(BFM Bourse) - La marque au cheval cabré souffre à la Bourse de Milan après avoir présenté ce modèle à Rome, lundi soir, dont le design marque un changement radical, au risque d'endommager la marque. Le prix semble par ailleurs élevé sur un marché de l'électrique qui peine à décoller dans le haut de gamme.
En italien, "Luce", le nom du premier modèle 100% électrique dévoilé par Ferrari lundi soir, signifie "lumière".
À la Bourse de Milan, ce mardi 26 mai, l'action Ferrari est bien plus proche du "blackout" que de l'illumination. Le titre du célèbre constructeur automobile de luxe abandonne 6,3% vers 11h50 dans la foulée de la présentation de sa "Luce".
Le dernier membre de l'écurie Ferrari affiche un poids record de 2.300 kilogrammes, davantage que le SUV Purosangue, au point que notre collègue de BFM Auto qualifie le bolide de "monstre". Sa puissance s'élève à 1.113 chevaux, alimentée par quatre moteurs électriques indépendants. Son autonomie monte à 530 kilomètres. Le prix de la "Luce" devrait se situer à 550.000 euros, TVA incluse et hors options, selon le courtier Oddo BHF.
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Un design de rupture
Le point d'achoppement du marché semble provenir du design. Les lignes de l'automobile ont été tracées par le collectif LoveFrom, composé de Jony Ive, connu pour avoir conçu le design de l'iPhone et de l'iPod, et de l'Australien Marc Newson.
L'automobile adopte une esthétique sobre, minimaliste, sportive et rétrofuturiste, qui semble porter la patte très "Apple" du cabinet de design LoveFrom.
"Nous ne comprenons pas vraiment la nouvelle stratégie de Ferrari, qui tente d'imiter le design d'Apple", tacle au passage Pierre-Olivier Essig d'Air Capital, cité par Bloomberg.
Pour Oddo BHF, ce design marque un bouleversement radical par rapport à l'héritage de Ferrari, l'intermédiaire financier le qualifiant même de "controversé". Le courtier reconnait que, d'habitude, il s'abstient de commenter l'aspect esthétique d'un modèle qui reste un critère hautement subjectif.
"Cela dit, les premières réactions du public, notamment de la part des passionnés de Ferrari et d'automobile, sont globalement (très) négatives, même si l'on constate des réactions plus constructives de la part de personnes n'appartenant pas au cercle habituel des adeptes de la marque", écrit Oddo BHF.
"Les détracteurs diront que ce modèle risque de nuire à la marque en s'éloignant de manière si radicale de son esprit traditionnel, tandis que ses partisans y verront une initiative courageuse visant à s'adapter à un nouveau marché", tranche encore le bureau d'études.
"La Luce surprend à bien des égards par son audace, s'éloignant considérablement du langage stylistique auquel Ferrari nous a habitués depuis une dizaine d'années, mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose en soi", nuance pour sa part Stephen Reitman de Bernstein.
La valeur résiduelle en question
Rappelons qu'en Bourse Ferrari est davantage assimilé à l'univers du luxe que de l'automobile, ce en raison de sa capacité à fixer les prix et à tirer parti d'une demande très élastique. Le comparable boursier le plus immédiat du groupe reste Hermès et non pas Mercedes-Benz, BMW ou Porsche. L'esthétisme des modèles de l'entreprise revêtent donc un caractère crucial.
Oddo BHF évoque le prix du modèle qui est également débattu. La Luce devrait devenir le véhicule le plus cher vendu par le groupe, hors séries limitées, la gamme de prix se situant actuellement entre 270.000 euros (Amalfi Spider) et 500.000 euros (849 Testarossa Spider) " et, bien sûr, bien plus cher que les autres véhicules électriques à batterie (BEV) disponibles sur le marché", souligne le courtier.
"La faible demande en véhicules électriques, notamment en Chine, ainsi que l'assouplissement des normes d'émissions strictes aux États-Unis ont ravivé le débat autour de la Ferrari Luce", souligne, sur ce point, Stephen Reitman, analyste chez Bernstein.
"Des interrogations persistent quant à l'intérêt des conducteurs de Ferrari pour les véhicules électriques à batterie, d'autant plus qu'une grande partie de l'ADN de la marque est étroitement liée à ses moteurs à combustion interne emblématiques", poursuit-il.
Oddo BHF juge également que les spécificités de la voiture en termes de puissance, d'autonomie ou d'accélération sont "robustes" mais ne présentent pas d'innovation différenciante.
In fine, Oddo BHF juge que le modèle s'adressera à une niche, tablant sur des volumes annuels d'environ 1.000 unités, soit 7% du total, ce qui "limite sa pertinence en matière de ventes".
Toutefois, le courtier explique que Ferrari peut également avoir choisi de limiter volontairement la portée de marché du véhicule, de sorte à ne pas trop lester la valeur résiduelle (pour simplifier le prix de revente de l'automobile), qui s'avère "faible" sur le marché des véhicules électrifiés. Or, dans les véhicules haut de gamme, les acheteurs recherchent les modèles susceptibles de conserver au maximum cette valeur résiduelle.
Ce point avait d'ailleurs été souligné le mois dernier par Royal Bank of Canada, à l'issue de plusieurs rencontres avec des investisseurs européens. La banque canadienne écrivait alors que le pessimisme boursier sur l'action Ferrari semblait avoir atteint son point culminant.
"L'un des arguments avancés (par les investisseurs, NDLR) est que la valeur résiduelle des véhicules pourrait baisser à mesure que l'entreprise poursuit son développement dans le domaine des véhicules électriques", soulignait l'établissement.
Un parcours boursier accidenté
Citi, pour sa part, écrivait début mai que les incertitudes autour du lancement de "Luce" pesaient sur le titre Ferrari, en raison de dépenses et de coûts plus élevés pour le lancement de ce modèle.
Dans tous les cas, le modèle électrique du groupe constitue un pari dans la mesure où les constructeurs de luxe avancent à pas de loup sur cette motorisation.
Preuve de cette prudence, Ferrari a repoussé son deuxième modèle électrique de fin 2026 à 2028 au plus tôt, tandis que son rival Lamborghini a gelé son propre projet pour 2030.
Il apparaît, in fine, que "Luce" risque de guère changer la donne en Bourse pour Ferrari. Le constructeur italien chute de 9% depuis le début de l'année et de 31% sur an.
Le groupe transalpin a surtout connu une violente sortie de route en octobre dernier, lorsqu'une journée investisseurs a viré au cauchemar boursier, avec un plongeon du titre de plus de 15% sur une séance. Le groupe avait alors dévoilé des objectifs de moyen terme à des années lumières des attentes du marché.
Bernstein qualifiait cet événement de "traumatisant". "Le marché s'attendait à un récit confiant sur le développement des marges et s'est vu servir une maigre soupe en ce qui concerne les prévisions pour 2030", résumait le bureau d'études.
Citi estimait récemment que la F80 constituait le seul véritable "moteur" de croissance de la société.
Le F80 est un élégant (et très rentable) "hypercar" (avec un moteur très puissant) dont la production a débuté cette année en série limitée. C'est-à-dire que 799 exemplaires seront produits et pas un de plus.
"Étant donné que la F80 est la première Ferrari à intégrer en interne des composants électriques, nous pourrions voir des marges opérationnelles pour le véhicule au niveau de 40%-50% (toujours bien au-dessus de la moyenne de 30% de l'entreprise)", soulignait l'an passé Royal Bank of Canada.
