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Marché : Faut-il s'inquiéter de la soudaine remontée des taux obligataires?

lundi 1 mars 2021 à 10h31
Faut-il craindre un grand retour de l'inflation ?

(BFM Bourse) - Après une si longue absence, l’inflation pourrait faire son grand retour sur les marchés. Les investisseurs le craignent, au vu de la récente flambée des rendements d’emprunts d’Etat. Mais serait-ce pour autant dramatique? Décryptage.

On la croyait disparue. "Ces dernières années, les avis de recherche n’avaient rien donné", ironise Ronan Blanc, gérant chez Financière Arbevel. Mais cette inflation, que les banquiers centraux appelaient de leurs vœux, "avait en réalité décidé de prendre un chemin différent depuis la crise financière de 2008, point de départ d’une course monétaire qui s’est assez vite transformée en marathon" rappelle-t-il. S'il n'y avait selon lui pas d'autre alternative, cette action massive des banques centrales a eu "ses travers et parmi les plus visibles celui d’inflater le prix des d’actifs: l’immobilier, les dettes mais aussi les actions". Or aujourd'hui, plusieurs éléments au premier rang desquels la hausse du prix des matières premières et le changement du modèle économique de la Chine (qui a longtemps exporté de la désinflation à travers le monde) "font monter le risque d'un retour de l'inflation aux Etats-Unis", estime-t-il.

En témoigne la brusque remontée du taux d’inflation anticipé "de 0,5% par an en moyenne sur les 10 prochaines années à son creux de fin mars dernier, à 2,2% aujourd'hui" observe Eric Bourguignon, directeur des activités sur titres pour compte de tiers chez Swiss Life AM France. Ce taux, aussi appelé point mort d'inflation, désigne la différence entre le taux de rendement (nominal) d'une obligation classique et le taux de rendement (réel) d'une obligation indexée sur l'inflation, à émetteur et maturité identiques, et reflètent donc en permanence l'évolution des anticipations du marché. Celles-ci se répercutent mécaniquement sur les taux nominaux, comme c'est le cas actuellement.

Où en sont les taux ?

Ces derniers, surveillés de près par le marché qui scrute tout risque de flambée des prix susceptible d'entraîner un durcissement des politiques monétaires très accommodantes des banques centrales, atteignent de fait des niveaux plus observés depuis des mois, voire des années. Le taux américain à 10 ans a ainsi franchi le seuil symbolique de 1,5% jeudi pour la première fois depuis février 2020, quand l'OAT français à même échéance repassait en territoire positif, ce qui ne lui était plus arrivé depuis mi-juin dernier. Dans le même temps, le taux d'emprunt d'Etat britannique revenait à un sommet depuis juillet 2019.

Signe que la tension gagne l'ensemble des places financières, la banque centrale australienne a lancé vendredi une opération de rachat d'obligations pour tenter de freiner la hausse des rendements. "Il semble que les investisseurs n'écoutent pas les responsables des politiques monétaires et qu'ils sont obnubilés par l'idée que les taux d'intérêt remonteront plus tôt que prévu", résume Naeem Aslam, responsable de l'analyse de marché chez AvaTrade, qui constate que les dernières sorties de Jerome Powell et Christine Lagarde n'ont pas été suivies d'effet.

Pour Eric Bourguignon, le mouvement actuellement observé est certes "assez brutal" mais cela n'a "rien d’aberrant que les taux remontent en phase de reprise quasi-certaine de l’activité dans la plupart des zones". C'est même "plutôt logique au vu du niveau auxquels ils étaient tombés au plus forte de la crise" estime-t-il. Parmi les autres raisons qui justifient cette poussée, l'expert cite pêle-mêle l'augmentation considérable des déficits budgétaires, celle des matières premières et du pétrole, la hausse des anticipations de relèvement des taux d’intérêts par la Fed (que le marché "price" actuellement pour début 2023) et, plus important, le fait que "les taux n'évoluent plus du tout à leur niveau d'équilibre naturel depuis la crise financière. "On a oublié qu’on avait des taux administrés par les banques centrales pour assurer un financement extrêmement aisé des déficits publics" développe-t-il.

Les banques centrales vont siffler la fin de la partie

Si les forces fondamentales à l'œuvre font pression pour que les taux reviennent à ce niveau, "cela ne veut pas forcément dire qu'ils vont continuer à aller beaucoup plus loin" prévient Eric Bourguignon, qui estime qu'ils peuvent "remonter encore un peu avant que l'Etat et son bras armé ne commencent à s'inquiéter". "Même si le 10 ans américain remonte à 2%, ce n'est pas dramatique" précise le spécialiste, sur les marchés depuis 37 ans, qui se souvient d'un taux autour de 5% avant la crise financière. Ce qui lui semble certain, en revanche, "c'est qu'au-delà d'un seuil, que seules les banques centrales connaissent, elles siffleront la fin de la partie car cela posera un problème pour le financement de l’équilibre budgétaire des Etats", ce que Christine Lagarde a d'ailleurs commencé à évoquer jeudi.

"Jusqu’ici tout va bien mais ce qui importe c’est le rythme de la correction obligataire" nuance Ronan Blanc, pour qui "ce sera un problème si on atteint 2% dans 3 semaines (sur le taux à 10 ans américain, NDLR). La crédibilité de la Fed va être testée", selon le gérant. "La politique budgétaire et monétaire marchent main dans la main, l'indépendance des banques centrales est une vaste blague" considère l'expert pour qui "la grosse différence avec la première crise financière est que les gouvernements avaient alors serrer les boulons". Or là, les vastes programmes de stimulus budgétaire négociés aux Etats-Unis (plan de relance et plan d'infrastructure) "pourraient alimenter les risque d'une surchauffe de l'économie" selon Eric Bourguignon, qui juge que "les gouvernements ne sortiront peut-être pas toutes leurs cartouches pour atténuer ce sentiment".

Quelles conséquences pour les marchés actions?

Quid des répercussions de cette correction obligataire sur les marchés actions? Car oui, il s'agit bien d'une correction, les rendements souverains évoluant en sens inverse du prix des obligations. Une hausse des taux est donc le synonyme d'un important mouvement de vente des bons du Trésor (et donc d'une baisse de leur prix), ce qui arrive généralement lorsque les investisseurs anticipent une hausse des taux directeurs de la Fed. Eric Bourguignon ne se dit "pas certain que les marchés en souffriront si cela reste à des niveaux acceptables (sous les 2%, soit le niveau de début 2020)", même si "les bénéfices futurs vont diminuer à mesure que l'inflation monte, ce qui joue sur les niveaux de valorisation".

Cette remontée des taux pénalise donc en premier lieu le compartiment technologique qui jouit des valorisations les plus tendues, d'autant que la bonne santé de ce secteur repose en partie sur ses perspectives de croissance et de sa capacité à investir des sommes importantes pour se développer.

Le "marché fait son travail dans la rotation sectorielle, l'élastique rebondit vite (en atteste la chute du Nasdaq). Le signal, c’est qu'avec la reprise économique en marche, certaines entreprises vont capter cette hausse des prix, notamment des industriels sur des secteurs davantage protégés" avance Ronan Blanc. Il faut donc "privilégier les actifs moins sensibles à la hausse des taux longs, ceux qui aiment l'inflation", comme c'est le cas des valeurs dites cycliques (banque, énergie, BTP, agroalimentaire, services de base, etc.).

Quentin Soubranne - ©2021 BFM Bourse
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