Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Marché : Comment l'épargne des investisseurs prudents est mise à mal depuis plus d'une décennie

dimanche 28 novembre 2021 à 12h00
L'épargne sans risque, un pari perdant depuis plus d'une décennie

(BFM Bourse) - La politique monétaire américaine de rendements réels négatifs aurait coûté aux épargnants américains l'équivalent de 4000 milliards de dollars depuis 2008. Dans un contexte où l'inflation tend à rogner le pouvoir d'achat des ménages, il convient de s'arrêter sur ce phénomène qu'est la baisse de la rémunération d'un compte épargne.

Même s'il ne prend en compte qu'une partie de l'équation, le calcul est frappant. Aux Etats-Unis, la rémunération des comptes épargne est proche de zéro, puisque les taux directeurs sont nuls. Dans le même temps, l'indice des prix à la consommation affiche actuellement une progression de plus de 6% (+6,2% sur un an en octobre). "La Fed offre donc actuellement un rendement réel négatif de 6% sur l'épargne" constate le directeur adjoint des investissements de Mirabaud John Plassard.

Si l'inflation et son caractère transitoire ou non sont au cœur des débats depuis de longs mois maintenant, il ne faut pas occulter que ce sont in fine les ménages qui en payent le prix. Dans le prix de l'essence à la pompe ou du paquet de café (via la flambée des cours énergétiques et agricoles) - mais aussi via la rémunération réelle d'un compte épargne.

"Les effets des actions monétaires des banques centrales se répandent dans la société et sur le pouvoir d’achat" rappelle John Plassard. Les politiques des toutes-puissantes institutions que sont la Fed et la BCE peuvent de fait provoquer: une hausse des prix à la consommation, comme c'est le cas actuellement (alimenté évidemment aussi par d’autres facteurs tels que les goulots d’étranglement de la production), une inflation des prix des actifs, comme celles que nous connaissons pour les actions, les obligations, les biens immobiliers et les cryptomonnaies. Mais "les banques centrales peuvent aussi retirer de l'argent aux épargnants conservateurs en maintenant les taux d’intérêt trop bas" développe l'expert.

Si l'inflation galopante des derniers mois a accentué ce problème, il existe en réalité depuis plus d'une décennie, comme en attestent les travaux d'Alex J. Pollock du Mises Institute. Selon ses données, la politique monétaire américaine aurait ainsi coûté 4.240 milliards de dollars aux épargnants américains depuis 2008.

Un chiffre obtenu en supposant que les épargnants pouvaient investir dans des bons du Trésor à six mois, puis en soustrayant du taux d'intérêt moyen le taux d'inflation correspondant, ce qui donne le taux d'intérêt réel de l'épargne sur la période. Celui-ci est ensuite comparé une estimation du taux d'intérêt réel "normal" pour chaque année, sur la base de la moyenne sur cinquante ans des taux réels de 1958 à 2007. On obtient alors l'écart que la Fed a créé entre les taux réels effectifs depuis 2008 et ce qui aurait été des taux historiquement "normaux". Multiplié par l'épargne des ménages états-uniens, cela représente donc 4.240 milliards de dollars.

Cette estimation, fondée sur l'hypothèse d'épargnants rétifs à tout autre placement que les obligations ou les comptes d'épargne les plus simples, ne tient cependant pas compte de la possibilité de profiter de la vive hausse des marchés, à condition d'accepter une dose de risque plus importante. Selon Gallup, 56% des adultes aux Etats-Unis, soit près de 145 millions de personnes, détiennent des actions en portefeuille.

"En se référant au rapport national sur les taux d'intérêt publié par la Federal Deposit Insurance Corporation le 18 octobre 2021, le taux d'intérêt moyen américain sur les comptes d'épargne était de 0,06%, un chiffre dérisoire" pointe John Plassard.

Ce problème n'est toutefois pas circonscrit aux Etats-Unis. En Allemagne par exemple, la banque fédérale a prévenu que l'inflation pourrait grimper encore plus que prévu cet automne, à près de 6% sur un an en novembre. Face à cela, la BCE conserve ses taux d'intérêts à un niveau historiquement bas, et même négatif (-0,5%) en ce qui concerne le taux de la facilité de dépôt, soit le taux d'intérêt auquel sont rémunérés les dépôts que placent les banques auprès de la BCE. La situation est d'autant plus tendue outre-Rhin que des centaines de banques ont décidé de répercuter les taux d'intérêt négatifs sur leurs clients, particulièrement ceux dont les comptes affichent des dépôts supérieurs 100.000 euros - une manœuvre illégale en France.

En somme, en matière d'épargne, les banques centrales punissent de facto la prudence, obligeant les investisseurs à se tourner vers des supports plus risqués pour obtenir du rendement.

Quentin Soubranne - ©2022 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+312.60 % vs +43.69 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat