(BFM Bourse) - La devise de la zone euro chute face au dollar et a accentué sa baisse ces dernières semaines au point d'atteindre ses plus bas niveaux depuis le printemps 2025. Mais pour certains analystes, la vigueur du dollar repose sur des fondations trop fébriles.
L'euro avait poussé le dollar dans les cordes l'an passé.
La devise de la zone euro avait bondit de 13,4% face au billet vert, soutenue par la dégradation des finances publiques américaines, les politiques chaotiques de Donald Trump tant sur le plan commercial (avec les volte-face sur les droits de douane) que diplomatique, les craintes sur l'indépendance de la Réserve fédérale américaine (Fed), ainsi que par les hausses des dépenses budgétaires des états européens.
L'année 2026 s'avère bien différente. Depuis le début de l'année, l'euro reperd 4,5% (*) face au dollar.
L'éclatement du conflit au Moyen-Orient a remis en selle le dollar et surtout malmené l'euro car les pays de l'Union monétaire sont perçus comme bien plus vulnérable à la guerre avec l'Iran et au bond des cours du pétrole.
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Une forte baisse depuis août
"L'escalade au Moyen-Orient a profité au dollar grâce à la hausse des prix de l'énergie, conformément à nos estimations d'une augmentation de 0,5% à 1% pour chaque hausse de 10% du prix du pétrole, et à une aversion au risque accrue", remarquait Barclays en mars.
"En général, les pays asiatiques et européens sont particulièrement vulnérables à la hausse des prix des matières premières. À cet égard, les États-Unis, relativement autonomes, pourraient à nouveau faire figure d''exception'", développait de son côté Goldman Sachs.
Les États-Unis, qui sont devenus exportateurs nets de pétrole en 2020 (notamment vers le Mexique et la Chine qui représentent 21% du total ou encore vers les Pays-Bas et le Canada), sont perçus comme mieux armés que l'Europe, importatrice nette.
"Cela implique des perspectives à court terme plus résilientes pour le dollar tant que les prix du pétrole et du gaz resteront élevés", soutient Barclays.
La remontée du dollar face à l'euro a surtout accéléré depuis deux mois et la mi-août, la devise de la zone monétaire perdant 3,6% et tombant à des plus bas depuis mai voire avril 2025.
Plusieurs facteurs expliquent cette remontée du dollar. La persistance du conflit au Moyen-Orient et des prix élevées du pétrole ont inquiété le marché quant aux perspectives de croissance de la zone euro. A contrario, les dernières statistiques ont illustré la vigueur de l'activité aux États-Unis.
Craintes sur les exportations de gazole américaines
Ces craintes ont été renforcées par le spectre de potentielles restrictions d''exportations de gazole de la part des États-Unis, dont l'Europe s'avère dépendante. La moitié des importations de ce carburant vers les pays de l'Union européenne proviennent du pays américain.
À ceci se sont superposées les inquiétudes portant sur les finances publiques françaises, avec la double incertitude portant à la fois sur l'adoption (ou la modification) du projet de loi de finances pour 2027 et les élections de l'an prochain (la présidentielle et les législatives).
La chute de la devise européenne "s'explique par la publication de données économiques américaines plus solides, les craintes liées à une éventuelle interdiction des exportations de diesel américain, la hausse des taux obligataires mondiaux et les inquiétudes grandissantes concernant les perspectives budgétaires de la France. Conjugués, ces facteurs ont soutenu le dollar américain et pesé lourdement sur l'euro", développe UBS.
"Les partisans de l’euro se font rares ces derniers temps. Les inquiétudes budgétaires françaises et la hausse de la facture des importations énergétiques ont fait chuter la parité euro dollar de 1,17 à 1,125 depuis la mi-août (-4,4% depuis le début de l’année), et les positions spéculatives à la baisse sur l’euro ont atteint leur plus haut niveau depuis 2016", écrit de son côté Thomas Hempell, directeur de la recherche macro et de marché chez Generali Investments.
Goldman Sachs voit la fin de l'hémorragie
Pour autant, est-ce que l'euro continuera à subir la loi du dollar dans les prochains mois ? Le doute est permis.
À trois mois, Goldman Sachs s'attend à ce que le taux de change eurodollar remonte à 1,14 dollar contre 1,1212 dollar actuellement. L'établissement s'attend à ce que ce ratio reste calé entre 1,12 et 1,14 au cours de la prochaine année. La banque américaine s'attend à ce que les perspectives énergétiques soient plus clémentes pour les pays européens, qui devraient être en mesure, selon elle, de rassurer sur leurs réserves de gaz naturel pour l'hiver, ce qui calmerait les marchés.
Goldman Sachs anticipe également un allègement de la pression sur l'inflation américaine qui devrait soutenir l'euro.
UBS est plus optimiste. La banque suisse voit l'euro revenir à 1,16 dollar à fin décembre, puis à 1,18 dollar à fin mars, 1,20 dollar fin juin et fin décembre 2027.
Pour la banque suisse, l'euro se trouve en "territoire survendu". "Tout en reconnaissant la relative vigueur de l’économie américaine, nous estimons que les marchés sont devenus excessivement pessimistes à l’égard de l’Europe. En conséquence, la parité eurodollar semble désormais plus faible que ne le justifieraient les fondamentaux économiques relatifs", écrit la banque suisse.
L'établissement helvétique rappelle que l'économie de la zone euro a davantage démontré une plus grande résilience qu'anticipé, résistant en réalité à la hausse des prix de l'énergie et aux tensions géopolitiques.
Pour UBS, la plus importante variable demeure les finances publiques françaises, avec donc le creusement du fameux "spread", c'est-à-dire l'écart entre les deux titres d'emprunt à 10 ans français et allemand.
"Bien que la situation budgétaire en France reste difficile et qu'elle ne devrait pas s'améliorer de manière significative à court terme, nous ne prévoyons pas de crise de la dette à l'échelle européenne. Nous pensons au contraire qu'un accord budgétaire, sous une forme ou une autre, sera probablement adopté, éventuellement en recourant à l'article 49-3", anticipe UBS.
"Une telle issue devrait contribuer à réduire les écarts de rendement français et pourrait favoriser un rebond de l'euro vers notre objectif de fin d'année, à savoir 1,16", ajoute la banque suisse.
Défis internes aux États-Unis
Par ailleurs, UBS pense que les anticipations de hausses de taux de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui ont récemment porté le dollar, sont désormais bien intégrées par le marché. Un constat que dresse également Deutsche Bank.
"Compte tenu d’une croissance mondiale solide, de marchés énergétiques intégrant déjà une importante prime de risque et d’un cycle de hausse des taux de la Fed très bien anticipé, ce n’est pas le moment de parier sur une baisse de la paire eurodollar", juge Deutsche Bank qui voit l'euro remonter à 1,17 dollar à la fin de l'année.
"Avec la guerre en Iran qui s’éternise et l’impasse politique en France, un rebond de l’euro à court terme semble peu probable", considère a contrario Thomas Hempell.
Le spécialiste de marché de Generali considère néanmoins que la remontée du dollar s'est opérée sur des "bases fragiles".
"Premièrement, les positions longues sur le dollar semblent surchargées. Deuxièmement, un accord entre l’Iran et les États-Unis après les élections de mi-mandat de novembre pourrait atténuer les pressions sur les prix de l’énergie et la détérioration des termes de l’échange de la zone euro", avance-t-il.
"Troisièmement, les risques intérieurs aux États-Unis persistent. La Fed a résisté aux pressions du président Trump en relevant ses taux en septembre, mais la commission d’enquête visant la gouverneure (Lisa) Cook montre que les attaques contre l’indépendance de la Fed pourraient refaire surface. Les défis budgétaires non résolus entretiennent également les risques de domination budgétaire et de répression financière", complète Thomas Hempell.
L'expert écrit également que le déficit de la balance courante américaine repose de plus en plus sur des flux de capitaux volatils provenant des actions plutôt que des obligations.
"Cela lie le dollar aux perspectives de l’IA, comme l’a montré la baisse du dollar la semaine dernière dans un contexte de fluctuations des valeurs technologiques", explique-t-il.
Thomas Hempell estime ainsi que "les défis nationaux américains continuent de faire pencher les perspectives vers le bas jusqu’en 2027".
(*) Les variations ont été arrêtées à la clôture du jeudi 22 octobre.
