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Le patron "techno-gourou" de SoftBank Group a-t-il perdu son flair légendaire ?

dimanche 29 septembre 2019 à 08h00
Masayoshi Son aurait-il perdu son flair légendaire ?

(BFM Bourse) - Réputé pour être le financier le plus couru de la Silicon Valley, le PDG de SoftBank Masayoshi Son accumule les déboires en 2019. Après ceux d'Uber ou Sprint, c'est maintenant WeWork -dont le groupe japonais- est le premier actionnaire qui renonce à s'introduire en Bourse. De quoi jeter le doute sur l'inspiration de l'homme d'affaires nippon.

Le vent serait-il en train de tourner pour Masayoshi Son, l'homme le plus riche du Japon ? Il y a quelque temps, lors d'une conférence de presse, le milliardaire était dithyrambique: WeWork, qui offre des lieux de travail partagés, était révolutionnaire, selon lui, "et tous les employés de SoftBank Group allaient travailler dans des espaces WeWork". Pour le moment, tel n'est pas le cas et WeWork, qui prétendait un temps peser 47 milliards de dollars, est loin d'être dans une forme susceptible de justifier un tel enthousiasme.

Sa maison-mère américaine, The We Company, a dû différer son entrée en Bourse. Des doutes ont émergé sur son modèle économique, sa gouvernance et sur le comportement de son fantasque patron, Adam Neumann, qui vient d'être écarté.

Pour certains observateurs, c'est justement Masayoshi Son qui a contribué à surévaluer WeWork en y injectant 10,6 milliards de dollars (sur les 12 milliards de dollars levés par le groupe new-yorkais). Pour d'autres, c'est lui le pompier qui a finalement éteint l'incendie à temps et contribuer à un retour à la juste raison, en exigeant et obtenant le départ d'Adam Neumann.

"Le maillon faible"

"WeWork est un cas particulier: ses dirigeants la présentent comme une firme technologique, alors que c'est plutôt une société immobilière. C'est le maillon faible du portefeuille d'investissement de SoftBank", tranche Marc Einstein, analyste spécialiste des technologies au sein de la société ITR à Tokyo.

Certes, mais des revers, Masayoshi Son en a connu d'autres, notamment avec son investissement dans Uber, dans le rouge à cause de dépenses qui explosent pour se démarquer de la concurrence. Ou avec Sprint, opérateur américain dont il a de facto décidé de céder le contrôle en l'engageant dans une fusion avec T-Mobile.

Par ailleurs, la proximité de l'homme d'affaires avec l'Arabie saoudite, qui lui a confié indirectement une partie de la gestion de son énorme fonds souverain, est devenue gênante après l'affaire retentissante du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre 2018, que Riyad est soupçonné d'avoir commandité.

Mordu d'informatique, qui gérait et commercialisait initialement une banque de logiciels, Masayoshi Son est désormais la première fortune et l'entrepreneur le plus iconoclaste et charismatique du Japon. "On dit depuis le départ que je prends trop de risques, mais la réalité est que nos actifs dépassent largement notre passif", se plaît-il à répéter.

Parmi ses faits d'armes, "il a vu le potentiel du géant du commerce chinois Alibaba des décennies avant tout le monde", rappelle Marc Einstein. L'investissement dans Alibaba constitue en effet l'un des coups de maître du fondateur de SoftBank, qui a vu sa mise de départ (20 millions de dollars) passer à plus de 50 milliards de dollars grâce à la flambée de l'action du groupe.

"Un joueur"

Ces chiffres qui donnent le vertige représentent un risque pour SoftBank Group, qui pilote de gigantesques fonds financiers (SoftBank Vision Fund, Delta, SoftBank Vision Fund 2) dont le total dépasse 200 milliards de dollars. Et Masayoshi Son, qui mène l'ensemble, l'avoue parfois en conférence de presse: l'argent lui brûle les doigts. "La taille et le rythme de ses investissements soulèvent la question de savoir s'il a porté une attention particulière aux habituels indicateurs de valorisation", s'interroge ainsi Barry Ritholtz, éditorialiste de Bloomberg.

"C'est un joueur. Mais il a tellement d'argent qu'il peut miser sur 100 entreprises, peu importe si une ou deux seulement réussissent", nuance Marc Einstein.

Reste que la plupart des observateurs sont d'accord sur un point: le milliardaire japonais d'origine coréenne connaît son secteur, et même s'il a parfois une vision de l'avenir technologique proche de la fiction transhumaniste, quelques échecs ne signent pas sa fin. "Je ne pense pas que les investissements de SoftBank Group consistent à réaliser des bénéfices dans six mois ou dans un an", insiste Tomoaki Kawasaki, analyste d'Iwai Cosmo Securities.

"Fondamentalement, le scénario selon lequel SoftBank Group embrasse toutes les sociétés prometteuses du monde entier, en particulier dans le domaine de l'intelligence artificielle, n'a pas changé. Parmi les chefs d'entreprise japonais, peu de gens essaient de se projeter dans l'avenir et de l'accompagner. Lui joue ce rôle", renchérit Makoto Sengoku de Tokai Tokyo Research Centre.

(avec AFP)

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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