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John Paulson ou le crépuscule d'une star de la finance

dimanche 5 juillet 2020 à 10h00
John Paulson ferme son fonds spéculatif

(BFM Bourse) - Entré dans la postérité pour avoir anticipé -et amassé une fortune considérable en misant sur l'effondrement du marché immobilier américain, le milliardaire américain John Paulson a décidé de fermer son fonds spéculatif pour le transformer en une entreprise dédiée uniquement à la gestion de la fortune de sa famille.

Considéré comme un oracle par ses pairs depuis qu'il a été l'un des rares à parier sur l'effondrement du marché immobilier dès 2006, John Paulson a pris la décision de fermer le fonds spéculatif qu'il avait créé en 1986 avec deux millions de dollars d'actif et un employé. S'il avait atteint la manne considérable de 38 milliards de dollars sous gestion à son âge d'or en 2011, Paulson & Co avait connu un net déclin au cours de la dernière décennie puisqu'il ne gérait plus que 8,7 milliards de dollars à la fin de l'année dernière, "75 à 80% de cette argent provenant de [sa] fortune personnelle" affirmait-il lui-même - ce qui peut sembler étonnant puisque que celle-ci est estimée à 4,2 milliards de dollars par Forbes.

Les investisseurs ont largement fui le fonds entre 2011 et 2016 lorsque le vaisseau-amiral du groupe -un fonds baptisé Advantage- a subi des pertes à deux chiffres (-39% en 2011 notamment) au cours de cinq de ces six années, à l'exception d'un rebond notable en 2013 (+26%) selon un rapport de HSBC datant de 2017. Ces performances résultent notamment de paris mal placés dans le secteur pharmaceutique, John Paulson ayant notamment misé sur Valeant, dont le cours a été divisé par 10 en 2015. Sa décision de rendre l'argent à ses investisseurs n'intervient donc pas comme une surprise, d'autant qu'il avait déjà évoqué cette possibilité en janvier dernier et que de grands noms du secteur en ont récemment fait de même.

Liquidations en cascade des fonds spéculatifs

De fait, sur les deux dernières années seulement, des investisseurs de renom comme Leon Cooperman, Eric Mindich et Jonathon Jacobson, ont également rendu des milliards de dollars à leurs clients après avoir converti leur fonds spéculatif en "family office". Il faut dire que le secteur est en souffrance, 304 d'entre eux ayant encore mis la clé sous la porte au premier trimestre 2020 selon le cabinet spécialisé Hedge Fund Research, ce qui constitue le nombre de liquidations le plus important depuis le quatrième trimestre 2015. Plus largement, il s'agit du septième trimestre consécutif où le nombre de fermetures de fonds spéculatifs est supérieur au nombre de lancements.

Il est notamment reproché au secteur les frais importants pratiqués -a contrario des multiples plateformes qui ont vu le jour ces dernières années- et leur manque d'originalité. Les fonds spéculatifs ne sont en effet globalement pas parvenus à suivre les évolutions récentes des marchés boursiers et obligataires, une volatilité inhabituelle et l'omniprésence des banques centrales ayant rendu la tâche plus difficile aux investisseurs dits traditionnels.

"The greatest trade ever"

Né dans le Queens d'un père équatorien et d'une mère lituano-roumaine, John Paulson a étudié à Harvard avant de commencer sa carrière en 1980 au sein du Boston Consulting Group, puis au département fusions-acquisitions de la désormais défunte banque d'affaires américaine Bear Stearns. Il lance sa société en 1994 mais celle-ci reste dans un relatif anonymat jusqu'en 2007, date du début de la crise immobilière.

Dès le début de l'année 2006, John Paulson, alors âgé de 49 ans, s'intéresse à la spectaculaire flambée des prix de l'immobilier et décide de miser sur l'effondrement du marché des titres hypothécaires les plus risqués dits "subprimes", à travers des "credit default swaps". L'opération porte ses fruits de manière spectaculaire puisqu'elle rapporte 20 milliards de dollars en 2007 et 2008, dont 15 milliards sur la seule première année au cours de laquelle il a gagné plus de cinq milliards de dollars à titre personnel, un record dans l'industrie. Un livre du journaliste du Wall Street Journal Grégory Zuckerman -"The Greatest Deal Ever", rien à voir avec Donald Trump dont John Paulson a toutefois été l'un des premiers (et plus importants) soutiens financiers- raconte les coulisses de cette opération particulièrement lucrative.

John Paulson a continué d'avoir le nez creux dans les années qui ont suivi en investissant massivement sur l'or dès 2009, avant que son cours ne s'envole (de 1.000 dollars en septembre 2009 à 1.830 dollars en juillet 2011). Ce qui signera son dernier fait d'arme majeur, avec qu'une nouvelle stratégie basée sur des mines d'or, des laboratoires pharmaceutiques et des banques n'engendre des résultats beaucoup moins reluisants.

Quentin Soubranne - ©2020 BFM Bourse
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