(Zonebourse.com) - Après cinq mois de conflit, plusieurs catégories de missiles américains sont proches de l'épuisement, révélant les limites industrielles du Pentagone et ouvrant un vaste cycle de réarmement.
Après plus de cinq mois de guerre contre l'Iran, l'armée américaine aurait consommé "pratiquement tous" ses missiles sol-sol de longue portée ATACMS et Precision Strike Missile (PrSM), selon plusieurs sources citées par Reuters. Un peu moins de la moitié du stock mondial de Tomahawk aurait également été tirée, tandis que les réserves d'intercepteurs Patriot et THAAD ont été fortement entamées par la défense des bases américaines et de leurs alliés. Les tensions se concentrent ainsi sur des armes de précision coûteuses et complexes à fabriquer, dont la production avait été dimensionnée pour des besoins nettement inférieurs à ceux d'un conflit prolongé.
Au-delà du Moyen-Orient, cette attrition réduit la marge de manoeuvre de Washington face à d'autres foyers de tension. Les ATACMS et PrSM permettent de frapper à longue distance sans exposer directement des avions pilotés, tandis que les Patriot et THAAD jouent un rôle central dans l'interception des missiles balistiques. La diminution de ces stocks pourrait ainsi limiter la capacité américaine à soutenir simultanément ses alliés, à reprendre une campagne intensive contre l'Iran et à préserver des réserves suffisantes dans l'éventualité d'une crise autour de Taïwan. Cette situation devrait également encourager le Pentagone à sécuriser davantage ses chaînes d'approvisionnement et à privilégier des engagements d'achat pluriannuels afin d'offrir aux industriels la visibilité nécessaire pour investir dans de nouvelles capacités.
Si Donald Trump a contesté l'ampleur de la pénurie, assurant que les États-Unis disposaient de quantités de munitions supérieures à leurs besoins, les mesures prises par le Pentagone semblent moins optimistes sur la situation. Les fournisseurs ont été invités à présenter des plans visant à augmenter les cadences et à raccourcir les délais, tandis que plusieurs accords-cadres pluriannuels ont déjà été conclus. Lockheed Martin, qui produit les ATACMS, leur successeur PrSM, les intercepteurs PAC-3 MSE et les THAAD, apparaît comme le groupe coté le plus directement exposé à ce réapprovisionnement. L'industriel prévoit de porter la capacité annuelle des PAC-3 d'environ 600 à 2 000 unités d'ici 2030, tout en quadruplant celles des PrSM et des THAAD.
RTX devrait également bénéficier de la reconstitution des stocks de Tomahawk et des investissements consacrés à l'architecture Patriot, Raytheon visant désormais une capacité supérieure à 1 000 Tomahawk par an. L'augmentation des volumes pourrait parallèlement soutenir L3Harris, qui fournit notamment la propulsion des PAC-3, ainsi que Northrop Grumman, qui développe ses capacités dans les moteurs-fusées solides. La progression des carnets de commandes et l'allongement de la visibilité commerciale ne devraient toutefois se traduire que graduellement dans les résultats, car les accords-cadres doivent encore être convertis en commandes financées et les nouvelles lignes nécessitent des investissements importants. Les capacités limitées en moteurs-fusées, autodirecteurs, explosifs et composants électroniques pourraient en outre ralentir les livraisons, de sorte que les effets sur les marges et les flux de trésorerie dépendront largement de la qualité d'exécution de chaque industriel.
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