.
Christine Lagarde a toutefois souligné que la situation actuelle est tout à fait différente et que plusieurs facteurs laissent présager un impact moindre.
Le choc énergétique est jusqu'à présent moins important, en particulier dans le cas du gaz naturel, le marché du travail n'est pas aussi tendu, il n'y a pas de demande atone comme après la pandémie, les politiques budgétaires sont plus restrictives et le taux de la banque centrale est plus élevé, a-t-elle détaillé.
Elle a également souligné que les données historiques montrent que le risque d'un effet domino généralisé des prix de l'énergie relève davantage de l'exception que de la règle.
(Reportage Balazs Koranyi, version française Diana Mandia, édité par Sophie Louet)
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