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Concurrence de Temu, taxe sur les petits colis en Europe... Le géant de la mode à petits prix Shein s'apprête à débouler à la Bourse de Hong Kong avec une valorisation qui a fondu de plus de 70% au fil des années

Aujourd'hui à 07:00
Shein devrait arriver à Hong Kong avec une valorisation bien rétrécie

(BFM Bourse) - Le spécialiste de la mode à prix cassés s'apprête à débarquer à la Bourse de Hong Kong avec une valorisation qui serait près de quatre fois inférieure à celle qu'il avait atteint en 2022.

Le spécialiste de la "fast-fashion" Shein est attendu à la Bourse de Hong Kong dans les premiers jours de septembre. Le groupe fondé en Chine en 2012 mais basé à Singapour prévoit de mettre sur le marché 280 millions d'actions à un prix compris entre 47,60 et 49,50 dollars de Hong Kong, en vue de lever près de 14 milliards de dollars de Hong Kong, soit environ 1,8 milliard de dollars.

Sur la base de ces modalités définies pour son entrée en Bourse, la valorisation de Shein s'échelonnerait entre 22 et 27 milliards de dollars. Jeudi, Reuters apportait quelques précisions, sur la base d'informations de deux sources proches du dossier. Selon l'agence de presse, le géant de la mode s’apprêtait à fixer le prix de son introduction en Bourse à un niveau proche du milieu de la fourchette annoncée, ce qui lui permettrait de lever 1,7 milliard de dollars et de valoriser l'entreprise à environ 26,5 milliards de dollars.

Le prix définitif sera annoncé lundi 31 août pour un début de cotation le lendemain. Avec les fonds levés, Shein compte financer ses capacités technologiques et renforcer sa présence internationale.

De nombreux contre-temps pour Shein

L'arrivée de Shein en Bourse aura donc connu de nombreux retards à l'allumage. Le 20 août, le spécialiste de la mode très éphémère avait pris la décision de décaler de quelques semaines cette opération en raison d'un retard dans la constitution du carnet d'ordres , rapportait Reuters.

Cet épisode n'aura été que la continuité de nombreux contre-temps pour Shein. Avant d'opter pour Hong Kong, le groupe chinois s'était fait recaler à New York puis à Londres, à chaque fois pour des questions réglementaires. Dans le premier cas, les autorités boursières américaines avaient froncé des sourcils.

Dans le second, Shein avait obtenu les autorisations de la Financial Conduct Authority (FCA), le gendarme britannique de la Bourse, pour pouvoir entrer sur la cote londonienne. Mais le feu vert de la Commission chinoise de régulation des valeurs mobilières (CSRC) n'est lui jamais venu.

Ce long processus a privé le groupe de la fenêtre de tir optimale pour débarquer en Bourse. Et a pesé sur la valorisation qui a, a priori, fondu. Une levée de fonds réalisée en 2022 évaluait en effet la société autour de 100 milliards de dollars, selon plusieurs médias américains.

La dernière estimation de valorisation est également inférieure aux 30 à 40 milliards de dollars que Shein visait au début du mois, peu après le lancement de ses rencontres avec les investisseurs, a rapporté Reuters le 4 août.

Une réduction de 70%

En visant une valorisation de près de 27 milliards de dollars, Shein se dirige donc vers une introduction en Bourse au rabais. Alors pourquoi Shein vaut-il tellement moins qu'il y a quatre ans ?

"Une partie de la réponse est que 2022 a été une période exceptionnellement favorable pour valoriser une entreprise en ligne en forte croissance. La pandémie avait accéléré le commerce électronique, l'argent était bon marché et les investisseurs étaient prêts à payer lourdement pour la croissance", remarque Charu Chanana, Chief Investment Strategist chez Saxo Bank.

Or, depuis 2022, Shein a en effet dû composer avec un grand nombre de vents défavorables qui ont obéré ses comptes et pu plomber sa valorisation. Le décor de 2026 est donc bien différent avec un environnement de marché plus exigeant.

Les consommateurs sont beaucoup moins enthousiastes qu'auparavant à l'égard de cette enseigne de mode à petits prix. La croissance du géant chinois a ralenti, notamment aux Etats-Unis, relève Charu Chanana.

Elle note aussi que la plateforme a terminé le premier trimestre 2026 dans le rouge, avec 99 millions de dollars de pertes, et qu'elle reconnaît ne plus pouvoir garantir à ses futurs actionnaires la croissance de ses débuts.

La société a expliqué avoir pâti des coûts liés à la fin des exemptions "de minimis" aux États-Unis. Jusqu'à l'an passé, les colis d'une valeur inférieure à 800 dollars bénéficiaient d'une exonération de droits de douane. La fin de cette exemption a logiquement frappé Shein, dont le modèle reste de proposer des vêtements à prix cassés.

De même, l'Europe, qui représente un tiers des revenus de Shein, a décidé d'introduire au 1er juillet une taxe de trois euros sur les colis dont le prix est inférieur à 150 euros. Et les effets de cette taxe sont déjà bien visibles puisqu'elle décourage les consommateurs à faire leurs achats sur Shein et consorts.

Les importations européennes ont en effet chuté de 30 à 40%, selon les chiffres dévoilés jeudi 27 août par le ministère de l'Économie. Un coup dur pour Shein dont la croissance qui était encore très vigoureuse il y a peu, a ralenti à 1% au premier trimestre 2026, selon Stifel.

L'intermédiaire financier cite à la fois la fin des exemptions "de minimis" mais aussi l'arrivé à maturité de la mode très éphémère et des pressions exercées par son concurrent chinois Temu.

"L'entreprise, qui perd actuellement de son élan de croissance, a diversifié son modèle économique, mais peine à internationaliser sa chaîne d'approvisionnement en dehors de la Chine", résumait Stifel.

Pour Charu Chanana, Shein n'est plus la même entreprise qu'il y a quatre ans, avec une valorisation amputée de 70%.

Plusieurs défis attendent Shein

La valorisation plus basse rend donc le point d'entrée moins exigeant qu'il y a quatre ans, mais le groupe reste confronté à plusieurs défis, prévient la spécialiste de marché.

Les investisseurs seront attentifs à la croissance des revenus, aux prix et à la demande des consommateurs. Ils scruteront de près les évolutions réglementaires et la capacité de Shein à capter de nouveaux moteurs de croissance, y compris des places de marché tierces et une expansion en dehors de ses marchés traditionnels aux États-Unis et en Europe.

"Le parcours de Shein passant de près de 100 milliards de dollars à environ 27 milliards de dollars américains, rappelle utilement que les valorisations sont en fin de compte liées aux attentes", rappelle Charu Chanana.

"Il y a quatre ans, les investisseurs évaluaient Shein comme l'une des entreprises Internet grand public à la croissance la plus rapide au monde. Aujourd'hui, on leur demande d'évaluer un grand détaillant mondial confronté à une croissance plus lente, des tarifs plus élevés, une concurrence accrue et un contrôle réglementaire bien plus strict", remarque-t-elle.

La valorisation de 100 milliards de dollars appartient désormais à l'histoire. "Ce qui importe pour les investisseurs, c'est de savoir si Shein peut transformer son importante force de frappe en croissance durable et en profits à partir d'ici : et si 27 milliards de dollars constituent le bon prix pour cette opportunité", conclut Charu Chanana.

Sabrina Sadgui - ©2026 BFM Bourse
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