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Une chute de 40% par rapport à ses sommets, près de 1.200 milliards de dollars effacés... En pleine débandade boursière, SpaceX est rattrapée par la gravité et les doutes

Aujourd'hui à 10:19
SpaceX rechute

(BFM Bourse) - Le groupe d'espace, de satellites et d'intelligence artificielle a vu son cours baisser mardi jusqu'à 132,15 dollars, moins que les 135 dollars de son cours d'introduction.

Le retour de flamme est violent pour SpaceX. La société fondée en 2002 par Elon Musk, s'était introduite en Bourse en grande pompe à Wall Street le 12 juin dernier, levant 86 milliards de dollars, un record absolu, et dépassant dès son premier jour de cotation les 2.000 milliards de dollars de capitalisation boursière (la valeur de la totalité de ses actions).

Le titre a ensuite poursuivi sur sa lancée, grimpant jusqu'à 225,64 dollars, soit 67% de plus que le cours d'introduction de 135 dollars.

Las, un mois un plus tard, SpaceX est de retour à la case départ ou presque. Mardi, l'action de la société d'espace, de satellites et d'intelligence artificielle a clôturé à 135,27 dollars, soit quasiment au niveau de son cours d'introduction, et même tombé dessous au cours de la séance, à 132,15 dollars.

Autrement dit, depuis son pic atteint le 16 juin dernier, l'action SpaceX a chuté de 40%, effaçant près de 1.200 milliards de dollars de capitalisation boursière.

La valeur de la participation de Musk qui est de 42% est désormais estimée à environ 760 milliards de dollars contre 1.200 milliards au plus haut.

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Craintes autour de l'IA

La volatilité qui entoure l'action peut se comprendre au vu du flottant très limité. La part des actions qui circulent librement sur le marché s'avère inférieure à 5%, un taux extrêmement faible et qui se traduit par des variations plus violentes.

Par ailleurs, il n'est pas rare qu'un groupe nouvellement entré sur la cote tombe sous son cours d'introduction. Facebook en avait fait l'expérience en 2012, et avait dû attendre plus d'un an avant de repasser au-dessus de son cours d'introduction.

Toutefois, plusieurs raisons propres aux fondamentaux de SpaceX peuvent expliquer la débandade boursière qui frappe le groupe.

La société a été rattrapée par les craintes autour de l'intelligence artificielle (IA), créneau sur lequel SpaceX se positionne via xAi et ses futurs centres de données Colossus. Le marché craint à la fois que l'IA ne tienne pas ses promesses de croissance et que les grands "hyperscalers" (Amazon, Oracle, Microsoft) dépensent comme des paniers percés.

SpaceX a lui-même alimenté ces craintes en émettant 25 milliards de dollars d'obligations quelques jours après avoir récolté 86 milliards de dollars d'argent frais via son introduction en Bourse.

Le fait que SpaceX ait levé des fonds obligataires si peu de temps après une émission d'actions retentissante constitue un "bon exemple" de la transition des marchés d'"une phase d'essor sain, d'un essor prolongé ... vers une zone de bulle", avait même déclaré le directeur des investissements d'Allianz, Ludovic Subran, en juin, cité par le Financial Times.

Des promesses lointaines

Par ailleurs, la valorisation très généreuse de SpaceX continue d'alimenter les débats. Même au cours actuel, la société s'échange encore 95 fois ses revenus du dernier exercice. Pour donner un ordre de comparaison, Nvidia jouit d'un multiple quatre fois plus bas, à 24 fois les revenus de son dernier exercice.

De plus, SpaceX accuse actuellement des pertes opérationnelles (2,6 milliards de dollars en 2025) et brûle du cash. S&P s'attend d'ailleurs à ce que la société ne dégager pas de flux de trésorerie positif d'ici à 2029.

"Même si le produit de l'introduction en Bourse de la société permettra de financer en partie ce déficit, nous pensons que SpaceX devra lever des capitaux supplémentaires, tant sur le marché obligataire que sur le marché des actions, pour couvrir ces déficits", prévenait l'agence de notation.

"La valorisation extrêmement élevée de l'entreprise laisse entendre que les investisseurs devront attendre plusieurs décennies avant que les bénéfices n'atteignent les multiples de SpaceX", pointe Morningstar.

Certes, les analyste s'avèrent optimistes sur l'avenir de SpaceX en Bourse. Goldman Sachs voit le cours remonter à 205 dollars, Bank of America est à 235 dollars, Morgan Stanley à 300 dollars, et Raymond James a une cible hallucinante de 800 dollars, objectif qui accorderait une valorisation de 10.000 milliards de dollars au groupe!

Le gros de la thèse des intermédiaires financiers reste que SpaceX parviendra à faire tomber les coûts de lancements de satellites à moins de 200 dollars le kilogramme (contre un coût historique de plus de 18.000 dollars) grâce à sa nouvelle génération de fusée Starship, entièrement réutilisable. Ce qui augmentera les capacités de sa constellation de satellites Starlink et permettra à terme de lancer des data centers dans l'espace, créant ainsi des sources de revenus récurrentes et importantes pour le groupe.

Mais ces promesses relèvent du moyen voire du long terme. "Starship est au cœur des ambitions de l’entreprise visant à réduire encore les coûts de lancement. Bien que l’entreprise ait réalisé des progrès impressionnants, le projet Starship se heurte encore à d’importants obstacles techniques liés à sa réutilisabilité à grande échelle", explique Morningstar. Pour l'heure, SpaceX semble surtout faire face à une grande nervosité dû à la difficulté d'évaluer réellement ses perspectives.

Les "lockup" comme risque à venir

"L’argumentaire boursier s’est toujours davantage appuyé sur un récit que sur des critères d’évaluation conventionnels", rappelle Stephen Innes de Spi AM.

"Les objectifs de cours fixés par Wall Street varient entre environ 60 et 800 dollars, un écart si large qu’il révélait à quel point les avis divergent quant à la valeur intrinsèque de l’entreprise. Du côté des optimistes, les investisseurs ne se contentent pas d’évaluer les revenus liés aux lancements, aux abonnements Starlink ou aux contrats de défense. Ils achètent tout un ensemble de possibilités futures, enveloppées dans la 'prime Musk'", développe-t-il.

"Cela peut fonctionner tant que la dynamique est à la hausse et que les investisseurs sont prêts à payer presque n’importe quel prix pour cette option. La situation se complique dès que le titre perd de l’altitude et que le marché commence à exiger des preuves plutôt que de l’imagination", ajoute encore l'expert de marché.

Stephen Innes note toutefois que le signal d'alarme pour la société ne vient pas tant du marché actions que du crédit (les obligations). Les 25 milliards d'obligations émises par l'entreprise le mois dernier s'échangent désormais sur le marché secondaire. Or leur valeur a fondu progressivement, et le rendement de ses obligations à maturité 2056 s'est inscrit à 7,5%.

"C'est un verdict bien moins flatteur que la volatilité habituelle du marché actions, car les détenteurs d'obligations ne sont pas rémunérés pour leurs rêves. Ils sont rémunérés pour assumer les risques liés à la duration, à l'effet de levier et à l'exécution sur trois décennies", tranche Stephen Innes.

"Les marchés boursiers se demandent dans quelle mesure l'avenir était déjà pris en compte dans les cours. Les marchés du crédit se demandent qui financera cet avenir, et à quelles conditions. La fusée n'est pas encore tombée du ciel. Mais le marché obligataire a commencé à envoyer la facture", insiste-t-il.

L'action SpaceX risque encore de se retrouver sous pression dans les prochaines semaines alors que les premiers "lockup" échoient.

Ces "lockup" ou "clauses" correspondent à des engagements que des actionnaires prennent, en acceptant de ne pas acheter ou vendre d'actions sous certaines conditions (comme une durée équivalente à un certain nombre de jours).

Dans son prospectus d'introduction en Bourse, SpaceX prévoit pas moins de 17 clauses de "lockups".

Or les premières clauses expireront lors de la publication des comptes trimestriels de la société, soit vraisemblablement en août. Jusqu'à 1,6 milliard d'actions pourraient alors être mis sur le marché, créant ainsi un risque excès d'offre par rapport à la demande.

Au total, des centaines voire plusieurs milliards d'actions existantes pourront être mises sur le marché d'ici à juin 2027.

"Nous ne pensons toujours pas que SpaceX ait atteint son niveau plancher", a déclaré à Bloomberg Ken Mahoney, directeur général de Mahoney Asset Management. "L’offre continuera d’affluer au cours des prochains mois, et il faudra surveiller l’évolution de la demande à mesure que l’on descend dans l’échelle de qualité", ajoute-t-il.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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