(BFM Bourse) - La banque sino-britannique souligne dans une note publiée mardi que le secteur s'échange actuellement avec des multiples de valorisation dépréciés. Pour autant, HSBC estime qu'il faut se positionner non pas en fonction du prix mais de la dynamique d'activité.
Lesté par les craintes autour du conflit au Moyen-Orient, le luxe prend la tempête en Bourse. L'indice paneuropéen Stoxx Europe Luxury 10 abandonne 16% depuis le début du conflit.
Perçu comme le grand baromètre du secteur en raison de la diversité de ses activités et de ses métiers, LVMH chute de 28% sur l'ensemble de 2026, accusant la quatrième plus forte baisse du CAC 40 sur la période.
Le compartiment a donc pâti des des inquiétudes liées aux répercussions directes et indirectes de la guerre contre l'Iran. Selon Bernstein, le Moyen-Orient représente environ 6% des ventes du secteur, et la région constituait l'une des rares planches de salut du secteur depuis 2024, l'intermédiaire financier évaluant la croissance autour de 6 à 8%.
Par ailleurs, plus le conflit dure, plus des effets de second ordre risquent de survenir.
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Une opportunité d'achat
"Les répercussions sur le secteur seraient multiples: baisse des voyages (30% des ventes sont réalisées lors de déplacements), diminution des dépenses discrétionnaires en raison de la hausse des prix du pétrole et du gaz, et baisse globale des dépenses due à la perte de confiance des consommateurs, à la crainte des menaces terroristes et au risque accru de récession dans un contexte de troubles géopolitiques persistants", énumérait Bernstein.
Le luxe a donc souffert ces dernières semaines. Au point de devenir suffisamment bon marché pour se positionner en Bourse dessus?
Dans une courte note publiée mardi 24 mars, HSBC souligne que les opérateurs de marché se posent la question.
"La semaine dernière, les actions du secteur du luxe ont enregistré une baisse très nette, et des investisseurs nous ont demandés si cela constituait une opportunité d'achat", écrit la banque sino-britannique.
HSBC reconnaît que les multiples de valorisation peuvent sembler "attrayants". Sur la base des huit actions de sa couverture (Richemont, Kering, Hermès, LVMH, Swatch, Prada, Moncler et Burberry), l'établissement remarque que le secteur s'échange en moyenne 25,2 fois les bénéfices attendus au cours des 12 prochains mois contre une moyenne de long terme de 30,3 fois.
La banque rappelle toutefois que, dans le luxe, la valorisation ne constitue pas un argument suffisant pour se positionner, même si HSBC admet que cette mise en garde peut sonner comme "un disque rayé".
"La vraie question est de savoir si vous pensez que la croissance des ventes est sur le point de s'accélérer", ajoute HSBC.
Vers un premier trimestre difficile pour le compartiment
La "bonne nouvelle" reste que l'établissement s'avère confiant sur ce dernier point. Si la région "Europe Moyen-Orient et Afrique" devrait logiquement afficher des ventes assez timorées, en raison de l'impact du conflit contre l'Iran sur le tourisme, HSBC pense que la dynamique est "solide" aux États-Unis tandis que la Chine "est en train de redresser la barre".
Dans une précédente note publiée la semaine dernière, la banque sino-britannique avait relevé sa prévision d'une progression des ventes en données comparables à 10% pour les États-Unis pour 2026 (contre 7% précédemment), et maintenu un taux de 8% pour la Chine et de 4% pour l'Europe. Sa prévision de croissance mondiale pour l'ensemble du luxe passe à 7% contre 6,5% auparavant.
Les investisseurs risquent toutefois de mettre un peu de temps avant de s'aligner sur l'optimisme de HSBC. Les publications du premier trimestre dans le luxe, qui débuteront le mois prochain, pourraient bien être marquées par un net ralentissement.
Pourtant considéré comme le meilleur élève de la classe, Hermès risque de connaître un sévère coup de frein sur les trois premiers mois de l'année, illustrant les difficultés du secteur.
Vendredi, plusieurs bureaux d'études ont sorti leur calculette. Alors que la société publie régulièrement une croissance proche (ou supérieure à) 10% en données comparables, HSBC s'attend à ce que la progression des ventes en données comparables d'Hermès retombe à 7,6% en données comparables au premier trimestre 2026. La banque invoque des flux touristiques peu élevés, qui pénalisent les dépenses de luxe en France, ainsi que la détérioration de l'activité au Moyen-Orient, en raison évidemment du conflit entre les États-Unis et l'Iran.
Barclays est encore moins optimiste. La banque britannique retient une hausse des revenus en données comparables de 6% sur la période, ce qui serait la plus faible dynamique affichée par la société depuis l'éclatement du Covid.
Barclays écrit que les consommateurs du Golfe devraient voir leurs dépenses baisser d'un tiers sur le trimestre. Ce qui privera plusieurs zones d'importantes dépenses touristiques.
L'établissement anticipe un repli de 1,5% des ventes en France en raison de cet impact, au premier trimestre et une chute de 5% dans la géographie "autres", qui inclut le Moyen-Orient.
Par ailleurs, "nos vérifications de canaux en Chine suggèrent que les grandes marques mondiales sous-performent en matière de reprise des volumes", ajoute Barclays.
Dans une note publiée lundi, Bank of America estimait de son côté que le conflit au Moyen-Orient pourrait retrancher deux points de pourcentage de croissance à l'ensemble du secteur sur le premier trimestre.
