(BFM Bourse) - L'équipementier automobile a souffert ces dernières années, en raison notamment d'un endettement relativement élevé. Mais la stratégie présentée par la société en février dernier conduit les analystes à se montrer plus optimistes pour la suite.
À l'image de beaucoup d'autres équipementiers automobiles, Forvia a pris le bouillon en Bourse, ces dernières années.
"Comme les événements récents l'ont montré, le secteur automobile a tendance à faire face à au moins une crise chaque année", notait récemment Citi.
L'ancienne filiale de Peugeot SA accuse une chute de 76,5% sur cinq ans. Le groupe a été confronté, à l'instar de l'ensemble de son secteur, à l'envolée des coûts des matières premières, ce alors que les équipementiers possèdent moins de leviers que les constructeurs automobiles pour répercuter les coûts sur leurs prix (ils doivent renégocier leurs contrats là où les constructeurs peuvent hausser directement les tarifs de leurs produits).
Les difficultés d'approvisionnement sur certains composants, les droits de douane, le coup de frein sur l'électrique aux États-Unis, la montée en puissance des constructeurs chinois représentent autant de vents plus ou moins contraires auxquels les groupes ont dû faire face.
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La compétitivité des équipementiers chinois a également pu peser. En 2024, Carlos Tavares, alors directeur général de Stellantis, soulignait que les acteurs européens évoluaient sous pression.
"Pensez-vous que les constructeurs chinois (qui ont déboulé récemment en Europe, NDLR) vont prendre des fournisseurs européens si leur compétitivité est éloignée de ce qu’ils ont localement ?", prévenait il.
Un endettement scruté
Forvia a d'ailleurs lancé en 2024 un plan appelé EU Forward" qui vise à adapter son empreinte industrielle européenne, en surcapacités, à une demande européenne structurellement déclinante. Ce plan prévoit 10.000 suppressions de postes dans les cinq prochaines années avec des économies de 500 millions d'euros attendues.
En Bourse, l'action Forvia a d'autant plus souffert que le groupe a joué de malchance en termes de "timing".
Alors nommé Faurecia, la société avait acquis en 2022 l'allemand Hella pour 5,3 milliards d'euros. Si cette opération a été saluée par les analystes pour son intérêt stratégique, elle a également gonflé l'endettement de l'entreprise, ce quelques mois avant l'envolée de nombre de matières premières, comme l'aluminium.
"Le niveau d'endettement élevé consécutif à l'acquisition de Hella accroît le risque financier et limite la flexibilité, une situation encore aggravée par la lenteur de la mise en œuvre du programme de cessions, qui pèse sur les efforts de désendettement en cours", explique le bureau d'études indépendant Alphavalue dans sa présentation générale de l'entreprise.
"Une surexposition à l'Europe, conjuguée à une dépendance vis-à-vis des équipementiers occidentaux en Chine, se traduit par une sous-performance par rapport aux niveaux de production mondiaux et limite le potentiel de croissance sur les marchés automobiles à forte croissance", fait également valoir Alphavalue.
Un plan stratégique convaincant
Toutefois, les dernières annonces de la société ont quelque peu rassuré le marché. Le groupe a livré sa nouvelle feuille de route stratégique à l'horizon 2028.
Forvia a notamment annoncé viser à cet horizon une croissance annuelle moyenne de 2% en données comparables et une marge opérationnelle d'au moins 7% (après 6% en 2025). Son ratio d’endettement (le résultat brut d'exploitation sur douze mois rapporté à la dette nette) doit être ramené à 1,2 après 1,7 en 2025 et 2 en 2024.
Pour renforcer son bilan, l'entreprise a notamment annoncé la cession de sa division "interiors" (tableaux de bord, panneaux de portes, consoles centrales, etc…). La société a indiqué être en "négociations avancées avec plusieurs parties" pour vendre cette activité, une opération qui doit réduire sa dette nette de 1 milliard d'euros.
Cette cession a été d'autant plus appréciée par les bureau d'études que cette division est dilutive au niveau du résultat opérationnel de l'entreprise (avec un impact négatif de 0,4 point de pourcentage).
L'action a repris près de 4% à la suite de l'ensemble de ces annonces.
Surtout, ce plan stratégique incite les analystes à revoir leur opinion. Le cas échéant avec TP ICAP Midcap qui a relevé ce lundi son conseil à l'achat sur le titre contre "conserver" précédemment.
Le bureau d'études note que la société a minimisé "les attentes du marché pour 2026 en tablant, d’une part, sur une contraction de l’activité de 3-4% en données comparables, conséquence d’un mix client défavorable (BYD, Volkswagen) et, d’autre part, sur un retrait du flux de trésorerie libre en raison de comparaisons exigeantes".
Une feuille de route "claire"
Surtout, Forvia "est devenu à nos yeux un cas de retournement d'école", qui, coche toutes les cases: nouveau management et nouvelle stratégie, mesures drastiques (cession de l’activité Interiors) et approche décentralisée et pragmatique où seules les activités Seating et Electronics (Hella) sont clés (comprendre ici qu'environ 50% de Forvia peut être cédé)", apprécie TP ICAP Midcap.
"Le groupe a réglé son problème d’endettement, de sorte qu’il ne soit pas en situation de vendeur forcé lors des cessions ultérieures, et il a nettoyé son bilan avec 1,3 milliard d'euros de dépréciations passées en 2025", poursuit le bureau d'études spécialisée dans les petites et moyennes capitalisations", poursuit-il.
"Avec la nouvelle feuille de route présentée pour 2025- 2028, Forvia a effectué un reset (une remise à plat, NDLR) salutaire des attentes et a soldé le bilan de la stratégie d’acquisition précédente (Clarion, Hella). En outre, le groupe dispose de l’un des plus gros gisements d’optimisation de notre couverture (..), ainsi que d’une activité chinoise considérable, qui s’est bien repositionnée envers les constructeurs locaux et offre un avantage compétitif pour les suivre hors de Chine", explique-t-il encore.
Citi, de son côté, avait abandonné la semaine dernière son opinion négative sur la valeur, passant de "vendre" à "neutre". L'établissement jugeait que le couple "rendement-risque" s'était amélioré sur le titre.
La banque américaine estimait "réalisables" les objectifs de moyen terme de la société tout en ajoutant que l'exécution s'est améliorée au sein de la société, ce qui limite les risques de déception.
"Nous pensons que Forvia a présenté une feuille de route claire pour améliorer le profil financier de l'entreprise à moyen terme via une restructuration continue, une simplification du portefeuille par des cessions et un focus sur la croissance dans les domaines de l'électronique et de l'assise", écrit encore Citi.
L'entreprise a réorganisé ses activités en deux divisions, à savoir, "growth" (électroniques, sièges) qui doit accélérer sa croissance, et "value", (éclairage, systèmes d'échappement), qui doit avant tout privilégier la valeur aux volumes.
Cette simplification convainc Citi qui la qualifie de "logique" tout en jugeant qu'elle facilite la lecture pour les investisseurs.
Pour autant, la banque considère qu'il existe des obstacles de court terme pour Forvia, citant notamment le manque de visibilité sur le premier semestre en raison de la faiblesse des immatriculations européennes ou encore de la hausse des cours du pétrole qui pourrait affaiblir la confiance des consommateurs.
Barclays de son côté avait réitéré son conseil à "surpondérer", équivalent d'acheter, sur l'action dans la foulée de la présentation du plan stratégique de l'équipementier.
La banque britannique estime que la direction de la société a tracé "une feuille de route claire et convaincante fondée sur des opportunités d'enrichissement du mix (en clair vendre des produits mieux margés, NDLR), une discipline stricte continue des coûts/capex et une percée dans le désendettement".
Barclays continue d'apprécier: "nous continuons à apprécier particulièrement les mesures de 'self-help' (les leviers internes pour améliorer la rentabilité, NDLR) de Forvia dans un environnement toujours difficile pour l'activité, sa nouvelle étape de désendettement et son renouveau d'attention sur l'amélioration structurelle de la qualité de sa génération de cash-flow net".
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