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Volkswagen : Pourquoi l'entrée en Bourse de Porsche risque de ne pas être si rutilante

dimanche 11 septembre 2022 à 07h00
Porsche roule vers son indépendance

(BFM Bourse) - Volkswagen a confirmé cette semaine l’introduction en Bourse de sa marque de luxe, qui devrait être effective avant la fin de l’année. Mais cette opération si importante survient à un moment délicat en termes de conditions de marché.

Porsche s’apprête à prendre la route en Bourse. Sa maison-mère Volkswagen a, à l’issue d’un conseil de surveillance tenu dans la nuit de lundi à mardi, a confirmé et précisé le projet de cotation à part du constructeur de la célèbre 911.

L'intention de cotation ("intention to float"), première étape de l’introduction en Bourse (IPO), devrait être achevée début fin septembre ou début octobre et l’opération devrait être finalisée avant la fin de l’année.

Porsche serait ainsi cotée à Francfort et rejoindrait les autres groupes automobiles de luxe cotés Ferrari et Aston Martin, qui étaient respectivement entrés à la Bourse de Milan et de Londres en 2016 et 2018.

La plus grosse IPO en Europe depuis 1999

L’opération doit à la fois permettre de cristalliser la valeur de la marque mythique, le marché ayant pour habitude d’accorder des multiples plus généreux à des activités séparées. Pour Volkswagen, une cotation de Porsche permettra de lever des financements pour financer sa transition vers l’électrique…et rémunérer ses actionnaires. Le groupe prévoit ainsi de distribuer 49% du produit brut de l’émission en dividende exceptionnel à ses porteurs, sous réserve du feu vert d’une assemblée générale extraordinaire.

Selon des sources citées par Bloomberg, Volkswagen a testé l’appétit du marché, avec des investisseurs de renom parmi les principaux intéressés, comme le fonds souverain du Qatar ou encore le fondateur de Red Bull, Dieter Mateschitz, et le PDG de LVMH, Bernard Arnault. Selon Blooomberg, Porsche pourrait être valorisée entre 60 milliards et 85 milliards d’euros. En retenant la partie haute de cette fourchette, l’entrée de Porsche à Francfort constituerait la plus importante introduction en Bourse en Europe depuis 2019, d’après Refinitiv.

En comparaison, la capitalisation boursière de Volkswagen s’élève actuellement à 86 milliards d’euros. Tesla, de son côté, pèse près de 10 fois plus, avec une capitalisation de 905 milliards d’euros, et s’échange plus de 100 fois les bénéfices attendus cette année, contre 4,3 fois pour Volkswagen et 40 fois pour Ferrari.

Des conditions de marché difficiles

L’introduction en Bourse de Porsche survient surtout à un moment très peu propice. Le compartiment automobile en Europe souffre depuis plusieurs semaines. Sur un mois l’indice sectoriel européen Stoxx Europe 600 and Parts perd autour de 7%, et chute même de 21% depuis le début janvier. Cette baisse n’a pas épargné Ferrari et Aston Martin, qui perdent respectivement 13,3% et 66% depuis le début de l’année, ou même Tesla, en baisse de près de 28% sur la même période.

"Le timing n’est clairement pas idéal pour une introduction en Bourse, 2022 n’est, contrairement à 2021, pas l’année de l’euphorie boursière ni des IPO, et les chiffres de valorisation qui circulent sur Porsche me semblent très optimistes, malgré la qualité de la société", explique un analyste spécialiste du secteur automobile. "Ils auraient certainement plus de chances d’atteindre cette fourchette de 60 milliards à 85 milliards l’an prochain dans un contexte probablement moins risqué".

Les raisons pénalisant les valeurs automobiles en Bourse, des titres cycliques par nature, sont nombreuses. "Vous avez la hausse des taux d’intérêt [qui pèse sur la demande, NDLR], le ralentissement économique de la Chine, les craintes d’une récession aux Etats-Unis l’an prochain auxquels s’ajoutent les difficultés propres au secteur, comme l’approvisionnement en semi-conducteurs et la hausse des matières premières", développe l’analyste.

Une élection régionale

A ces difficultés se superposent les incertitudes sur l’approvisionnement en gaz en Allemagne, après la fermeture de Nord Stream 1, qui font craindre des restrictions voire des rationnements auxquels le secteur automobile serait très probablement exposé. Lundi, l’annonce de la fermeture du gazoduc par Gazprom a laminé l’ensemble des valeurs automobiles européennes.

"Le timing n’est pas idéal", abonde la banque Stifel. Le bureau d'études souligne également que la date prévue du lancement de l’IPO se situe quelques jours avant les élections régionales de Basse-Saxe, le 9 octobre. "Ce qui pourrait déclencher des changements au sein du conseil de surveillance de Volkswagen et donc potentiellement apporter une incertitude sur le soutien à l'introduction en Bourse", explique l’établissement.

La Basse-Saxe, une région allemande, est le deuxième actionnaire du groupe avec 20% des droits de vote et 11,8% du capital. Stifel pense toutefois que l’opération devrait être menée à son terme, malgré ce contexte délétère.

Cité par Reuters, le président du directoire de Porsche, Oliver Blume, a lui jugé mardi que l’introduction en Bourse de sa société pourrait donner un coup de fouet à un marché qui manque d’opportunité intéressante. "Il y a beaucoup de capitaux sur le marché. Nous pensons que l'IPO de Porsche pourrait briser la glace", a-t-il assuré.

Le dirigeant a ensuite enfoncé le clou, jeudi, lors d'une interview accordée à Reuters. "Malgré les conditions du marché, l'intérêt est énorme. C'est un grand succès", a-t-il assuré.

Des questions sur la gouvernance

Par ailleurs la structure de l’opération, notamment en terme de gouvernance, peut faire froncer les sourcils, souligne Stifel. La famille Piëch, descendante de Ferdinand Porsche, fondateur de Volkswagen, va prendre une participation importante de Porsche via sa holding Porsche SE (à ne pas confondre donc avec Porsche AG, le constructeur automobile) à hauteur de 25% +1 unité des actions ordinaires, soit une minorité de blocage. Rappelons que le capital de Porsche sera divisé pour moitié en actions préférentielles (avec un dividende renforcé mais sans droit de vote) et en actions ordinaires pour l'autre moitié.

Or, Porsche SE possède 31,4% du capital de Volkswagen et 53,3% des droits de vote. Autrement dit, la famille Piëch contrôle un groupe qui va lui vendre une importante participation de sa filiale. Et Hans Dieter Pötsch cumule à la fois le poste de président du conseil de surveillance de Volkswagen et de président du directoire de Porsche SE...

"Il pourrait y avoir un risque que Volkswagen vende Porsche AG trop bon marché, ce qui serait négatif pour [l’action] Volkswagen et positif pour Porsche SE [également cotée à Francfort, NDLR]", souligne Stifel. Les fuites de Bloomberg sur la valorisation ont toutefois rassuré la banque qui juge que Volkswagen pourrait bénéficier le plus de la transaction, in fine.

A l’issue d’une longue bataille boursière qui avait commencé en 2008, Volkswagen avait fini par racheté Porsche AG à 100%, après que ce dernier a lui-même tenté d’avaler son concurrent allemand. Près de 15 ans plus tard, Porsche SE deviendra donc le plus grand actionnaire du groupe automobile dont il partage le nom…

[Note: les cours et éléments de valorisation ont été arrêtés vendredi en début d'après-midi]

Julien Marion - ©2022 BFM Bourse
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