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Nicolas Chéron : Assistons-nous à un retournement de moyen terme en Europe?

Nicolas ChéronNicolas Chéron
Nicolas Chéron

Responsable de la Recherche Marchés pour Binck.fr Nicolas Chéron est diplômé d'un Bachelor of Business Administration (BBA) en Marketing & Management International obtenu à l’EDHEC Business School. Il a commencé sa carrière en 2008 en rejoignant ZoneBourse en tant que Co-responsable de l'équipe recherche. En 2010, Nicolas Chéron intègre …Lire la suite

(Tradingsat.com) - L’indice directeur américain, le S&P500, évolue à moins de 1% de son record historique du 7 novembre 2017 à 2 597 points, et pourtant, le CAC40 vient d’enchaîner une séquence de 6 séances consécutives de baisse. Comment justifier un tel écart ? Assistons-nous à un retournement de moyen terme en Europe ? D’autres raisons pourraient-elles expliquer ce puissant décalage ? Voyons ici des éléments de réponse à ces questions.

A la lueur de la surperformance des indices américains sur leurs homologues européens, les investisseurs se demandent souvent la raison d’un tel gap. Depuis le début de l’année, le CAC40 gagne 9,3% (au 14 novembre 2017) alors que le S&P500 caracole en hausse de 17,5%. Or, cette différence s’explique aisément par des fondamentaux contrastés. Ci-dessous, un graphique qui vaut mieux qu’un long discours. Il s’agit de la comparaison entre la croissance des marges des sociétés aux USA et en Europe. Notez à quel point l’écart s’est creusé entre les deux zones économiques depuis la crise de 2008, raison pour laquelle les entreprises américaines sont fortement recherchées par les opérateurs et donc mieux valorisées.

Source : UBS, données Reuters, au 31 octobre 2017

S&P500 depuis juin 2014 : une solidité à toute épreuve

Force est de constater que les Etats-Unis sont actuellement dans un cercle vertueux encore plus impressionnant qu’en Europe. Les sociétés technologiques enregistrent des gains de valorisations qui dépassent le PIB de certains Etats, les profits des entreprises sont sur des records avec des niveaux de marge élevés, le taux de chômage est au plus bas depuis 16 ans tout comme les inscriptions au chômage qui sont, elles, au plus bas depuis 1973. L’expansion économique en cours dure depuis près de 100 mois, soit la 3ème la plus longue de l’histoire, tandis que l’indice ISM manufacturier est au plus haut depuis 13 ans tout comme la confiance des consommateurs au plus haut depuis 17 ans. Le tout est couronné par des espoirs de réforme fiscale historique et de dérèglementation du secteur bancaire…

Evidemment, il ne faudra pas que l’administration de Donald Trump échoue sur ces points cruciaux. Mais pour l’instant, le marché y croit, expliquant ainsi la solidité à toute épreuve matérialisée par les indices américains ces derniers mois.

Graphique hebdomadaire du S&P500 depuis juin 2014. Source : Prorealtime, au 14/11/17

A moyen terme, il est indéniable que le marché américain est ancré dans une des tendances haussières les plus puissantes de son histoire. Le S&P500 a démarré un rallye dantesque dont la performance dépasse les 40% depuis le point bas des marchés mondiaux en février 2016. Ne serait-ce que depuis l’élection de Donald Trump en novembre dernier, il a gagné plus de 20% en quasi ligne droite en étant quasi imperturbable. Techniquement, la tendance haussière en cours peut être matérialisée par une simple oblique (ici en vert) passant actuellement aux abords du seuil psychologique des 2500 points, soit 3% sous les cours actuels. En d’autres termes, la hausse n’est peut-être pas terminée, et seule une rupture de cette ligne de tendance pourrait potentiellement changer la donne d’ici la fin de l’année.

CAC40 : une baisse en trompe l'œil

Basculons cette fois en Europe, avec notre indice phare, le CAC40 et un graphique de court terme afin de mieux apprécier et tenter d’expliquer la baisse récente des cours. Il apparait également plus opportun de ne pas comparer l’incomparable en superposant le CAC40 avec le SP500 en données hebdomadaires, puisque l’indice français ne comprend pas le réinvestissement des dividendes dans son calcul. Pour cela, il est préférable d’utiliser le CAC40 GR (growth return).

Graphique journalier du CAC40 depuis le 11 août 2017. Source : Prorealtime au 14 novembre 2017

Depuis le point bas du 29 août dernier, le CAC40 gagne un peu plus de 6%. Exactement comme le S&P500 sur la même période. Il semblerait que la baisse en cours engendre un effet d’optique donnant l’impression aux opérateurs que l’indice français perd pied et que sa configuration de moyen terme se dégrade et pourtant, il n’en est rien.

Il faut savoir que les excès en bourse sont généralement corrigés… par des excès. Or, suite à la réunion de la Banque Centrale Européenne (BCE) du 26 octobre dernier, le CAC40 s’était totalement désynchronisé des indices américains, faisant cavalier seul à la hausse et inscrivant au passage un nouveau record annuel au-dessus de ses plus hauts de mai dernier à 5440 points. Ce qui historiquement ne dure jamais très longtemps. L’engouement des investisseurs suite à l’allongement du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE aurait donc pu engendrer une distorsion passagère, rapidement corrigée notamment par les algorithmes et programmes de trading.

A notre avis, il ne convient pas de parler de peur sur les marchés actuels, car les indicateurs de risque que sont l’or ou le VIX ne décalent pas fortement à la hausse. Le VIX a beau gagner 30% en quelques séances, il n’en reste pas moins non loin de ses plus bas historiques, en zone de complaisance (sous les 16 points). Les indices américains stabilisent et pourraient même entamer une respiration, mais rien n’indique que ces derniers vont fortement chuter dans les séances/semaines à venir.

En d’autres termes, sur le CAC40, une correction est en cours. Une zone de soutien graphique clé apparaît entre 5180 et 5250 points, correspondant à de nombreux gaps laissés ouverts ainsi qu’à un retracement de Fibonnaci correspondant à 61.8% de la dernière vague haussière. Aller chercher ces niveaux de prix n’aurait donc rien d’étonnant et ne remettrait pas forcément les perspectives haussières de moyen terme en question pour autant. Un élément pourrait jouer le trouble-fête dans ce scénario : l’euro, qui reprend du terrain à la hausse ces dernières séances.

Nicolas Chéron
Responsable de la recherche marchés pour Binck.fr
Suivez-nous sur Twitter : @BinckFR et @NCheron_bourse

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