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Euronext : Vingt ans après une première tentative, le patron d'Euronext relance l'idée d'un rapprochement avec Deutsche Börse qui gagne près de 3% à Francfort

Aujourd'hui à 12:13
Stéphane Boujnah président d'Euronext

(BFM Bourse) - Le PDG de l'opérateur boursier paneuropéen serait ouvert à un rapprochement avec Deutsche Börse, rapporte le Financial Times.

L'idée d'un mariage entre les deux plus grands opérateurs boursiers européens refait surface. Dans une interview au Financial Times , Stéphane Boujnah s'est dit ouvert à une fusion ou à un rapprochement des activités avec son principal concurrent, l'opérateur boursier allemand Deutsche Börse, même si aucune discussion n'est en cours à ce stade.

Le patron d'Euronext estime qu'"une opération qui aurait du sens serait la fusion des activités boursières" afin de donner naissance à un marché européen "d'envergure planétaire".

Stéphane Boujnah n'a pas exclu la possibilité d'une fusion complète entre les deux entreprises, mais une telle opération devrait franchir d'importants obstacles réglementaires, a-t-il également précisé.

"Le marché boursier allemand manque de profondeur, tandis que celui d’Euronext est profond", a fait valoir le patron d'Euronext. "Il y aurait donc de nombreuses synergies à tirer d’un rapprochement des marchés boursiers, afin de disposer d’un marché boursier unique répondant aux besoins du PIB des trois plus importantes économies européennes, à savoir l'Allemagne, la France et l'Italie", a-t-il ajouté.

En Bourse, les déclarations de Stéphane Boujnah donnent de l'allant aux actions Euronext, et Deutsche Börse, qui gagnent respectivement, 2,1% à Paris et 2,8% à Francfort vers 12h, ce lundi 14 septembre.

Un "Big Bang" pour concurrencer Wall Street

L'idée d'un rapprochement entre les deux opérateurs boursiers ne date pas d'hier. En 2006, Deutsche Börse avait initié les discussions en vue d'une fusion. Finalement, Euronext avait choisi de convoler en justes noces avec le New York Stock Exchange. Six ans plus tard, soit en 2012, NYSE Euronext et Deutsche Börse avaient réactivé leur projet de rapprochement avant qu'il ne soit bloquée par la Commission européenne pour des questions de concurrence.

"La Commission européenne s'est opposée, en application du règlement de l'Union européenne sur les concentrations, au projet de concentration entre Deutsche Börse et NYSE Euronext car il aurait entraîné la création d'un quasi-monopole pour les transactions en bourse, à l'échelon international, sur produits financiers dérivés européens. Ensemble, les deux bourses contrôlent plus de 90 % des transactions mondiales sur ces produits", avait fait valoir la Commission européenne.

En 2023, les dirigeants des deux sociétés ont discuté de la création d'une coentreprise dédiée aux cotations européennes, dans le but de concurrencer plus efficacement les États-Unis, rappelle le Financial Times.

"Concernant l’opération “Big Bang”, les problèmes de concurrence sont bien connus . . . mais sur le papier, il est intéressant pour l’Europe d’envisager la création d’une infrastructure de marché paneuropéenne d’envergure mondiale", a déclaré Stéphane Boujnah.

Le contexte évolue néanmoins en faveur de ce type d'opération. L'Union européenne paraît plus encline à favoriser l'émergence de champions européens capables de rivaliser avec les grands acteurs mondiaux.

Ce type de projet qui est également porté par le chancelier allemand Friedrich Merz pour freiner l'exil des sociétés du Vieux continent vers Wall Street. En octobre 2025, le dirigeant avait appelé à la création d'une place financière européenne pour concurrencer ses rivales américaines et asiatiques, afin d'éviter la fuite des capitaux des entreprises du continent, en perte de compétitivité.

Les signaux sont donc plus favorables que précédemment pour unifier les marchés de capitaux de l'Union européenne.

D'un point de vue purement financier, les rapports de force ne sont pas les mêmes. Euronext, avec une capitalisation boursière atteignant les 16 milliards d'euros, ne pèse pas lourd face au mastodonte Deutsche Börse, qui capitalise près de 50 milliards d'euros.

Allinvest Securities signale que la valeur d'entreprise d'Euronext est de 17,4 milliards d'euros, soit un ratio valeur d'entreprise sur Ebitda (EV/Ebitda ) de 13,1 fois pour 2026 et 12 fois pour 2027, quand Deutsche Börse a une valeur d'entreprise 54 milliards d'euros, traduisant des ratios EV/EBITDA 2026-27 de 13,8 fois et 12,9 fois.

"Si un rapprochement devait intervenir, c’est de notre point de vue Deutsche Börse qui rachèterait Euronext, laissant espérer une prime pour convaincre les actionnaires et à minima un alignement des multiples de l’entreprise française sur son concurrent allemand", note le bureau d'études.

Créer de la valeur pour les actionnaires

Stéphane Boujnah a précisé au Financial Times que tout rapprochement devrait avoir un sens économique pour les actionnaires plutôt que d’être dicté par les responsables politiques.

Deutsche Börse a confirmé qu'aucune discussion n'était en cours avec Euronext "concernant une éventuelle fusion", ajoutant qu'il "ancrait ses activités dans l’ensemble du secteur financier européen".

Sollicité par nos collègues de la Tribune, Euronext a aussi déclaré ne pas avoir engagé de discussions avec son homologue Deutsche Börse concernant un projet de fusion ou un éventuel rapprochement entre les deux opérateurs boursiers.

"À ce stade, aucune discussion n’est en cours entre Euronext et Deutsche Börse concernant une éventuelle fusion. En tant que première infrastructure européenne des marchés de capitaux, Euronext reste déterminée à poursuivre l’intégration des marchés de capitaux européens. Euronext a été conçu comme un projet européen ouvert", a déclaré Euronext.

"Depuis la fusion des Bourses d’Amsterdam, de Bruxelles et de Paris, il a intégré avec succès cinq autres bourses européennes – celles de Lisbonne, Dublin, Oslo, Milan et Athènes – ainsi que cinq dépositaires centraux de titres – ceux de Porto, Oslo, Copenhague, Milan et Athènes – au sein d’une infrastructure de marché unique", a ajouté l'opérateur boursier paneuropéen

Aujourd’hui, Euronext regroupe plus de 1.800 sociétés cotées, pour une capitalisation boursière totale d’environ 7.000 milliards d’euros, s’appuyant sur une plateforme technologique unique, un carnet d’ordres unique et un pool de liquidité unique", a-t-il conclu.

Pour rappel, l'opérateur de la place parisienne a fait main basse sur quatre Bourses -Dublin (2018), Oslo (2019) et Milan (2021) et Athènes (2025) - depuis son retour sur les marchés financiers en 2014.

Cette boulimie d'acquisitions a de multiples vertus pour Euronext. L'opérateur enrichit sa palette de services et au passage ces acquisitions permettent de dégager d'importantes synergies de coûts dans une industrie où les coûts fixes sont importantes.

Fin juillet, l'opérateur des Bourses de Paris, Milan ou plus récemment Athènes a publié des résultats supérieurs aux attentes au deuxième trimestre, traduisant un neuvième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres et un strict contrôle des coûts.

"Euronext enregistre son neuvième trimestre consécutif de croissance à deux chiffres, avec des résultats records portés par la diversification de son modèle économique et la mise en œuvre de sa stratégie", s'était alors félicité l'opérateur boursier.

Sabrina Sadgui - ©2026 BFM Bourse
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