Connexion
Mot de passe oublié Pas encore de compte ?

Misant sur le schiste, Conoco signe la plus grosse opération dans le pétrole depuis la pandémie

samedi 24 octobre 2020 à 07h00
ConocoPhillips va acquérir Concho pour près de 10 milliards de dollars

(BFM Bourse) - La major pétroliére américaine souhaite racheter Concho Resources, producteur de pétrole de schiste, pour 9,7 milliards de dollars. ConocoPhillips deviendra ainsi le plus gros producteur indépendant des États-Unis avec 1,5 million de barils de pétrole et de gaz par jour.

Une crise? Quelle crise? Si le secteur pétrolier traverser une période troublée, entre chute persistante des cours et accélération de la transition énergétique, le groupe américain ConocoPhillips a surpris son monde en annonçant, lundi dernier, l'acquisition d'un poids lourd de l'huile de schiste, Concho Resources, pour quelque 9,7 milliards de dollars, entièrement payés en actions. Il s'agit de l'opération la plus importante du secteur depuis que le krach du prix du brut a frappé le secteur pétrolier américain de plein fouet, provoquant de nombreuses faillites et pertes d'emplois, et renversant des années de croissance de la production américaine qui ont mené le pays au rang de premier producteur mondial.

Après avoir atteint un niveau record de 13 millions de barils par jour (bpj) avant le krach, celle-ci s'établit en moyenne à 10,5 mbj sur les quatre dernières semaines, selon les données de l'Agence d'information sur l'énergie (EIA). Et le PDG de ConocoPhillips Ryan Lance pense que le pire est encore à venir, le manque d'investissements dans les champs pétrolifères (depuis des années mais plus encore depuis le début de la pandémie, Conoco elle-même ayant réduit d'un tiers ses dépenses d'investissements prévues en 2020) handicapant sérieusement la capacité du secteur à effectuer les forages constants nécessaires pour faire face à l'épuisement rapide des puits de schiste. "Je pense qu'il y aura une chute assez spectaculaire à l'horizon 2021, lorsque les courbes de déclin commenceront à s'établir", a-t-il ainsi affirmé au Financial Times, ajoutant que si les prix restaient autour de 40 dollars le baril, la production américaine pourrait perdre 4 mbj par rapport à son pic, pour s'établir donc autour de 9 mbj.

L'acquisition de la totalité des actions valorise Concho avec une prime de 15% par rapport à son prix de clôture du 13 octobre et donnerait aux actionnaires 1,46 action ConocoPhillips pour chaque action ordinaire de Concho. C'est la dernière opération en date dans le cadre d'un mouvement de consolidation du secteur pétrolier américain pour faire face à la faible demande et aux prix bas qui menacent de nombreux acteurs, notamment ceux du schiste dont aucun n'est rentable avec un baril 40 dollars. Devon Energy a ainsi accepté de fusionner avec WPX Energy le mois dernier pour 2,6 milliards de dollars, tandis que Chevron avait acheté Noble Energy pour environ 5 milliards de dollars fin juillet dernier.

Signe des difficultés rencontrées par l'industrie du schiste, Concho se vend aujourd'hui pour à peine plus plus que les quelque 8 milliards de dollars qu'elle avait elle-même mis sur la table en 2018 pour acquérir RSP Permian Inc. Concho avait par ailleurs déprécié la valeur de ses actifs pétroliers et gaziers de 12,6 milliards de dollars au premier trimestre, soit l'une des plus importantes dépréciations du secteur (pétrole conventionnel et de schiste confondus). À titre de comparaison, le géant français du secteur Total avait passé une dépréciation de "seulement" 8,1 milliards de dollars, la plus importante de son histoire.

Un accès au bassin Permien

L'opération marque un tournant stratégique pour ConocoPhillips, qui a passé les dernières années à se défaire de ses actifs jugés non-stratégiques (dont en 2012 son activité de raffinage aujourd'hui appelée Phillips 66) pour se reconvertir en un acteur purement présent en amont avec des actifs allant de l'Alaska à la Libye. Le groupe dirigé par Ryan Lance est à ce titre perçu par ses pairs comme privilégiant la valeur au volume, avec un fort accent mis sur la technologie pour réduire au maximum les coûts d'extraction.

Le rachat de Concho offre également à ConocoPhillips un accès au bassin Permien -zone à cheval entre le Texas et le Nouveau Mexique, devenu en 2019 le champ le plus prolifique au monde devant le bassin saoudien Ghawar avec des extractions de plus de 4 mbj- où le spécialiste du schiste possède l'une des plus grandes surfaces exploitables. Ensemble, les deux sociétés produiront plus de 1,5 million de barils par jour et Ryan Lance a affirmé qu'avec les actifs de Concho dans le Permien, Conoco aurait désormais accès à 23 milliards de barils de pétrole et de gaz qui pourraient être fournis à un coût inférieur à 30 dollars le baril. Sans la mise en production de nouveaux puits toutefois, la production du nouvel ensemble déclinera d'environ 12% par an, précise Conoco dans son communiqué.

Une stratégie qui pourrait s'avérer payante selon Daniel Yergin, vice-président d'IHS Markit et auteur d'un récent livre sur l'énergie: "Si vous vous retranchez sur le long terme, vous voulez vous retranchez dans le Permien", estime de fait l'expert.

Premier groupe pétrolier américain à viser une neutralité carbone en 2050

Cette décision s'inscrit dans le cadre des préparatifs de M. Lance en vue d'un inévitable changement de marché. "Nous allons passer par une transition énergétique", a déclaré Ryan Lance. La demande passera donc un jour son pic, a-t-il ajouté. À cet égard, son groupe est devenu le premier producteur basé aux États-Unis à s'engager, cette semaine, à ce que ses activités n'entraînent aucune émission nette de carbone d'ici 2050. Avant lui, d'autres géants du secteur comme BP ou Total s'y étaient engagés.

Les derniers scénarios de l'Agence internationale de l'énergie prévoient que dans un monde qui respecte l'objectif climatique de Paris, la demande de pétrole pourrait être de 66 mbj en 2040, ce qui correspondrait à une baisse d'environ un tiers par rapport à l'année dernière mais "représenterait tout de même beaucoup de pétrole", souligne le patron de Conoco. "Le monde exige des actions sur le climat. Nous le comprenons. Mais nous comprenons aussi qu'il va y avoir un besoin de combustibles fossiles" juge-t-il encore. Et à ce petit jeu, la fin du pétrole est peut-être lointaine mais quand celle-ci arrivera, les gagnants seront très probablement les moins chers et les plus propres, selon plusieurs dirigeants du secteur qui font des efforts en ce sens.

À contre-courant d'un marché qui regarde désormais le schiste d'un œil méfiant, Ryan Lance reste également fidèle à ses convictions, lui qui s'était déjà rendu à Vienne en 2015 pour assister à une conférence de l'Opep, au plus fort d'une autre guerre des prix, au cours de laquelle il avait déclaré : "Le schiste américain est là pour durer."

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
Votre avis
TradingSat
Portefeuille Trading
+329.30 % vs +10.48 % pour le CAC 40
Performance depuis le 28 mai 2008

Newsletter bfm bourse

Recevez gratuitement chaque matin la valeur du jour sélectionnée par Logo TradingSat