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Pourquoi il faut s'attendre à une baisse encore plus drastique des dividendes

samedi 18 avril 2020 à 11h45
Janus Henderson estime que le consensus à l'égard des dividendes est encore trop optimiste

(BFM Bourse) - Janus Henderson, qui tablait encore en début d'année sur une nouvelle progression des dividendes dans le monde jusqu'à un nouveau record de 1.480 milliards de dollars, considère désormais que les versements vont diminuer à un niveau encore difficile à préciser, mais clairement au-delà de ce qu'anticipent encore les investisseurs. D'autant que la majeure partie (60%) des dividendes sont versés par des entreprises cycliques.

À l'approche des assemblées générales (qui doivent se tenir au plus tard six mois après la clôture des comptes annuels en France comme aux Etats-Unis), la question des dividendes fait plus que jamais débat en regard des répercussions de la pandémie du coronavirus sur l'offre et la demande dans l'économie mondiale. Beaucoup de sociétés, notamment dans l'Hexagone, ont d'ores et déjà annoncé revenir sur leurs projets de redistribuer une partie des bénéfices directement à leurs actionnaires. Mais selon Janus Henderson, société de gestion à l'origine d'une étude annuelle (le Global Dividend Index) qui fait autorité, le consensus sur les prévisions de bénéfices et de dividendes à l’échelle mondiale est encore trop optimiste.

Un grand nombre de réductions de dividende ont pour l'instant été observées au Royaume-Uni et en Europe, deux des régions du monde où le rendement du dividende (le montant du coupon rapporté à la capitalisation) est particulièrement important, tandis que les régions ayant un rendement moins important, telles que les États-Unis, le Japon et l'Asie, sont jusqu'à présent relativement peu affectées. Mais la saison des résultats trimestriels aux États-Unis va constituer un indicateur majeur des conséquences de la crise sur le cycle trimestriel de versement des dividendes américains - sachant que les dividendes distribués par les entreprises US représentent, quand bien même le taux est plus faible qu'en Europe (effet miroir de multiples de valorisation plus élevés en moyenne), 40% du total versé à l'échelle mondiale.

Une majorité de sociétés cycliques

Par secteurs, les précédentes éditions de l'étude Janus Henderson Global Dividend Index montrent qu’environ 60% des entreprises mondiales versant des dividendes sont à caractère cycliques -par exemple les loisirs, le tourisme, le transport aérien, la distribution spécialisée, la construction...- dont le chiffre d'affaires, les flux de trésorerie et les bénéfices sont particulièrement susceptibles d'être mis sous pression par les mesures de confinement.

Ce qui laisse donc près de 40% des entreprises distributrices positionnées dans des secteurs plus défensifs (services aux collectivités, biens et services de consommation courante, technologie, santé), dont les dividendes devraient mieux résister malgré l'environnement difficile.

Attention toutefois : comme l'observe Jane Shoemake, responsable des investissements au sein du pôle actions de Janus Henderson, un certain nombre d'entreprises ont ces dernier jour gelé les versements de leurs dividendes, alors même qu'elles disposaient d’un solide bilan et de suffisamment de liquidités pour les payer. Un phénomène qui met en évidence les préoccupations sociales et politiques avec lesquelles les conseils d'administration et les dirigeants doivent composer. "Dans certaines régions du monde et dans certains secteurs, il pourrait s'avérer compliqué pour les entreprises de justifier un versement de dividende aux actionnaires tout en bénéficiant de prêts pour soutenir l’activité ou de régimes d’indemnisation des salariés financés par les gouvernements", note la spécialiste - certains pays comme la France signalent qu'il ne sera pas possible de bénéficier d'aides d'un côté et de diminuer la trésorerie au profit des actionnaires de l'autre.

Pression politique

"La question essentielle sera de savoir dans quels délais les entreprises pourront recommencer à verser des dividendes une fois la crise passée. Un nombre considérable de mesures de relance ont été mises en œuvre dans le monde entier de manière bien plus précoce que lors de la crise financière mondiale, et, dans certains cas, les entreprises ont réduit leurs dividendes par prudence et par préoccupation politique plus que par réelle nécessité", indique Jane Shoemake.

Au demeurant, compte tenu de l’instabilité de l’évolution de la situation, il est encore difficile de prévoir avec précision l’ampleur probable des réductions de dividendes à l’échelle mondiale en 2020 (précédemment, Janus Henderson tablait sur une croissance de 4% du montant total des dividendes mondiaux à 1.480 milliards de dollars, ce qui aurait constitué un cinquième record consécutif).

La perspective historique n'apporte pas forcément un éclairage utile. En effet, lors de la crise financière mondiale de 2008-2009, les dividendes internationaux ont baissé de presque 30% (entre le pic et le creux), pour une chute des bénéfices d’environ 60%. Mais cela s'est opéré sur une période de 15 à 18 mois, tandis qu’il a fallu à peine trois mois depuis le premier cas signalé en Chine fin 2019 pour que la crise actuelle se développe. Pour 2020, Janus Henderson considère quoi qu'il en soit que le consensus sur les prévisions de bénéfices et de dividendes à l’échelle mondiale reste trop optimiste et ne pourra que subir d'importantes révisions à la baisse ces prochaines semaines. "Les réductions de dividendes ou les suspensions de leurs versements devraient se poursuivre, les entreprises cherchant à conserver des liquidités pour tenter de se maintenir à flot", explique la spécialiste.

Janus Henderson n'attend pas une reprise des versements de dividendes avant 2021, et sans doute dans un certain nombre de secteurs seulement... à condition "que la croissance du nombre d’infections au coronavirus atteigne son pic, que les gouvernements mettent fin aux mesures actuelles de confinement et que l'économie mondiale recommence à fonctionner et entame une reprise". En attendant, le mot d'ordre est à la sélectivité : si la chute des cours de bourse permettent aux entreprises d'afficher des rendements de dividendes élevés, "dans un certain nombre de cas, ceux-ci semblent irréalistes", car il faut s'attendre à une réduction des montants versés par rapport aux précédentes années, voire une suppression.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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