(BFM Bourse) - L'ensemble des groupes cotés du secteur ont été secoués par le conflit en Iran, couplé à un Nouvel An chinois a priori mitigé. La croissance du secteur est attendue en ralentissement par rapport au quatrième trimestre 2025. Les analystes veulent toutefois croire à une reprise sur les mois suivants.
Les groupes de luxe français, secteur phare de la Bourse de Paris, rendront la semaine prochaine leurs copies. LVHM dévoilera dès lundi soir, après la clôture du marché, ses revenus du premier trimestre 2026. Hermès suivra mercredi, puis Kering lui emboîtera le pas, jeudi.
Vendredi dernier, le groupe italien Brunello Cucinelli a été le premier à communiquer ses ventes aux investisseurs, publiant une croissance supérieure aux attentes.
Le compartiment traverse actuellement un trou d'air boursier. Le luxe avait déjà commencé à perdre de son lustre dès 2024. Le début de l'année en cours a accentué la pression boursière qui s'exerçait depuis plusieurs trimestres.
Depuis le 1er janvier, l'indice paneuropéen Stoxx Europe Luxury 10 chute de 15,6%, plus, par exemple, que le CAC 40 qui prend 1,35% sur la même période.
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La saison des résultats annuels, de janvier à mars, s'était avérée mitigée, avec des satisfactions (Hermès, Kering) et des déceptions (LVMH, Richemont).
Surtout, le compartiment a été malmené par l'éclatement du conflit au Moyen-Orient. Cette guerre a plombé les ventes de la clientèle du Golfe sur le mois de mars, une clientèle qui a constitué l'une des rares planches de salut du luxe depuis 2024.
"Le Moyen-Orient a été la région qui a connu la croissance la plus rapide au cours de l'exercice 2025, avec une croissance organique (hors effet de changes et de périmètre, NDLR) de +6/8% dans un secteur stable. Cela s'explique à la fois par l'hyper-tourisme, mais surtout par la force des particuliers fortunés locaux", soulignait récemment Berstein. L'intermédiaire financier estime que cette zone pèse à hauteur d'environ 6% des dépenses de luxe mondiales.
L'optimisme s'est évaporé
Non seulement la guerre dans la région a évidemment supprimé une partie des ventes au Moyen-Orient, mais la baisse du trafic aérien a obéré les dépenses de la clientèle du Golfe en Europe, a fortiori en France. Pour cette raison, dans une note consacrée à Hermès, Barclays estime que les revenus du sellier-maroquinier dans l'Hexagone afficheront un repli (-1,5% en données comparables) au premier trimestre.
De plus, des effets de plus long terme pourraient encore peser sur la tendance. "Les répercussions sur le secteur seraient multiples : baisse des voyages (30% des ventes sont réalisées lors de déplacements), diminution des dépenses discrétionnaires en raison de la hausse des prix du pétrole et du gaz, et baisse globale des dépenses due à la perte de confiance des consommateurs, à la crainte des menaces terroristes et au risque accru de récession dans un contexte de troubles géopolitiques persistants", énumère Bernstein.
Ce qui explique que les intermédiaires financiers ont largement revu à la baisse leurs prévisions d'activité pour le luxe sur les trois premiers mois de l'année.
"Les espoirs d'une forte progression des ventes du trimestre en données comparables par rapport au trimestre précédent (le quatrième trimestre 2025, NDLR) dans le secteur du luxe s'étaient déjà estompés après la publication des résultats de l'exercice et les réactions mitigées concernant le Nouvel An lunaire, avant d'être définitivement anéantis par le conflit au Moyen-Orient", résume Deutsche Bank.
La banque allemande anticipe une hausse des revenus de 3% sur les trois premiers mois de 2026, moitié moins que précédemment.
UBS anticipe pour sa part un taux de 4%, à comparer avec 5% pour le quatrième trimestre 2025. La banque suisse estime que le conflit au Moyen-Orient aura retranché un point de pourcentage de croissance à l'ensemble du secteur.
Ces révisions à la baisse ont pesé sur les titres du secteur, notamment sur Hermès, pourtant censé être le meilleur élève du secteur. Barclays juge que la croissance du sellier-maroquinier pourrait tomber à 6%, la plus faible progression affichée par la société depuis le Covid, Royal Bank of Canada est à 5,9%.
Pour LVMH, Barclays et UBS ont toutes les deux abaissé leur prévision de croissance à 1% sur la période (contre 3% précédemment). Citi est un tantinet plus optimiste (2%). La mode et maroquinerie, division phare de la société, devrait encore afficher des revenus en baisse sur le trimestre, en données comparables (-1,1%, d'après Barclays, -2% selon UBS).
Relativiser avant le rebond?
Est-ce que ce trimestre terne pour le luxe doit pour autant amener les investisseurs à jeter l'éponge sur le secteur? Les analystes se veulent constructifs et recommandent de faire le dos rond.
Deutsche Bank, par exemple, estime que le coup de mou du secteur s'avère avant tout cyclique.
"Le calendrier reste incertain, mais nous prévoyons un retour de la croissance, tiré par les consommateurs américains et chinois", écrit l'établissement allemand. Deutsche Bank pense que la valorisation du secteur s'avère bon marché et que le "mauvais" premier trimestre 2026 est déjà intégré dans les cours.
"Le sentiment des investisseurs à l'égard du secteur reste négatif, ce qui laisse entrevoir une rotation sectorielle, mais nous nous attendons à un revirement marqué dès que les données macroéconomiques s'amélioreront", ajoute la banque d'outre-Rhin.
UBS de son côté pense même que ce premier trimestre terne pourrait être assez bien reçu par les investisseurs.
"Si l'intensification des incertitudes géopolitiques devrait peser sur le moral des investisseurs à court terme (…), nous n'avons pour l'instant constaté aucun signe de ralentissement de la demande, notamment en Asie, comme l'a confirmé notre déplacement de la semaine dernière", a écrit la banque suisse.
"Dans un contexte de sentiment de marché très négatif et de valorisations déprimées, nous pensons que même des résultats légèrement supérieurs aux prévisions pour le premier trimestre pourraient être récompensés de manière disproportionnée", ajoute-t-elle.
La banque suisse croit, par ailleurs, à une accélération du secteur sur les neuf mois suivant. UBS n'a, ainsi, que modestement abaissé sa prévision de croissance 2026 pour l'ensemble du secteur, à 5% contre 5,5% auparavant.
Dans une récente note titrée "in luxury we trust" ("nous avons foi dans le luxe"), HSBC avait de son côté livré un plaidoyer optimiste sur le compartiment.
"Les événements macroéconomiques ne sont pas aussi nuisibles que certains investisseurs le pensent", avançait la banque.
HSBC faisait valoir qu'en dehors du Moyen-Orient, les voyants sont au vert dans les autres zones géographiques. En particulier aux États-Unis, qui restent le premier marché du luxe, et qui constitueront le premier contributeur à la croissance du secteur pour 2026, selon les prévisions de la banque.
Surtout, au-delà des considérations macroéconomiques, l'établissement avançait que les maux que le secteur s'est auto-infligés sont en passe d'être résolus. HSBC estimait que la "greedflation", c'est-à-dire des hausses de prix excessives passées par les marques lors de la reprise post-pandémie, ainsi que le manque de créativité ont pesé sur l'industrie du luxe, ces derniers trimestres.
HSBC écrivait toutefois que les groupes de luxe ont réagi, ce qui a conduit ces derniers mois à un nombre ce changements de directeurs de marques et de directeurs artistiques très importants (par exemple chez Dior ou chez Gucci).
Les analystes de l'établissement avaient récemment effectué des visites de magasins à New York, à Dubaï, à Londres et à Milan, ce qui leur "a permis de saisir un rebond significatif de l'enthousiasme pour le secteur principalement grâce à des prix plus raisonnables et à la multiplication des initiatives de produits également".
Richemont et LVMH plébiscités
"Les marques à différents niveaux de prix, qui étaient particulièrement mises à l'épreuve comme Burberry et Dior, semblent s'en sortir beaucoup mieux, et espérons-le, si les équipes de merchandising parviennent à bien faire les choses, Gucci pourrait être le prochain à suivre au deuxième semestre", développait HSBC.
"Ironiquement, maintenant que nous voyons des signes de reprise, le secteur a quelque peu été abandonné à nouveau. Nous pensons que cela représente une opportunité d'investissement", poursuivait la banque.
"Nous pensons qu'il est temps de se pencher à nouveau sur le secteur, car nous estimons que le taux de croissance des ventes organiques devrait s'accélérer davantage en 2026 et revenir à la croissance après deux années de taux de croissance des ventes plus modérés (0,4% en 2025 et 0,8% en 2024)", appuyait encore le bureau d'études.
Du côté des valeurs à privilégier, UBS recommande d'acheter les titres Richemont (la maison-mère de Cartier et de Van Cleef & Arpels) et Burberry. Elle reste également à l'achat sur LVMH mais "nous voyons une patience limitée à court terme, si la croissance ne surprend pas positivement". La banque suisse apprécie également deux plus petits acteurs italiens du secteur, à savoir Zegna et Brunello CucinellIi.
"Nos valeurs favorites dans ce secteur dépendent des perspectives macroéconomiques, mais nous privilégions Hermès pour son profil plus défensif, Burberry pour son redressement manifeste, Richemont pour sa croissance du chiffre d'affaires, la meilleure de son secteur, et LVMH pour son potentiel de reprise en cas de rebond de la conjoncture macroéconomique", énumère, de son côté, Deutsche Bank.
Reflet de son optimisme sur le secteur, HSBC conseille d'acheter la plupart des actions de sa couverture (LVMH, Richemont, Burberry, Prada, Moncler, Hermès, Kering). Bernstein, pour sa part, est à surperformance, équivalent d'acheter, sur Burberry, Richemont, Hermès, LVMH, Prada, Swatch, Salvatore Ferragamo, Zegna et Brunello Cucinelli.
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