(BFM Bourse) - Avis de tempête, les gérants de fonds ont le moral dans les chaussettes. Ils n'ont jamais été aussi pessimistes sur les perspectives de croissance et anticipent désormais une détérioration des bénéfices des entreprises. Leur exposition aux actions a été réduite, selon la dernière enquête mensuelle de Bank of America.
L'intitulé du sondage de Bank of America "Je suis tellement pessimiste que j'en deviens optimiste", est sans équivoque et illustre le niveau d'aversion au risque des 259 gérants de fonds interrogés, dont les actifs cumulés s'élèvent à 722 milliards de dollars. Selon ce sondage mensuel, ils ont réduit leur position en actions à un plus bas depuis octobre 2008, soit quelques semaines après la faillite de Lehman Brothers. En parallèle, ils ont augmenté leurs poches de liquidités. Elles sont passées à 6,1% des actifs sous gestion pour atteindre le niveau le plus élevé depuis octobre 2001.
Alors que les marchés mondiaux ont enregistré leur pire premier semestre depuis cinq décennies, Michael Hartnett, responsable de la stratégie d'investissement chez Bank of America, avance que les investisseurs avaient atteint un "niveau de pessimisme extrême", car ils craignent qu'un resserrement mondial de la politique monétaire ne dégrade les perspectives de croissance. Une proportion plus élevée des gérants de fonds (79 %) s'attend désormais à une détérioration des bénéfices des entreprises, à des niveaux inédits même au plus fort de la pandémie en mars 2020 ou de la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008.

Les secteurs défensifs remparts "anti-turbulences"
Plus d'un sondé sur deux (58%) a déclaré prendre des niveaux de risque inférieurs à la normale dans ses portefeuilles. Les secteurs défensifs américains sont privilégiés par les gérants, tels que la santé, les services publics ou les biens de consommation de base, considérés comme moins vulnérables en cas de récession. Cette poche d'actifs atteint en effet leur plus haut niveau depuis mai 2020.
Au cours des dernières semaines, ils ont également délaissé les actions de la zone euro ainsi que les banques, les valeurs énergétiques, celles liées aux matériaux de base au profit des secteurs défensifs et des obligations. Un tiers ont déclaré que le maintien de l'inflation à un niveau élevé était leur principale préoccupation. Pour un peu moins de 25% des sondés, une récession est citée comme le plus grand risque.
Main Street souffre autant que Wall Street
Alors que l'inflation américaine est au plus haut depuis novembre 1981, les sondés s'attendent en moyenne à ce que la Réserve fédérale américaine relève son principal taux d'intérêt de 1,5 point de pourcentage supplémentaire en 2023, qui s'ajoutera à une hausse de 1,5 point de pourcentage déjà prévue en 2022.
Les investisseurs sont devenus si pessimistes qu'un rebond à court terme des actions est possible, avance Michael Hartnett. "Toute reprise sera probablement temporaire. Le catalyseur d'une reprise durable sera un changement de politique monétaire de la part de la Fed lorsqu'elle verra que Main Street [expression décrivant les classes populaires, NDLR] souffre en même temps que Wall Street. Nous sommes encore loin des niveaux du S&P 500 qui conduiraient les responsables de la Fed à paniquer et à changer de cap", a-t-il ajouté.
