(BFM Bourse) - Le fabricant de smartphones a livré des résultats supérieurs aux attentes. Mais sa prévision de marge brute pour les trois derniers mois de 2026 a crispé les investisseurs.
Apple est revenu au sommet de la Bourse. Le fabricant des iPhone, Mac et Apple Watch est repassé devant Nvidia il y a quelques jours.
Le groupe de Cupertino a bénéficié de son statut un peu à part au sein de la tech américaine et des "Sept magnifiques" de Wall Street. Contrairement aux "hyperscalers" (Amazon, Microsoft, Oracle, Alphabet), la société dirigée par John Ternus ne dépense pas des centaines de milliards de dollars dans les infrastructures et technologies d'intelligence artificielle (IA).
Le groupe a fait preuve d'une certaine frugalité en matière de dépenses et de stratégie d'intelligence artificielle, ce qui a pu pénaliser son cours de Bourse par le passé. Mais à l'heure où le marché doute de plus en plus des promesses liées à l'IA et des dépenses massives en lien avec cette thématique, cette prudence s'est muée en atout.
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Coût de la mémoire
"Après avoir vu sa capitalisation boursière augmenter d'environ 1.000 milliards de dollars depuis fin juin, Apple est devenue l'une des rares valeurs refuges au sein du secteur des géants technologiques, alors que les titres liés à l'intelligence artificielle, plus gourmands en capitaux, ont subi des corrections", tranche Stephen Innes de Spi AM.
Pour autant, Apple a ses propres défis à résoudre. Le groupe à la pomme est confronté à l'envolée des coûts des composants électroniques et plus spécifiquement des puces de mémoire vive. En raison de l'essor de l'IA et des besoins des centres de données (avec notamment l'inférence c'est-à-dire le développement à grande échelle des modèles de langage d'IA), une forte demande sur ces composants a émergé, créant des pénuries et tirant vers le haut les prix de ces technologies.
Selon une étude de Gartner du début de cette année, les tarifs des technologies de mémoire vive devraient avoir augmenté de 130% sur l'ensemble de l'année 2026.
Or, les puces de mémoire sont à la base très présentes dans les appareils grand public, comme les tablettes, PC et smartphones.
Pour Apple, la flambée des prix des puces mémoire entraîne forcément des conséquences sur sa rentabilité ainsi que sur les tarifs de ses appareils.
Bank of America évaluait dans une récente note cet impact à 9 points de pourcentage brut (c'est-à-dire sans mesure de compensation) sur la marge brute des iPhone, sachant que cette marge se situe entre 35% et 40%.
La publication d'Apple, livrée lundi soir après la clôture de Wall Street, illustrent combien le groupe est mis face à ce défi.
L'entreprise a livré des résultats de bonne facture. Sur le quatrième trimestre de son exercice 2025-2026, période qui s'étire de juillet à fin septembre, le groupe a la pomme a généré des revenus de 114,5 milliards de dollars, en hausse de 11,7% sur un an et un bénéfice par action de 2,10 dollars. La marge brute a par ailleurs atteint 47,9%.
Les seuls revenus dégagés par les iPhone ont augmenté de 17,5% sur un an, à 57,6 milliards de dollars tandis que le services (qui regroupent Apple Music et l'App Store) ont affiché une croissance de 9,8% sur un an, à 31,6 milliards de dollars.
Apple a battu les attentes à tous les étages puisque, selon un consensus cité par Citi, les analystes tablaient sur des revenus de 113,4 milliards de dollars, dont 56,6 milliards de dollars pour les iPhone et 31,6 milliards pour les services, une marge brute de 47,5% et un bénéfice par action de 1,99 dollar.
Les perspectives crispent
Le hic se situe au niveau des prévisions pour les trois derniers mois de l'année, qui sont pénalisées par les coûts de la mémoire.
Le directeur financier, Kevan Parkeh, a indiqué aux analystes qu'Apple tablait sur des revenus compris entre 7% et 10%, dont 8% à 9% pour les services.
La marge brute est, elle, attendue en retrait par rapport au trimestre précédent, le groupe anticipant un intervalle compris entre 45% et 46%.
Ces perspectives s'avèrent "mitigées au regard des attentes du marché, avec des revenus des produits plus élevés qu'attendu, compensés par des services moins dynamiques qu'espéré et une marge brute plus faible", tranche Citi.
À Wall Street, les investisseurs prennent leurs bénéfices sur une valeur qui prend plus de 25% depuis le début de l'année. L'action Apple chute de 4% en préouverture à Wall Street ce mardi 3 novembre.
Kevan Parekh a notamment expliqué que la moindre croissance dans les services provenait des impacts de changes et de moindres revenus de licences accordés à des tiers.
La baisse de la marge brute s'explique, elle, à la fois par la hausse des coûts des puces de mémoire vive et par les coûts d'inférence de Siri AI, la version repensée de l'assistant vocal d'Apple intégrant Apple Intelligence, les technologies d'intelligence artificielle du groupe.
"La baisse de la marge brute sur les produits reste un enjeu majeur à court terme", ont écrit Anurag Rana et Josh Christensen, analystes chez Bloomberg Intelligence, dans une note.
"Malgré des perspectives mitigées, nous restons optimistes quant à la trajectoire à long terme d'Apple, soutenue par sa capacité à gagner des parts de marché et à renforcer encore l'engagement et la monétisation de sa base installée, tant par le biais d'applications tierces et de partenariats que par ses propres services (par exemple, les abonnements iCloud+, les fonctionnalités améliorées de l'IA de Siri)", relativise Citi.
