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Comment le courtier Robinhood se retrouve piégé par l'affaire GameStop

vendredi 29 janvier 2021 à 16h53
Robinhood a été contraint de limiter les achats sur GameStop

(BFM Bourse) - Les achats massifs par des boursicoteurs de l'action GameStop sont souvent passés par la plateforme Robinhood. Mais pourtant, ce n'est pas une bonne affaire pour le courtier. Explications.

Tout part d’une communauté de traders amateurs qui se prennent d’intérêt pour une société complètement délaissée en Bourse. GameStop, c’est le distributeur de jeux vidéo à l’ancienne, au travers de boutiques comme MicroMania. Mais aujourd’hui on achète plutôt les jeux en ligne. Et donc GameStop a de plus en plus de mal à gagner de l’argent et son cours de Bourse entre 2015 et 2019 a perdu près de 95% de sa valeur.

Comme cela arrive parfois dans ces cas-là, des petits porteurs, qui s’échangent des tuyaux sur Reddit, ont commencé trouvé la valorisation tellement faible que ça devenait tentant de mettre un billet dessus. Et l’an dernier les évènements leur ont donné raison parce un entrepreneur de l’e-commerce assez connu aux Etats-Unis a racheté une part du capital. Puis GameStop a signé un partenariat avec Microsoft, ce qui a permis une revalorisation du titre qui a triplé en 2020.

Jusque-là c’est une histoire sympathique mais assez classique. Mais certains fonds spéculatifs se sont dits que ce rebond était excessif et ils ont commencé à vendre à découvert GameStop. Vendre à découvert c’est une technique qui permet de faire une plus-value si une action baisse, mais qui est très dangereuse parce que si on s’est trompé, on s’expose à une perte illimitée à mesure que l’action monte.

Là, y a eu une réaction assez inédite d’investisseurs individuels mais aussi d’autres fonds, qui ont décidé d’acheter coûte que coûte jusqu’à faire plier les vendeurs à découvert. Et ils ont réussi. Depuis la mi-janvier le titre a gagné jusqu’à plus de 2000%, et plusieurs fonds spéculatifs comme Melvin Capital et Citron Research ont perdu leur pari avec une addition de plusieurs milliards de dollars.

Robinhood cible des critiques

Mais depuis jeudi, un nouveau rebondissement met en jeu les courtiers en ligne américain, qui avaient jusqu’ici bien profité du mouvement.

Robinhood, créé en 2013, est un courtier qui vous permet d’investir sur des actions ou d’autres produits financiers cotés avec exactement zéro frais. Pour les petits ordres de Bourse c’est génial. Vous misez 500 dollars sur un titre, vous êtes bien inspiré car il grimpe de 20% en quinze jours, vous pouvez revendre et empocher vos 100 dollars de plus-value sans qu’on vous ponctionne de 15 dollars de commission.

Sauf qu’évidemment Robinhood ne vous offre pas les frais de courtage par charité. La firme gagne de l’argent de trois manières. Premièrement, en plaçant la trésorerie qui est sur le compte de ses clients, comme ils en avaient 13 millions fin 2020 mis bout-à-bout c’est déjà une somme. Mais aussi, deuxièmement, par ce qu’on appelle le "margin lending", c’est-à-dire avancer aux clients des fonds pour leur permettre d’investir encore plus en hypothéquant les actions qu’ils possèdent déjà. Et enfin une troisième source de revenus encore plus controversée : ils revendent à des fonds de trading à haute fréquence la possibilité d’exécuter à sa place les ordres que vous avez passé (parce que ces stratégies à haute fréquence nécessitent de pouvoir coordonner un très grand nombre de transactions).

On dit souvent si c’est gratuit, c’est vous le produit. Et c’est sûr que pour économiser quelques dollars à chaque trade, les clients se prêtent en fait à ces pratiques. Réciproquement ça veut dire que la solidité financière de Robinhood dépend étroitement de celle de ses clients. Et face à cette situation ahurissante, des millions de personnes ayant risqué une grosse partie de leur compte de trading sur une société plutôt mal en point, cela a mis le courtier en danger. Parce que si leurs clients se retrouvent en moins-value, que beaucoup ne peuvent pas rembourser les fonds qu’il leur a prêtés pour spéculer "margin call", son propre bilan va imploser. À partir de là Robinhood n'avait pas vraiment de bonne solution : comme tout système qui fonctionne grâce à un fort effet de levier, si ça se retourne, la catastrophe n’est jamais loin. Jeudi, ils ont donc décidé d’interdire toute nouvelle prise de position sur des titres comme GameStop, pour essayer d'arrêter la spéculation avant qu'elle n'aille trop loin et qu'une purge en sens inverse ne balaie ses clients, et le courtier avec.

Sauf que beaucoup jugent que c’est trop facile et qu’il faut que Robinhood assume jusqu’au bout son modèle. Déjà les clients sont fous furieux. La note de l’appli est tombée en quelques minutes au plus bas sur l’Apple Store ou le Play Store de Google. Et des actions en justice ont été intentées. Cela remonte même très haut au niveau politique. C’est le cas à gauche, avec la démocrate Alexandra Ocasio-Cortez, qui a dit qu’il était inacceptable d'empêcher les investisseurs particuliers d'acheter des actions, alors que les professionnels eux y ont toujours accès. Et des élus républicains, une fois n'est pas coutume, ont même joint leur voix à la sienne.

Guillaume Bayre - ©2021 BFM Bourse
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