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Alors que les prix du pétrole grimpent avec le conflit en Iran, voici les enseignements du précédent choc de 2022 pour les résultats (et les actions) des groupes européens

Aujourd'hui à 07:00
Qu'attendre des résultats des entreprises européennes pour le choc pétrolier?

(BFM Bourse) - Goldman Sachs a, dans une note, tiré les enseignements liés à la hausse des cours du pétrole de 2022-2023 pour tenter d'en déduire ce qui peut arriver cette année sur les résultats des entreprises européennes.

Le conflit en Iran a propulsé les cours du pétrole. Depuis l'éclatement de la guerre en Moyen-Orient, le baril de Brent s'est envolé, passant de moins de 73 dollars à 119 dollars, avant de refluer pour se situer actuellement autour de 110 dollars (*).

Les investisseurs redoutent d'importantes perturbations prolongées sur l'offre alors que plusieurs pays producteurs d'or noir ont coupé leur production et que le trafic dans le détroit d'Ormuz, par lequel transite l'équivalent de 20% de la consommation quotidienne de pétrole, est quasiment à l'arrêt depuis maintenant plus de deux semaines.

Les marchés eux redoutent une "stagflation", c'est-à-dire une configuration où les économies développées sont confrontées à la fois à un ralentissement de la croissance et à une inflation galopante.

Cette situation n'est pas sans rappeler le début de la guerre en Ukraine, fin février 2022, et les mois qui ont suivi. Les perturbations sur les chaînes logistiques et les sanctions prononcées par les pays occidentaux à l'encontre de la Russie avaient entraîné un bond des cours de pétrole. Le Brent était alors passé de 80 dollars le baril à un pic de 128 dollars le 8 mars, provoquant par la suite une inflation relativement persistante, notait Deutsche Bank.

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Une grande résilience en 2022 et 2023

La comparaison avec la situation de 2022-2023 a ses limites, certes. Comme le soulignait Deutsche Bank, une différence clef réside dans le fait que le marché ne croit pas à un conflit long. La structure des contrats à terme sur le pétrole l'illustre. Si le contrat à l'échéance le plus proche sur le Brent cote autour de 97 dollars le baril, celui à un an (mars 2027) retombe à 77 dollars le baril. Le contrat à terme de douze mois dépassait les 100 dollars le baril en 2022, rappelle la banque allemande.

Toutefois, l'épisode suivant l'éclatement de la guerre en Ukraine permet de dégager quelques enseignements pour anticiper les résultats des entreprises européennes, cette année.

Dans une récente note, Goldman Sachs a examiné comment les comptes des groupes membres de l'indice paneuropéen Stoxx Europe 600 s'étaient comportés en 2022-2023.

Leur conclusion est assez simple: les grandes sociétés cotées du Vieux continent avaient fait preuve de résilience sur la période. Leur bénéfice par action avait grimpé de 20% en 2022 avant de se stabiliser en 2023 avec un repli limité à 2%.

Goldman Sachs liste plusieurs facteurs expliquant cette résilience. Tout d'abord une question de timing a joué. "La reprise post pandémique et l'allègement des goulets d'étranglement dans les chaînes d'approvisionnement ont provoqué une hausse des bénéfices dans les secteurs de l'automobile, de la chimie et d'autres industries auparavant contraintes (sur la production, NDLR)", souligne l'intermédiaire financier.

La chute de l'euro face au dollar, qui était brièvement passé sous les 1 euro pour un dollar, a apporté un vent favorable. Selon Goldman Sachs, 55% des revenus des groupes européens sont générés à l'étranger et une large partie d'entre eux sont libellés en dollars. Les chiffres d'affaires dégagés en dollars, une fois convertis en euros, ont donc été plus élevés ce qui a mécaniquement gonflé les comptes des sociétés.

De plus, "les entreprises ont bénéficié d'un 'pricing power' exceptionnellement fort", explique Goldman Sachs. "L'épargne élevée des consommateurs et des marchés du travail très tendus ont permis aux entreprises de répercuter les hausses de coûts plus rapidement que d'habitude --un soutien qui est aujourd'hui moins fiable", ajoute la banque.

Par ailleurs, Goldman Sachs explique que la physionomie des résultats des entreprises européennes cotées n'est pas la même que celle de l'économie au sens large.

"D'un point de vue des revenus, l'Europe est dominée par l'énergie (les groupes pétroliers notamment, NDLR) et les 'utilities' (les producteurs et distributeurs d'électricité et ou de gaz, comme Iberdrola, Engie ou RWE, NDLR) et non par l'automobile et la chimie" alors que c'est l'inverse qui est vrai "pour l'emploi, le PIB et l'attention politique", écrit la banque américaine.

Or les groupes pétroliers ont été les grands gagnants de 2022 en matière de résultats, suivis en 2023 des banques qui avaient alors bénéficié de l'envolée des taux d'intérêt.

Rebelote en 2026-2027?

Qu'en sera-t-il pour 2026-2027? Goldman Sachs s'attend à ce que les bénéfices des entreprises européennes se montrent encore une fois résilients. Le conflit au Moyen-Orient pourrait se traduire par de plus importants bénéfices dégagés par le secteur pétrolier, une nouvelle baisse de la livre et de l'euro face au dollar, et une inflation plus élevée, soit autant de facteurs qui tirent mécaniquement à la hausse les bénéfices.

Certes, le marché du travail est en moins bonne santé qu'en 2022-2023 et les consommateurs auront moins de faculté à absorber les répercussions de hausses des coûts des entreprises sur les prix.

Toutefois la répartition sectorielle des bénéfices agrégés du Stoxx Europe 600 a changé avec moins de dépendance à des secteurs sensibles aux prix des hydrocarbures (chimie, automobile) et davantage à des compartiments qui résistent voire bénéficient du conflit en Iran (défense, pétrole, énergie, industrie).

"De plus, bien que le marché du travail puisse être plus faible maintenant qu'en 2022/23 à la sortie de la pandémie, les ménages conservent toujours un important coussin d'épargne et les ratios richesse/revenu restent élevés", explique Goldman Sachs.

In fine la banque anticipe une progression de 5% des bénéfices par actions des entreprises européennes cette année, certes moins que le consensus (la prévision moyenne des stratégistes), qui retient une progression de 11%, mais toujours nettement positive.

Goldman Sachs prévient toutefois: résilience des bénéfices et résilience boursière ne vont pas forcément de pair.

Les actions européennes ne sont plus aussi bon marché que par le passé et sont donc davantage vulnérables à une correction boursière. Les titres européens s'échangent actuellement autour de 14,8 fois les bénéfices attendus sur douze prochains mois, contre 10,3 fois en 2022.

De plus, "les flux et le positionnement des investisseurs européens restent très sensibles à la confiance dans les perspectives économiques, si les ménages perçoivent des risques croissants et des coûts énergétiques plus élevés à un moment où le marché du travail pourrait ne pas être aussi solide qu'il l'était à la sortie de la pandémie, ils pourraient être moins enclins à allouer progressivement des fonds aux actions", élabore Goldman Sachs.

Dans ce contexte la banque américaine recommande de privilégier les valeurs défensives, notamment la défense et les groupes d'infrastructures, qui incluent les énergies renouvelables, ou encore les banques.

(*) À la clôture européenne de vendredi.

Julien Marion - ©2026 BFM Bourse
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