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Marché : Après avoir souffert depuis l'éclatement du conflit en Iran, perdant plus de 15%, l'or peut-il retrouver son lustre en Bourse?

Aujourd'hui à 07:00
L'or va-t-il remonter la pente

(BFM Bourse) - L'or a accusé un violent décrochage depuis l'éclatement du conflit en Iran, en raison de la remontée du dollar, des anticipations de hausses des taux, et de la crainte que ces mêmes banques centrales vendent leurs stocks. Mais les analystes s'accordent à penser que ce trou d'air s'avère temporaire.

Considéré comme la grande valeur refuge par excellence, l'or déchante depuis l'éclatement du conflit en Iran. La relique barbare, comme la surnommait l'illustre économiste John Maynard Keynes, voit son cours chuter de 15% depuis le début de la guerre en Moyen-Orient.

Cela peut sembler paradoxal dans la mesure où les tensions géopolitiques ont habituellement tendance à soutenir le métal précieux sur les marchés.

"Le conflit au Moyen-Orient a, à court terme, provoqué une hausse des prix des hydrocarbures et, par ricochet, des craintes inflationnistes. Ce qui a entraîné un raffermissement du dollar américain et suscité des inquiétudes quant à d'éventuelles hausses des taux d'intérêt — deux facteurs qui pèsent sur le cours de l'or", explique UBS.

Un renforcement du dollar rend l'or, dont les cours sont libellés dans la monnaie américaine, moins attrayant pour les investisseurs qui n'ont pas le billet vert comme devise de référence, toutes choses égales par ailleurs.

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Hausses de taux et appels de marge

Les anticipations sur les taux directeurs des grandes banques centrales constituent l'autre impact négatif majeur pour l'or. Le métal précieux ne produit pas de revenus (contrairement aux obligations avec coupons ou des actions avec des dividendes). Son cours est en conséquence pénalisé par des hausses des taux d'intérêt car il devient alors de plus en plus intéressant d'investir dans de l'or plutôt que de le placer.

Or les investisseurs ont récemment revu leurs prévisions sur les futures décisions de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Alors qu'il y a encore quelques jours, les opérateurs de marché tablaient sur plusieurs réductions de taux directeurs de la part de la banque centrale américaine, la donne a changé. Selon les données du Fedwatch tool du CME Group, les investisseurs attribuent désormais une probabilité d'un peu plus de 50% (51,9%) à au moins une hausse de taux d'ici à la fin de l'année.

Ce revirement s'explique par le fait qu'avec la remontée persistante des cours du pétrole, le marché redoute que l'inflation accélère pendant plusieurs mois, contraignant les banques centrales à rehausser les taux directeurs.

"Le marché est rattrapé par une réalité macroéconomique plus contraignante : la remontée du pétrole et la force du dollar réactivent mécaniquement les anticipations d’inflation, ce qui complique la trajectoire des banques centrales", explique Antoine Andreani de XTB Research.

Un autre phénomène plus technique se produit. L'or baisse car les opérateurs de marché ont besoin de dégager du cash pour couvrir des pertes sur certaines positions. Notamment des appels de marge, c'est-à-dire des apports de fonds demandés aux investisseurs pour pouvoir continuer à répondre aux exigences de risques sur une position.

"L’or s’étant très fortement apprécié depuis des années, certains fonds d’investissement ou fonds spéculatifs peuvent être tentés d’alléger une partie de leurs positions sur cet actif pour générer de la liquidité (de la marge) pour couvrir des positions sur les actions par exemple qui sont nettement plus volatiles depuis le début du conflit en Iran", explique Alexandre Baradez d'IG Markets.

Certains intermédiaires financiers évoquent également la possibilité que les banques centrales vendent de l'or ou ralentissent leurs achats d'or.

"Il est probable que certaines banques centrales vendent de l’or pour défendre leur monnaie et/ou pour financer leurs achats d’énergie", a déclaré à Bloomberg, cette semaine, Bernard Dahdah, analyste chez Natixis.

Certains États qui ont accumulé des réserves d’or sont des importateurs d’énergie, ainsi, une facture énergétique plus élevée signifie qu’il leur reste moins de dollars à réinvestir dans l’or, rappelle l'agence de presse. De plus, les pays du Golfe ont vu leurs flux de dollars, dont ils ont tant besoin, réduits par la fermeture du détroit d’Ormuz, bien qu’ils détiennent d’importants actifs en dollars autres que l’or, ajoute encore Bloomberg.

"Les excédents en dollars étaient de plus en plus réinvestis dans l’or", a exposé Daniel Ghali, stratégiste chez TD Securities, également cité par l'agence. "Le conflit avec l’Iran a fait exploser cette dynamique", considère-t-il.

Une demande encore très présente

L'or peut-il renverser la vapeur après ce trou d'air (qui commence en réalité à durer) ? UBS pense que oui. La banque suisse explique que l'or constitue davantage une couverture "contre les répercussions plus générales des conflits que contre les menaces directes liées à la guerre".

"Il protège avant tout contre les risques monétaires tels que la dévaluation des devises, l'augmentation des déficits et les ralentissements économiques, qui peuvent résulter de conflits géopolitiques", développait l'établissement suisse.

Autrement dit, si l'or souffre à court terme, un conflit prolongé sur le moyen terme avec de potentiels risques sur la croissance et les finances publiques pourrait in fine redonner du tonus à l'or en Bourse. "Plus le conflit entre les États-Unis et l’Iran se prolonge, plus le risque d’impacts économiques négatifs est élevé, ce qui devrait soutenir la demande d’or à des fins de couverture", explique UBS.

La banque avance que les facteurs de long terme influant positivement sur l'or sont toujours bien présents.

La demande pour l'or demeure importante, les "hedge funds" (les fonds aux stratégies d'investissement alternatives) ayant légèrement augmenté leurs positions sur la matière première, récemment.

"Nous pensons que la demande globale d'or devrait rester soutenue, grâce aux achats continus des banques centrales, à la hausse des investissements, ainsi qu'à la croissance structurelle de la demande de bijoux en or dans un contexte de hausse des revenus en Asie", explique UBS.

L'établissement note également que l'accroissement des déficits budgétaires des États et la volonté des investisseurs et des banques centrales de diversifier leurs actifs en dehors des actifs "dollars" (actions et obligations américaines) soutiendront également l'or à long terme.

"Ainsi, compte tenu des incertitudes macroéconomiques et politiques qui s'ajoutent aux risques liés au conflit entre les États-Unis et l'Iran, nous conservons une opinion favorable sur l'or et estimons que ce métal précieux reste un moyen efficace de diversifier un portefeuille", souligne encore UBS.

Une remontée vers les 6.000 dollars voire plus ?

La banque pense que l'alourdissement de la dette aux États-Unis, un affaiblissement de la confiance dans les obligations américaines, la hausse des tensions géopolitiques et la dédollarisation devraient propulser les cours du métal entre 5.900 et 6.200 dollars l'once.

De son côté, Ole Hansen de Saxo Group relativise les risques de hausse de taux des grandes banques centrales qui malmènerait l'or. Le stratégiste explique qu'un choc énergétique de grande ampleur et prolongé pourrait ralentir l'activité dans les économies énergivores, y compris les États-Unis et l'Europe. Ce qui pourrait inciter la Réserve fédérale américaine (Fed) à soutenir la croissance.

"C'est pourquoi nous pensons que l'hypothèse du marché selon laquelle la Réserve fédérale évitera de baisser les taux pourrait finalement s'avérer prématurée. Si l'élan économique s'affaiblit de manière significative, l'orientation politique pourrait se tourner vers la stabilisation de la croissance plutôt que sur la lutte stricte contre l'inflation générée par les contraintes d'offre", développe le stratégiste.

Ole Hansen considère par ailleurs que les raisons structurelles de la forte demande du marché pour l'or ne se sont pas affaissées mais se sont au contraire "sans doute" renforcés avec le conflit en Iran.

"La montée des tensions géopolitiques continue de soutenir la demande d'actifs refuges, tandis que les déficits fiscaux persistants dans plusieurs grandes économies — notamment les États-Unis — restent une préoccupation à long terme pour les investisseurs axés sur la stabilité monétaire et le pouvoir d'achat", développe le stratégiste.

Dans ce contexte, Ole Hansen et ses équipes estiment que l'or pourrait atteindre 6.000 dollars l'once dans les prochains trimestres.

"Malgré les récentes turbulences, les arguments en faveur de l'or à long terme restent intacts", abonde Pictet AM.

"Les incertitudes politiques et géopolitiques n’ont pas diminué, elles ont plutôt augmenté. La dédollarisation reste un objectif stratégique pour les investisseurs et les banques centrales, qui continuent de rechercher des alternatives au dollar américain face aux inquiétudes concernant le leadership américain et la non-viabilité budgétaire des États-Unis", développe la banque suisse.

Sur ce dernier point, Pictet AM met en avant la récente demande de financement de 200 milliards de dollars formulée par le département américain de la Défense pour soutenir sa lutte contre l’Iran.

En conclusion, la banque juge que la récente baisse des cours de l'or offre une opportunité pour se positionner sur une reprise de la matière première.

Stephen Innes, de Spi Am, pense, lui, que l'or se situe dans une "phase de transition", avant de reprendre sa marche vers l'avant.

L'or "est vendu parce qu’il est liquide, parce que les rendements (et donc les taux) augmentent, parce que la demande physique est temporairement mise en veilleuse et parce que le marché s’accroche toujours à un scénario de resserrement monétaire. Mais aucune de ces forces n’est permanente", fait -il valoir.

Stephen Innes explique que les banques centrales ne peuvent pas augmenter les taux directeurs "avec impunité" car les économies développées opèrent avec un fort endettement et des actifs (des cours de Bourse) à des niveaux élevés. Des hausse de taux trop importantes risquent donc d'enrayer la machine.

"Plus les taux restent restrictifs, plus la pression s'accentue sur les marchés du crédit, des actions et de la croissance, et c'est précisément ce contexte qui finira par imposer un revirement. C'est pourquoi la situation finale laisse toujours présager des baisses, et non des hausses, même si le chemin pour y parvenir s'annonce semé d'embûches", développe-t-il.

In fine, "lorsque le marché boursier imposera un revirement de politique monétaire (vers des baisses de taux, NDLR), lorsque le risque de récession deviendra réalité, lorsque la liquidité reviendra et que les circuits physiques se rouvriront, ce même métal vendu aujourd’hui contre des liquidités deviendra l’actif vers lequel les investisseurs se tourneront demain", prédit cet expert de marché.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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