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Avec l'abandon du rachat de Warner Bros dans le rétroviseur, Netflix livre des prévisions décevantes, annonce le départ d'un dirigeant clef, et plonge de 10% à Wall Street

Aujourd'hui à 15:57
Netflix plonge à Wall Street

(BFM Bourse) - Le spécialiste des services de vidéo à la demande a livré des résultats globalement en ligne avec les attentes au titre du premier trimestre. Mais ses perspectives de revenus et de bénéfices pour les trois mois en cours grippent les investisseurs.

Les résultats du premier trimestre 2026 de Netflix, livrés jeudi soir après la clôture du marché, ont été publiés dans un contexte bien particulier.

Ces comptes sont les premiers communiqués par le spécialiste des services de vidéos à la demande par abonnements ("streaming") depuis que le groupe a renoncé à racheter Warner Bros. Discovery.

Netflix avait jeté l'éponge fin février, refusant de se livrer à une guerre d'enchères face à Paramount Skydance, qui avait relevé à plusieurs reprises son offre rivale.

Les analystes prêtaient de belles vertus à un rapprochement entre Warner Bros. Discovery et Netflix, jugeant que cette opération lui aurait certainement de malmener voire tuer la concurrence. Ce car le groupe aurait alors mis la main sur l'impressionnant catalogue de licences de Warner ("Batman, "Harry Potter", "Game of Thrones") ainsi que sur la plateforme de streaming de streaming HBO Max.

Des résultats en ligne avec les attentes

"La création d'une franchise comme 'Harry Potter' nécessite beaucoup de temps et d'investissements. L'achat d'une telle franchise permettrait un engagement immédiat et peu risqué, et offrirait un potentiel de croissance important grâce à des reboots (nouvelle version d'une série de films, NDLR), des préquelles ou d'autres extensions de la franchise", soulignait l'an passé Bank of America.

Les investisseurs, eux, se montraient prudents, redoutant que Netflix, dont l'historique en matière de fusions-acquisitions est famélique, surpaie la transaction.

Le soulagement du marché a été palpable lorsque la société a annoncé qu'elle renonçait à ce rachat. Le titre Netflix avait alors bondi de près de 14% sur une séance.

Désormais, la société co-dirigée par Greg Peters et Ted Sarandos, se reconcentre sur ses fondamentaux.

"À notre avis, la stratégie de Netflix reviendra à la "normale", ce qui, en termes pratiques, se traduit par une croissance organique (hors acquisitions, NDLR) , l'investissement dans le contenu et le développement de leur activité publicitaire relativement nouvelle", soulignait début avril Bank of America.

La copie rendue par la société au titre des trois premiers mois de son exercice 2026 montre toutefois que le marché ne lui pardonne pas pour autant le moindre écart.

L'action Netflix dévisse de 10%, à la Bourse de New York vers 16h à la suite de ces annonces. Dans les faits, les chiffres du premier trimestre s'avèrent en ligne avec les attentes, remarque Citi.

De janvier à fin mars, le groupe a dégagé une croissance de ses revenus de 16% en données publiées et de 14% en données comparables hors effets de changes à 12,25 milliards de dollars.

La marge opérationnelle est ressortie à 32,3% contre 31,7% un an plus tôt, tandis que le bénéfice par action, un indicateur très suivi à Wall Street, a quasiment doublé pour atteindre 1,23 dollar.

Prévisions décevantes et objectifs seulement maintenus

Le bât blesse en réalité du côté des perspectives pour le trimestre en cours. Netflix a indiqué viser une croissance de 13,5% en données publiées et de 12% hors effets de changes pour des revenus situés aux alentours de 12,57 milliards de dollars.

Le résultat opérationnel est lui attendu à 4,11 milliards de dollars, la marge correspondante à 32,6% et le bénéfice par action à 78 cents.

Les prévisions de Netflix manquent le coche. Citi souligne que la cible de chiffre d'affaires ressort inférieure de 1% au consensus (la prévision moyenne des analystes), le résultat opérationnel le rate de 5% et le bénéfice par action 7%.

Par ailleurs, la société a réitéré ses objectifs annuels, à savoir des revenus compris entre 50,7 milliards et 51,7 milliards de dollars et une marge opérationnelle de 31,5%.

Or, Citi rappelle qu'à la suite de l'abandon du rachat de Warner, "les investisseurs soupçonnaient que Netflix pourrait augmenter ses rachats d'actions et relever ses prévisions de marge pour l'exercice 2026, qui incluaient 50 points de base (0,5 point de pourcentage, NDLR) de dépenses liées aux fusions et acquisitions". Rien de tout cela ne s'est donc produit.

"Le marché espérait probablement un relèvement des prévisions pour l'année complète, étant donné que les hausses de prix de mars ont constitué une surprise, apparemment rendues possibles une fois que l'acquisition de Warner Bros. Discovery a échoué", abonde Matthew Dolgin de Morningstar.

La société a passé de nouvelles hausses de prix aux États-Unis fin mars, le deuxième relèvement de tarifs en trois ans. Si le marché attendait un tel mouvement, le groupe l'a effectué plus tôt qu'anticipé par les investisseurs, écrivait en avril Bank of America.

Le départ de Reed Hastings pèse

"Étant donné les préoccupations générales concernant l'engagement (c'est-à-dire la capacité du groupe à maintenir le temps passé sur sa plateforme par ses abonnés, NDLR) au cours des 12 à 18 derniers mois, nous considérons ces augmentations comme une validation de la confiance de Netflix dans sa force et sa durabilité sous-jacentes. Cela renforce notre point de vue sur la capacité de la direction à stimuler la croissance de l'ARPU (le revenu moyen par utilisateur, NDLR) même à une échelle mondiale significativement plus importante", jugeait néanmoins Bank of America.

Au passage, Netflix a annoncé le départ de son cofondateur et président du conseil d'administration, Reed Hastings, qui quittera le groupe en juin.

"Avec un double coup dur de résultats médiocres et le départ d’une figure clé, il n’est pas surprenant que les investisseurs réduisent leurs positions", tranche auprès de Bloomberg, Ben Barringer, directeur de la recherche sur le secteur technologique chez Quilter Cheviot.

Après l'échec du rapprochement avec Warner, "ce n’est pas exactement ce à quoi nous nous attendions de la part de Netflix, ni ce à quoi nous nous sommes habitués", a-t-il ajouté.

"C'était une annonce inattendue car Hastings est considéré comme l'ADN de l'entreprise. Sa vision a changé la façon dont le monde regarde la télévision, et son style de leadership perturbateur a été une leçon pour la culture d'entreprise américaine de ce siècle", tranche Kathleen Brooks, de XTB.

"Le départ de Hastings de Netflix a secoué les investisseurs à un moment intéressant pour l'entreprise. Après s'être retiré de la course pour acheter Warner Bros, Netflix peut garder son bilan solide et flexible, mais elle fera également face à une concurrence plus forte de la part d'un Paramount plus musclé", conclut-elle.

L'analyste de marché juge toutefois la baisse de l'action "exagérée", ce vendredi.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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