Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

L'innovation médicale, un meilleur pari que les vaccins pour miser sur la santé en Bourse

dimanche 20 décembre 2020 à 07h00
Mellon conseille de miser sur les fabricants de composés pour la pharma

(BFM Bourse) - Malgré l'excitation suscitée par les avancées contre le coronavirus, le segment des vaccins n'offre pas forcément un important levier aux industriels de la pharma. Pour George Saffaye, stratégiste chez Mellon, le potentiel, bien réel, se situe ailleurs.

Les vaccins contre le coronavirus arrivent. S'ils seront extrêmement utiles dans la lutte contre la pandémie, leur impact financier à l'aune de l'ensemble des activités des laboratoires demande à être sérieusement relativisé. En recensant tous les projets déclarés, on dépasse vite la centaine de candidats potentiels, dont une quinzaine déjà en dernière phase d'essais cliniques. Beaucoup d'autres devraient démarrer dans les premiers mois de 2021. Même si tous n'aboutiront pas forcément, la concurrence va mécaniquement faire pression sur les prix, de sorte que le prix payé par les gouvernements -dérisoire face au coût ne serait-ce que d'une journée de confinement- ne pourra aller qu'en diminuant.

Or dans le même temps, les charges de production ne pourront pas diminuer de manière significative, ce qui réduira la marge bénéficiaire des fabricants. Ce n'est donc pas vraiment du segment des vaccins que les investisseurs dans le secteur de la santé recueilleront le fruit de leurs placement... Mais qu'ils se rassurent, le secteur offre bien d'autres leviers de rendement.

On dit souvent que pendant la ruée vers l'or, ce ne sont pas les prospecteurs qui se sont le plus enrichis mais les vendeurs de pioches. Illustrant en quelque sorte cet adage, George Saffaye, stratégiste chez Mellon (BNY Mellon) met tout d'abord en avant les excellentes perspectives des entreprises fabriquant les composants des médicaments. À l'échelon mondial, une petite poignée de grands opérateurs trustent ce marché dont les barrières à l'entrée sont extrêmement élevées. Comme, malgré tout, le coût de ces biens est très faible par rapport au prix des vaccins, ces fabricants n'auront pas à rogner leurs tarifs.

Le gérant apprécie également les sociétés de dispositifs médicaux, tels que les stimulateurs cardiaques ou les implants orthopédiques, parfois appelées "medtechs". En 2020, ce segment de marché -par ailleurs en croissance structurelle étant donné le vieillissement de la population et l'amélioration de l'accès aux soins- a souffert du fait que de nombreux patients ont dû retarder certaines procédures chirurgicales non vitales pour éviter l'engorgement des hôpitaux, accaparés par la lutte contre le Covid-19. De quoi créer une forte demande "refoulée" - qui pourrait être déportée en 2021-2022, une fois les vaccins mis à disposition.

Pas d'impact attendu des élections américaines sur les prix des médicaments

À première vue, l'issue des élections américaines semble être une excellente nouvelle pour l'industrie pharmaceutique. Comme beaucoup l'ont souligné, un parlement divisé (avec une Chambre des représentants Démocrate et un Sénat Républicain, sous réserve du résultat de la double élection sénatoriale du 5 janvier en Georgie) implique une absence de changement majeur de la réglementation. Cela limitera les pressions potentielles sur les coûts des médicaments et les marges bénéficiaires de l'industrie. La course pour gagner le Sénat étant si serrée -il suffit aux Républicains de conserver l'un des deux sièges en jeu- il y a peu de chances que la réglementation pharmaceutique soit modifiée en profondeur, estime George Saffaye.

Une croissance à long terme portée par des innovations de premier plan

L'objectif des thérapies géniques est véritablement de guérir une fois pour toute les patients, dans des maladies où l'approche pharmaceutique traditionnelle consiste à soulager les symptômes, dans la mesure du possible, avec un traitement chronique. L'enjeu de la thérapie génique est donc à même de révolutionner la médecine. Pour l'heure, ces traitements de pointe visent des maladies rares, comme l'hémophilie, mais à terme les chercheurs espèrent traiter des maladies beaucoup plus courantes à l'image du diabète (touchant 5,2% de la population en France, à titre indicatif).

Le secteur des diagnostics de précision offre également d'intéressantes perspectives, selon George Saffaye qui prend l'exemple de la "biopsie liquide". Au lieu d'une biopsie habituelle, où l'on prélève (souvent sous anesthésie) un fragment d'organe pour l'analyser, il s'agit d'un examen non invasif qui pourrait être effectué régulièrement à partir d'une analyse sanguine, qui permettrait aussi facilement qu'on détecte le cholestérol aujourd'hui de repérer la formation d'un cancer avant même qu'il ne se transforme en tumeur, ce qui permettrait d'améliorer considérablement le taux de guérison - meilleures étant les chances de succès lorsqu'un cancer est traité tôt. Plusieurs entreprises disposent de programmes de biopsie liquide, avec des tests cliniques prévus pas plus tard que dans les mois à venir.

Le suivi à distance des patients devient également une tendance de plus en plus importante. Des biocapteurs destinés à effectuer un électrocardiogramme à distance ou mesurer la glycémie, les niveaux d'oxygène et d'autres constantes, peuvent être utilisés à domicile et les données récoltées vérifiées à distance par les médecins. Le Covid n'a fait qu'accélérer la prise de conscience de l'intérêt de ces technologies, en regard de la nécessité de désengorger les hôpitaux. La surveillance à distance peut également aider à prévenir de nombreuses maladies avant qu'elles ne s'aggravent, en réduisant les coûts associés aux soins chroniques.

Enfin, le spécialiste de Mellon considère que le développement de la robotique est à surveiller de près. À l'heure actuelle, 5% des opérations chirurgicales dans le monde sont robotisées, alors qu'en réalité, jusqu'à 50% pourraient d'ores et déjà l'être.

À long terme (5 à 10 ans), ces tendances vont bouleverser l'industrie et stimuler la croissance du marché de la santé, offrant ainsi des opportunités passionnantes aux investisseurs avance le gérant.

Dans l'immédiat, il considère que les perspectives pour 2021 demeurent positives, avec plusieurs domaines d'opportunités pour les investisseurs dans les entreprises des sciences de la vie et des dispositifs médicaux - même s'il convient d'attendre l'annonce des résultats en Géorgie début janvier pour éviter une éventuelle réaction négative sur les cours en cas de double victoire Démocrate (les derniers sondages donnent eux un léger avantage aux deux candidats Républicains) .

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+320.30 % vs +18.75 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat