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La réinvention de Kodak en tant que fournisseur de l'industrie pharmaceutique dope le titre

mercredi 29 juillet 2020 à 16h30
Kodak se réinvente, le titre sur orbite

(BFM Bourse) - Icône de l'industrie américaine tout au long du XXe siècle, mais n'ayant pas su négocier le virage du numérique, Eastman Kodak est passé par la case faillite en 2012. Depuis son retour en Bourse le titre n'a jamais retrouvé son lustre d'antan, lorsqu'il appartenait à l'indice Dow Jones. Mais depuis mardi, son cours s'envole à nouveau alors que le gouvernement américain projette de lui accorder un prêt massif en vue de relancer une filière nationale de fabrication de principes actifs de médicaments essentiels.

Tel le Highlander, Kodak va-t-il traverser les âges en adoptant différentes activités ? Fondée en 1881 par George Eastman, inventeur d'une pellicule photosensible conditionnée sous forme de rouleau à l'origine de l'essor de la photographie, la firme Eastman Kodak est devenue un géant de l'industrie américaine doublée d'un champion boursier, entré dès 1930 au Dow Jones Industrial Average. Bien que progressivement diversifiée, l'entreprise a vu son cœur d'activité s'effondrer brutalement avec l'avènement de la photographie numérique à l'abord du XXIe siècle. Sortie de l'indice en 2004, l'action a même dû quitter Wall Street en 2012 dans le cadre d'une procédure de faillite.

Revenue l'année suivante sur le New York Stock Exchange, l'action a connu un parcours décevant depuis, inscrivant un nouveau plus bas en mars dernier vers 1,55 dollar. Jusqu'à un réveil aussi brutal qu'inattendu mardi après l'annonce d'un soutien massif du gouvernement, via un prêt de l'US International Development Finance Corp., destiné à aider le groupe à mettre sur pied une filiale de production locale de principes actifs, ces ingrédients essentiels à la production de médicaments. Objectif de l'administration Trump: réduire la dépendance des Etats-Unis aux fournisseurs étrangers, chinois en particulier. Pour cela, Eastman Kodak bénéficiera d'un prêt de 765 millions de dollars pour édifier un nouveau site de production au sein de son complexe historique de Rochester, dans l'Etat de New York.

"Nous ne devons plus jamais dépendre d'importations de Chine ou d'ailleurs [en réalité l'Europe est le premier importateur de principes actifs aux USA, suivi de l'Inde, NDLR] pour obtenir des médicaments vitaux", a salué le gouverneur Andrew Cuomo, se félicitant que la crise du coronavirus ait au moins permis de tirer cette leçon.

Le choix de lancer Kodak Pharmaceuticals via Eastman Kodak apparaît toutefois surprenant à plusieurs égards, dans la mesure où le groupe n'a plus vraiment d'expertise dans les produits chimiques. Son ancienne filiale de spécialités chimiques, Eastman Chemical, créée en 1920 pour fournir les matières premières nécessaires au fabricant de pellicules et d'appareils photos, a en effet scindée du reste du groupe en 1993. Dénomée Eastman Chemical, et établie au Tennessee, celle-ci qui produit pourtant déjà du matériel médical ou d'ophtalmologie (entre autres, avec des revenues annuels de 9,3 milliards de dollars) n'a pas été sollicitée. Pas plus, à ce stade, que de grands manufacturiers de produits pharmaceutiques génériques tels que Mylan ou Teva Pharmaceuticals, qui disposent pourtant déjà de sites de production sur le territoire américain.

En mai, le gouvernement avait déjà accordé un financement de 354 millions de dollars à Phlow Corporation, pour débuter la production d'ingrédients pharmaceutiques destinés à une douzaine de médicaments reconnus essentiels, notamment pour traiter des patients hospitalisés pour cause de Covid-19.

Quoi qu'il en soit, l'annonce du projet Kodak Pharmaceuticals est perçu comme une aubaine pour le groupe, qui a enregistré l'an dernier 1,2 milliard de dollars de chiffre d'affaires pour un bénéfice de 116 millions de dollars. Après avoir triplé de valeur mardi, de 2,62 à 7,94 dollars, le titre accélérait encore plus fortement de 354% (non, il ne manque pas une virgule) à 43,45 dollars mercredi en matinée à Wall Street, entre deux suspensions à la hausse. Un cours jamais atteint (depuis la réintroduction en 2013) et qui correspond à une capitalisation de près de 350 millions de dollars.

Responsable des analyses marchés pour le groupe IG, Alexandre Baradez constate que si "l'information concernant Kodak et la production de médicaments n'a été communiquée officiellement que mardi, les volumes sur le titre étaient 22 fois plus élevés qu'à l'accoutumée dès lundi", séance au cours de laquelle il a bondi de 23%. "Un pur hasard..." ajoute-t-il.

Guillaume Bayre - ©2020 BFM Bourse
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